Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Janus

par Charactorium · Janus · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Sur le seuil de l'Ianus Geminus, au cœur du Forum Romain, le bruit des sandales et des marchands s'évanouit dès qu'on franchit l'arche. Là se tient une présence à deux visages, l'un tourné vers ce qui fut, l'autre vers ce qui vient. Janus accepte de répondre, au présent éternel de la tradition.

Comment vivez-vous le fait de regarder en deux directions à la fois ?

Vous me voyez bifrons, deux visages soudés à une seule nuque, et vous croyez à un fardeau. Ce n'en est pas un. L'un de mes fronts contemple ce qui a été, l'autre ce qui sera, et entre les deux passe le fil ténu du présent que vous, mortels, appelez l'instant. Ovide l'a dit dans ses Fastes : je vois à la fois ce qui a été et ce qui sera. Aucun autre dieu du Latium ne possède cette double face. Jupiter règne sur le ciel, Mars sur la guerre, mais moi seul je tiens les deux rives du temps. Quand un Romain frappe une monnaie de bronze, un as, et y grave mon profil double, il ne célèbre pas une curiosité : il reconnaît que tout passage suppose un dos et un visage, une porte qu'on quitte et une qu'on aborde.

Entre mes deux visages passe le fil ténu du présent que vous appelez l'instant.

Pourquoi les Romains ont-ils tenu à vous représenter ainsi plutôt qu'avec un seul visage comme les autres dieux ?

Parce qu'ils avaient compris une chose simple : nul ne franchit un seuil sans laisser quelque chose derrière lui. Un buste à deux têtes posé sur un autel domestique, voilà mon image la plus juste, et les sculpteurs la plaçaient dans les temples comme dans les demeures. Pline l'Ancien me nomme la divinité la plus ancienne des Romains, celle qui préside aux commencements de toutes choses. On ne pouvait pas me donner un visage unique : ce serait nier qu'un début est toujours aussi une fin. Le fermier qui ouvre sa janua au matin quitte le sommeil et entre dans le labeur ; le soldat qui part en campagne quitte sa femme et entre dans le danger. Mes deux faces ne sont pas un prodige d'artisan, elles sont la forme exacte de toute traversée.

Nul ne franchit un seuil sans laisser quelque chose derrière lui.

Parlez-nous de votre temple au Forum et de ces portes que l'on ouvrait ou fermait.

Mon temple n'est pas fait pour qu'on s'y agenouille. Ce sont deux portes de bronze, face à face, et tout le sens tient dans leur battant. Quand Rome est en guerre, on les laisse ouvertes, pour que je puisse sortir aux côtés des légions et veiller sur le passage du retour. Quand la paix règne enfin sur tout le territoire, on les ferme, et le bronze claque comme une bénédiction. Sous toute la République, on ne les a closes que trois fois. Trois fois en des siècles ! Mes portes sont le baromètre le plus honnête de votre cité : nul magistrat ne peut mentir devant un battant ouvert. Quand le jeune Octave, devenu Auguste, les a fait fermer, Rome entière a su qu'une ère commençait, sans qu'un seul orateur ait eu à le proclamer.

Mes portes sont le baromètre le plus honnête de votre cité.

Que ressentez-vous lors de ces rares moments où vos portes se referment ?

Un silence. Vous ne savez pas, vous qui vivez peu, ce que pèsent trois fermetures en des siècles de République. L'Ianus Geminus, ce passage que les Romains traversent chaque jour sans y penser, devient soudain un sanctuaire scellé. Le bronze refroidit. Mes deux visages, pour une fois, contemplent la même chose : un présent apaisé, sans guerre derrière ni guerre devant. C'est une paix que même les dieux savourent rarement. Numa Pompilius, ce roi sage qui établit nos rites, avait réglé l'ouverture de mes portes en temps de conflit ; il connaissait le prix de leur fermeture. Quand elles se closent, je ne vois plus de soldats franchir le seuil pour ne pas revenir. Et je l'avoue : de mes deux faces, aucune ne regrette ce repos.

Pour une fois, mes deux visages contemplent la même chose : un présent apaisé.

On dit que vous êtes invoqué avant tous les dieux, même avant Jupiter. Comment l'expliquez-vous ?

Ce n'est pas une question de rang, c'est une question d'ordre. Avant qu'une prière atteigne Jupiter, il faut qu'elle commence — et le commencement, c'est mon domaine. Aucun sacra ne s'ouvre sans que mon nom soit prononcé en premier, encens allumé, mots rituels posés sur les lèvres. Songez-y : on ne peut honorer Mars avant la bataille sans d'abord franchir le seuil qui mène à la guerre, et ce seuil, c'est moi. Horace le rappelle dans ses Satires : honore Janus au premier jour du mois, car il préside aux portes et aux seuils. Les Romains m'ont placé en tête non par flatterie, mais par logique : un dieu des commencements qu'on invoquerait en second serait une contradiction. Je suis la clé qui ouvre la serrure de toute prière.

Un dieu des commencements qu'on invoquerait en second serait une contradiction.
Portrait of Ludvig Wimmer
Portrait of Ludvig WimmerWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Janus Bahs Jacquet

Vous présidez à des moments très divers : guerres, mariages, voyages. Qu'ont-ils en commun à vos yeux ?

Tous sont des portes que l'homme ouvre sans savoir ce qu'il y a derrière. Le soldat qui part en campagne, l'époux qui franchit le seuil avec sa fiancée dans les bras, le marchand qui prend la route vers Ostie : chacun quitte un état pour un autre, et m'invoque, parfois sans le formuler. On consulte les auspices, on guette le signe des dieux, mais c'est devant moi qu'on s'arrête d'abord. J'aime ces instants où la vie hésite sur le pas de la porte. La représentation me prête une clé pour ouvrir, parfois un bâton pour guider — car présider à un commencement, ce n'est pas le décréter, c'est l'accompagner. Le Romain qui me prie au départ d'un voyage ne me demande pas la victoire : il me demande de bien franchir le seuil.

J'aime ces instants où la vie hésite sur le pas de la porte.

Le mois de janvier porte votre nom. Que représente pour vous ce passage d'une année à l'autre ?

Ianuarius : c'est le seul mois dont le nom soit aussi le mien, et ce n'est pas un hasard. L'année qui s'achève et celle qui naît se touchent en un point unique, un seuil invisible que les Romains ont eu la sagesse de placer sous ma garde. Au matin des Calendes de janvier, dès le lever du soleil, on m'adresse les premiers vœux, on brûle l'encens, on offre des gâteaux de miel et du vin. Mes deux faces n'ont jamais autant de sens que ce jour-là : derrière moi, douze mois déjà cendres ; devant moi, douze mois encore vierges. Le Romain qui me prie ce matin-là ne sait pas ce que l'année lui réserve — et c'est précisément pour cela qu'il me prie. Je suis la charnière entre ce qu'il pleure et ce qu'il espère.

Derrière moi, douze mois déjà cendres ; devant moi, douze mois encore vierges.
Portrait of Johan Nicolai Madvig
Portrait of Johan Nicolai MadvigWikimedia Commons, CC0 — Janus Bahs Jacquet

On raconte qu'au Nouvel An, les Romains s'échangeaient des présents en votre honneur. Que diriez-vous de cette coutume ?

Les strenae, oui. De petits présents qu'on se donne au matin des Calendes pour s'assurer une année favorable : un rameau cueilli sur une hauteur sacrée, du miel, des dattes, une pièce de bronze à mon effigie. Le geste est modeste mais sa logique me ravit. En offrant le doux, on demande au seuil de l'année d'être doux à son tour ; la première chose qu'on goûte teinte tout ce qui suivra. C'est de la sympathie au sens ancien : ce qu'on pose sur le seuil engage tout le passage. J'ai vu des familles entières échanger ces présents devant le laraire domestique, l'autel où je reçois mes offrandes aux transitions. Et je vous le dis : un peuple qui sait commencer son année par un don plutôt que par une plainte a déjà compris l'essentiel de mon culte.

La première chose qu'on goûte teinte tout ce qui suivra.

Votre nom vient du mot latin pour la porte. Pourquoi ce domaine des seuils vous a-t-il été confié ?

Janua, la porte : tout est là, dans ce mot. Une porte n'est ni dedans ni dehors, elle est l'entre-deux, le lieu sans lieu où l'on cesse d'être ici sans être encore là-bas. Quel dieu pouvait garder cela, sinon celui qui regarde des deux côtés ? On me confie la clé de bronze, symbole de mon autorité sur tout accès ; je ferme et j'ouvre, je laisse entrer ou je retiens. Le seuil de la plus humble demeure du Latium relève de moi autant que le pomerium, cette enceinte sacrée qui sépare la ville de ce qui n'est pas elle. Franchir le pomerium, c'est changer de monde, et nul ne le fait sans me croiser. Je ne suis pas le dieu des murs, qui enferment. Je suis le dieu des passages dans les murs, qui rendent la vie possible.

Une porte est l'entre-deux, le lieu sans lieu où l'on cesse d'être ici sans être encore là-bas.

La colline du Janicule porte aussi votre nom. Quel lien gardez-vous avec ces lieux anciens du Latium ?

Le Janicule : cette colline qui domine Rome porte la trace de mon nom le plus ancien. Avant que Rome ne fût Rome, avant même la fondation légendaire de Romulus, les peuples du Latium me vénéraient déjà dans leurs rites italiques, plus vieux que les temples de marbre. J'étais un dieu du seuil quand le seuil n'était qu'une pierre posée à l'entrée d'une hutte. C'est pourquoi Pline me nomme le plus ancien : je précède les autels et les colonnades. La clé que je tiens, je la tenais déjà quand les portes n'étaient que des claies de branchages. Aujourd'hui on me cherche au Forum, dans le bronze et la pierre taillée ; mais ma demeure véritable, c'est tout point où deux espaces se rencontrent. Le Janicule me rappelle simplement que je gardais des passages bien avant qu'on songe à m'élever un temple.

J'étais un dieu du seuil quand le seuil n'était qu'une pierre posée à l'entrée d'une hutte.
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Pour aller plus loin

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Janus. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.