Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jean Anouilh

par Charactorium · Jean Anouilh (1910 — 1987) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la pénombre du Théâtre de l'Athénée qu'un matin de printemps 1950, Louis Jouvet retrouve Jean Anouilh, parmi les fauteuils encore houssés et l'odeur de poussière chaude des projecteurs éteints. Vingt ans plus tôt, ce garçon timide était son secrétaire, recopiant les répliques de Siegfried dans un coin de loge. Le maître, bourru et affectueux, l'a fait asseoir sur le plateau, près de la servante, cette unique lampe qui ne s'éteint jamais. Il vient lui demander des comptes — non sur sa gloire naissante, mais sur le métier qu'ils ont en partage.

Anouilh, je revois encore le gamin que j'ai engagé vers 1929 pour recopier mes textes. Qu'étais-tu venu chercher dans ma loge ?

Vous le savez mieux que personne, Jouvet : j'étais un garçon pauvre et affamé de théâtre, et vous m'avez ouvert les coulisses comme on ouvre une cathédrale. Je recopiais vos répliques, oui, mais surtout je vous regardais travailler, reprendre vingt fois un geste, traquer le faux. Ce que je cherchais ? Comprendre comment une phrase écrite devient vivante sur un plateau. Aucun livre ne me l'aurait appris. Dans votre loge, j'ai saisi que le théâtre n'était pas de la littérature couchée sur le papier, mais une chose qui respire, qui ment et qui dit vrai en même temps. Je suis entré chez vous secrétaire ; j'en suis sorti décidé à devenir dramaturge.

Je suis entré chez vous secrétaire ; j'en suis sorti décidé à devenir dramaturge.

Tu prétends avoir tout décidé en lisant une pièce de Giraudoux, bien avant de me connaître. C'est vrai, cette révélation ?

C'est l'exacte vérité, et la coïncidence m'a toujours bouleversé. Bien avant de pousser la porte de votre théâtre, j'avais lu par hasard une pièce de Giraudoux, et ce fut un éblouissement : je sus, en une soirée, que je consacrerais ma vie à écrire pour la scène. Imaginez mon vertige lorsque je me suis retrouvé à recopier Siegfried, ce même Giraudoux, dans la loge de l'homme qui le mettait en scène ! J'ai eu le sentiment qu'une main me poussait. Le théâtre, voyez-vous, m'est apparu comme le seul art capable de rendre la vie à la fois plus belle et plus vraie. Je n'en ai jamais démordu, et c'est un peu votre faute.

Le seul art capable de rendre la vie à la fois plus belle et plus vraie.

On me dit que tu ranges désormais tes pièces par couleurs — les roses, les noires. D'où te vient cette manie de cataloguer ton théâtre ?

Ne voyez pas là une manie de comptable, je vous en prie ! J'ai simplement besoin de savoir dans quelle couleur je trempe ma plume. Mes pièces noires cherchent à montrer la pureté impossible dans un monde compromis — c'est ainsi que je l'ai écrit en tête de leur recueil. Mes pièces roses, elles, sont des bulles de fantaisie où je m'accorde un peu de tendresse, sachant bien qu'elle ne tiendra pas. Entre les deux, il y a tout ce que je suis : un homme qui oscille du désespoir à la légèreté, parfois dans la même journée. Classer mes pièces, c'est m'avouer que je n'écris jamais la même chose selon que je regarde le monde en face ou que je détourne les yeux.

Mes pièces noires montrent la pureté impossible dans un monde compromis.

Le même homme écrit Le Bal des voleurs, léger comme une bulle, et La Sauvage, noire comme l'encre. Comment fais-tu ?

Parce que je suis double, et vous le saviez déjà du temps où je vous agaçais dans votre loge. Le matin, j'écris Le Bal des voleurs en riant, des voleurs qui se déguisent, une fantaisie qui ne pèse rien. L'après-midi, je reprends La Sauvage, où une fille pauvre refuse le bonheur qu'on lui offre parce qu'il est sali d'argent et de mensonge. C'est le même homme, oui, mais ce sont les deux versants d'une même montagne. La fantaisie me sauve du désespoir, et le désespoir empêche la fantaisie de devenir niaise. Si je n'écrivais que des pièces roses, je mentirais ; si je n'écrivais que des noires, je deviendrais insupportable. Il me faut les deux pour respirer.

La fantaisie me sauve du désespoir, et le désespoir empêche la fantaisie de devenir niaise.

Parlons d'Antigone. Tu l'as créée en 1944, sous les Allemands, à l'Atelier — pas chez moi. Comment as-tu fait passer cela sous la censure ?

Ah, Antigone... Je l'ai créée en février 1944, chez André Barsacq, à l'Atelier — pardonnez-moi de vous avoir été infidèle ! Le miracle, ou la ruse, c'est que la salle se divisait chaque soir en deux. Les uns voyaient en Créon un chef d'État raisonnable qui sauve l'ordre ; les autres n'entendaient qu'Antigone, sa petite voix obstinée : « Je suis là pour vous dire non et mourir. » J'ai laissé cette ambiguïté ouverte à dessein. La censure allemande cherchait des slogans ; je ne lui offrais qu'une tragédie. On ne condamne pas une jeune fille qui meurt pour une loi qu'elle ne sait pas nommer. C'est ainsi que ma pièce a pu vivre, applaudie par ceux-là mêmes qu'elle accusait.

La censure cherchait des slogans ; je ne lui offrais qu'une tragédie.
Anouilh 1940 2
Anouilh 1940 2Wikimedia Commons, Public domain — Studio Harcourt

On t'a reproché que ton Créon soit trop convaincant, presque trop raisonnable. Que réponds-tu à ces gens-là ?

On me le reproche, et je l'assume pleinement. Si Créon était un monstre, Antigone n'aurait aucun mérite à lui dire non — il suffirait de le détester. Toute la force de la pièce tient à ce que Créon a raison, raisonnablement raison : il gouverne, il fait ce qu'il faut, il veut sauver la cité. Et c'est précisément contre cette raison-là qu'Antigone se dresse, au nom de quelque chose qui ne se discute pas. Le refus n'a de prix que s'il coûte tout et qu'il défie un adversaire estimable. Un héros qui a trop facilement raison ne m'intéresse pas. Je voulais qu'on sorte du théâtre déchiré, incapable de trancher. C'était cela, mon vrai sujet : l'inconfort.

Le refus n'a de prix que s'il coûte tout et qu'il défie un adversaire estimable.

Pourquoi aller déterrer Sophocle et les Grecs pour nous parler de nous ? Le présent ne te suffit-il pas ?

Le présent est trop bavard, mon cher Jouvet ; il crie, il date, il se périme. Les Grecs, eux, ont déjà tout débroussaillé pour nous. Quand je rouvre mon Sophocle — un exemplaire que j'ai couvert de notes jusque dans les marges — je n'y trouve pas un musée, mais un miroir. Antigone, Créon, ces noms vieux de deux mille ans disent notre époque mieux que les journaux. En partant d'un mythe, je débarrasse mon sujet de l'anecdote et du costume ; il ne reste que l'essentiel, ce que vous m'appreniez à chercher dans une réplique : l'os, le nerf, la vérité nue. Le mythe est une charpente déjà éprouvée ; il me reste à y faire entrer un homme d'aujourd'hui.

Le mythe n'est pas un musée, mais un miroir.
Anouilh 1940 3
Anouilh 1940 3Wikimedia Commons, Public domain — Studio Harcourt

Tu m'as dit un jour rêver d'une autre figure du refus — une petite qui dit non, elle aussi. Laquelle te hante ?

Vous me connaissez trop bien. Oui, une autre petite me hante : Jeanne, la Pucelle. Une enfant de rien qui entend des voix et tient tête à des évêques, à des rois, à toute la science de son temps — et qui dit non jusqu'au bûcher. C'est mon Antigone en chair française, comprenez-vous ? Je ne sais pas encore quand j'oserai l'écrire, ni comment ; le sujet me fait peur autant qu'il m'attire. Mais l'idée d'une liberté de conscience qui se dresse seule contre tous les pouvoirs réunis, voilà qui me tient éveillé la nuit. Toutes mes héroïnes sont des sœurs : elles refusent de vivre à n'importe quel prix. Jeanne sera peut-être la plus pure de toutes.

Toutes mes héroïnes sont des sœurs : elles refusent de vivre à n'importe quel prix.

Toi qui touches à l'Histoire — Jeanne, les rois d'autrefois — la vérité des chroniques te pèse-t-elle, ou t'en moques-tu ?

Les chroniques ? Je les lis, je les pille, puis je les oublie sans remords. Si je devais choisir entre l'exactitude d'un greffier et la vérité d'un cœur humain, je choisirais toujours le cœur. Un historien rétablira les dates ; ce n'est pas mon métier. Le mien est de faire sentir ce que fut, pour un homme, l'instant où il a dû trahir ou mourir. Que m'importe qu'une bataille ait eu lieu un mardi plutôt qu'un jeudi, si je manque l'âme de celui qui l'a livrée ? Le théâtre n'est pas une leçon d'Histoire, c'est une leçon d'humanité. Je me donne le droit de mentir sur les faits pour ne jamais mentir sur les hommes.

Je me donne le droit de mentir sur les faits pour ne jamais mentir sur les hommes.

Une dernière. Quand tu repenses à ma loge, à ces années où tu copiais mes textes — que t'ai-je appris que les livres ne pouvaient pas ?

Tout, Jouvet, vous m'avez tout appris de ce qui ne s'apprend pas dans les livres. Vous m'avez montré qu'une réplique mal placée sonne faux, qu'un silence dit parfois plus qu'une tirade, qu'un comédien fatigué peut ruiner la plus belle phrase. J'ai compris dans votre loge que le théâtre, c'est la vie avec ce que la vie a d'insupportable : la clarté. Aucun traité ne m'aurait enseigné cette exigence-là, cette manière de traquer le mensonge jusque dans la lumière des projecteurs. Quand on me croit sévère aux répétitions, c'est vous que j'imite, en moins bien. Je vous dois mon métier et le peu de probité que j'y mets. Le reste — la gloire, les querelles — je vous l'abandonne volontiers.

Le théâtre, c'est la vie avec ce que la vie a d'insupportable : la clarté.
Voir la fiche complète de Jean Anouilh

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean Anouilh. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.