Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Jean-Jacques Rousseau

par Charactorium · Jean-Jacques Rousseau (1712 — 1778) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Été 1778, Ermenonville. Sous les peupliers du marquis de Girardin, un vieil homme au caftan élimé revient d'herboriser, sa boîte de fer-blanc encore tiède de soleil. Il accepte de s'asseoir un moment, la voix lasse mais l'œil vif, pour répondre à quelques questions avant que le soir ne tombe sur l'île.

Vous souvenez-vous du jour où votre vie a basculé, sur la route de Vincennes ?

C'était l'été 1749, et la chaleur de la route accablait. J'allais voir mon pauvre Diderot, qu'on tenait enfermé au donjon de Vincennes pour ses écrits trop libres. Pour épargner mes jambes, je marchais lentement, un numéro du Mercure de France à la main. Je m'assis sous un chêne, et mes yeux tombèrent sur la question de l'académie de Dijon : les sciences et les arts ont-ils épuré les mœurs ? En un instant, ce ne fut plus une lecture mais un vertige. Je vis d'un seul regard que tout notre savoir, loin de nous rendre meilleurs, nous avait corrompus. Quand j'arrivai près de Diderot, j'avais le visage bouleversé et le gilet mouillé de larmes. De cette secousse naquit mon premier Discours sur les sciences et les arts.

Ce ne fut plus une lecture mais un vertige.

Comment expliquez-vous d'avoir soutenu une thèse aussi contraire à tout votre siècle ?

Parce que je n'ai jamais su mentir à ce que je sentais en moi. Tout le Siècle des Lumières chantait le progrès des arts comme une marche vers la vertu ; moi, sous mon chêne, j'avais vu le contraire. Plus les peuples polissent leurs manières, plus ils perdent leur franchise ; plus les académies fleurissent, plus les âmes se vident. On m'a cru paradoxal, on m'a cru poseur. Mais je n'avais fait que dire tout haut ce que mon cœur de citoyen de Genève murmurait depuis l'enfance : que l'homme naît bon, et que ce sont nos belles institutions qui le gâtent. Ce premier prix de Dijon m'a donné une célébrité que je n'ai pas cherchée, et qui m'a coûté, depuis, plus de repos qu'elle ne m'a donné de gloire.

Que vouliez-vous accomplir en écrivant Du Contrat social ?

Je voulais comprendre comment des hommes libres pouvaient s'unir sans cesser de s'appartenir. Vous connaissez la phrase par laquelle s'ouvre mon livre : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Tout mon traité n'est qu'une tentative de défaire ces fers sans détruire la société. Le secret, c'est ce que j'appelle la volonté générale : non pas la somme des caprices de chacun, mais ce que veut un peuple entier quand il vise le bien commun. Là où chacun, en obéissant à la loi, n'obéit qu'à lui-même, il n'y a plus de maître ni d'esclave. On a brûlé ce livre à Paris et jusque dans ma chère Genève, en 1762. Qu'on le brûle : les cendres d'une vérité fécondent toujours quelque terre.

Les cendres d'une vérité fécondent toujours quelque terre.

Pourquoi tenez-vous tant à distinguer la liberté naturelle de la liberté civile ?

Parce qu'on les confond toujours, et que cette confusion fait les tyrans comme les anarchistes. Dans l'état de nature, l'homme est libre comme l'animal : il suit son appétit, il ne doit rien à personne. Mais cette liberté-là n'est qu'une indépendance brutale, sans cesse menacée par la force du plus fort. En entrant en société par le contrat social, l'homme cède cette liberté sauvage pour en recevoir une plus haute, garantie par une loi qu'il s'est lui-même donnée. Voilà ce que les puissants ne veulent pas entendre : qu'un peuple n'obéit légitimement qu'aux règles qu'il a consenties. J'ai vu, dans les salons de Paris, tant de beaux esprits raisonner sur la liberté qui n'auraient pas supporté d'en accorder une miette au peuple. Je dédiai mon discours de 1755 à Genève, parce que je rêvais d'y trouver ce peuple-là.

Comment vivez-vous la contradiction entre l'Émile et l'abandon de vos enfants ?

Vous touchez là ma plaie la plus vive, et je ne la fuirai pas. Oui, mes cinq enfants, je les ai portés à l'Hospice des Enfants-Trouvés ; et oui, j'ai écrit l'Émile, ce traité où j'enseigne au monde entier l'art d'élever un enfant selon la nature. Voltaire, dans un pamphlet anonyme, a jeté ma honte sur la place publique, et je ne l'en remercie pas. Mais je n'ai pas voulu me cacher : dans mes Confessions, j'ai tout avoué. J'étais pauvre, sans foyer, incapable de leur donner le pain et l'exemple qu'un père doit. Je me suis persuadé qu'ils seraient mieux nourris par l'hospice que par ma misère. Je sais aujourd'hui combien ce raisonnement était lâche. On ne répare pas une telle faute ; on la porte.

On ne répare pas une telle faute ; on la porte.
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French: Portrait de René-Louis de Girardin avec le buste de Jean-Jacques Rousseautitle QS:P1476,fr:"Portrait de René-Louis de Girardin avec le buste de Jean-Jacques Rousseau"label QS:Lfr,"Portrait dWikimedia Commons, Public domain — Attributed to Jean-Baptiste Greuze

Qu'est-ce qui vous a poussé à tout dire de vous dans les Confessions ?

Le besoin de me montrer entier, avec mes hontes comme avec mes vertus. J'ai commencé ce livre par ces mots : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. » Tous les mémorialistes avant moi se peignaient en beau ; moi, j'ai voulu me peindre tel que je suis, jusque dans mes bassesses. Pourquoi ? Parce qu'on m'avait tant calomnié, tant déguisé en monstre, que la seule défense qui me restait était la vérité nue. Ce livre n'a paru qu'après ma mort, en 1782, et je sais qu'on y trouvera de quoi me mépriser. Tant mieux : qu'on me méprise pour ce que je fus, non pour ce qu'on a inventé.

Pourquoi avoir adopté ce caftan arménien que tout Paris a moqué ?

D'abord par nécessité du corps : une infirmité ancienne me rendait l'habit ordinaire, la culotte serrée et les bas, un véritable supplice. Ce long caftan et ce bonnet de fourrure que j'ai pris vers 1762 me laissaient en paix. Mais je ne nierai pas qu'il y avait aussi du défi. J'en avais assez de ces vestes brodées sous lesquelles on étouffe sa pensée pour plaire. En me vêtant à l'arménienne, je disais aux salons : je ne suis plus des vôtres. On a ri, on m'a cru fou ou comédien. Qu'importe. J'avais rompu avec Voltaire, avec les philosophes de Paris, avec leurs politesses qui me semblaient autant de mensonges. Cet habit étrange était comme un drapeau planté sur ma solitude.

Cet habit étrange était comme un drapeau planté sur ma solitude.
Portrait of Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)label QS:Len,"Portrait of Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)"
Portrait of Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)label QS:Len,"Portrait of Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)"Wikimedia Commons, Public domain — François Guérin

Vous qui fûtes chassé de partout, comment portez-vous ce statut de proscrit ?

Comme un fardeau qu'on finit par appeler son compagnon. Après 1762, l'Émile et le Contrat social condamnés et brûlés, je fus proscrit de France et de Genève à la fois, contraint de fuir de refuge en refuge. On m'offrit l'Angleterre : le philosophe Hume m'accueillit en 1765 avec de grands égards. Mais la défiance me rongeait déjà comme une fièvre ; je crus voir des complots dans ses prévenances mêmes, et je me brouillai avec lui comme avec tous les autres. Je sais ce qu'on en dira : que le persécuté se forgeait lui-même ses persécuteurs. Il y a du vrai. Mais quand on a vu son livre déchiré par le bourreau, on apprend à se méfier même des mains tendues. La solitude, du moins, ne trahit pas.

Comment la botanique est-elle devenue le refuge de vos dernières années ?

Quand la philosophie ne m'apporta plus que des querelles, les plantes m'ont rendu le calme. Je pars le matin avec ma boîte à herboriser, cette boîte de fer-blanc que je porte en bandoulière, et je m'enfonce dans les champs sans autre dessein que de regarder. Une mousse, une corolle, la nervure d'une feuille : voilà des merveilles qui ne disputent ni ne calomnient. Je compose un herbier, j'écris à quelques botanistes, et je redeviens, pour quelques heures, l'enfant heureux que je fus aux Charmettes, chez Mme de Warens. C'est de ces promenades qu'est née ma rêverie. Étudier la nature, ce n'est pas seulement compter des étamines : c'est apprendre à se taire et à recevoir. Les hommes m'ont lassé ; les herbes, jamais.

Une mousse, une corolle : voilà des merveilles qui ne disputent ni ne calomnient.

Que cherchiez-vous, seul dans votre barque, sur le lac de Bienne ?

Rien. Et c'est précisément ce rien qui fut le bonheur le plus pur de ma vie. À l'île Saint-Pierre, en 1765, chassé encore une fois, je poussais ma barque au large, puis je laissais les rames et je me couchais au fond, dérivant au gré de l'eau pendant des heures. Le clapotis, le balancement, le ciel : mon âme ne désirait plus rien, ne regrettait plus rien, simplement elle était. J'ai voulu retenir ces instants dans mes Rêveries du promeneur solitaire, ce dernier livre que je n'achèverai pas. Vous me trouvez ici, à Ermenonville, vieilli et las ; mais quand je ferme les yeux, je suis encore sur ce lac, et je crois que c'est là, plutôt que sous mon chêne, qu'il faudrait me chercher.

Mon âme ne désirait plus rien, ne regrettait plus rien, simplement elle était.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean-Jacques Rousseau. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.