Interview imaginaire avec Jules Verne
par Charactorium · Jules Verne (1828 — 1905) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'une grande maison d'Amiens coiffée d'une tour en brique rouge. Au dernier étage, parmi les cartes et les globes, un vieux monsieur les attend en souriant. C'est Jules Verne, et il a très envie de leur parler.
—C'est vrai qu'à onze ans vous avez voulu vous enfuir sur un bateau ?
Tu sais, mon enfant, c'est tout à fait vrai, et j'en ai un peu honte. J'avais onze ans, à Nantes, et le port sentait le goudron et les épices venues de loin. Un matin, je me suis glissé sur un navire marchand qui partait pour les Indes. Imagine un gamin minuscule entre des marins énormes ! Mon père m'a rattrapé juste à temps, à Paimbœuf, plus bas sur la Loire. Il était furieux, et un peu terrifié aussi. Ce jour-là, je lui ai promis quelque chose. Et figure-toi que j'ai tenu parole toute ma vie.
Désormais, je ne voyagerais qu'en rêve.
—Pourquoi le port de votre ville vous faisait autant rêver ?
Imagine une ville où des centaines de bateaux arrivent et repartent chaque semaine. À Nantes, c'était ça. Petit, je restais des heures sur les quais à regarder les voiles. Chaque navire venait d'un endroit que je ne verrais sans doute jamais : l'Afrique, l'Amérique, les îles lointaines. Les marins racontaient des histoires de tempêtes et de bêtes étranges. Tu vois, je n'avais pas besoin d'aller loin pour voyager : il me suffisait d'écouter et d'imaginer. Toute mon enfance, ce port a été comme une fenêtre ouverte sur le monde entier. Plus tard, j'ai transformé cette fenêtre en romans.
—Vous vous leviez vraiment à cinq heures du matin pour écrire ?
Oui, chaque jour, été comme hiver, à cinq heures. Il faisait encore nuit et froid. Je prenais un petit déjeuner léger, puis je m'enfermais dans mon cabinet, tout en haut de ma tour, jusqu'à onze heures. C'était mon moment sacré. J'écrivais à la plume, dans le silence, pendant que la ville dormait encore. Tu trouves ça dur ? Moi, j'adorais ces heures-là. L'esprit est tout neuf le matin, comme une page blanche. C'est ainsi que j'ai pu écrire plus de quatre-vingts romans. Le secret n'est pas le génie, mon enfant : c'est de s'asseoir chaque matin et de recommencer.
Le secret n'est pas le génie, c'est de recommencer chaque matin.
—Comment vous faisiez pour mettre autant de vraie science dans vos histoires ?
Ah, ça, c'est mon grand secret de fourmi ! L'après-midi, je ne me reposais pas. Je lisais des dizaines de revues scientifiques et de récits de voyages. Quand un article m'intéressait, je le découpais et je le rangeais dans une fiche. À la fin, j'avais des milliers de fiches classées par sujet : volcans, étoiles, animaux des mers. Imagine une immense armoire pleine de petits papiers ! Quand j'écrivais un roman, j'allais piocher dedans. Comme ça, mes histoires inventées reposaient sur de vrais savoirs. Mes héros voyageaient dans l'imaginaire, mais sur des chemins solidement documentés.
—C'est vrai que votre tout premier livre a d'abord été refusé ?
Tellement vrai ! Et j'ai bien failli tout abandonner. J'avais écrit Cinq semaines en ballon, l'histoire d'une traversée de l'Afrique en aérostat — un grand ballon gonflé, tu vois, comme on en utilisait à mon époque. Un éditeur, Pierre-Jules Hetzel, l'a d'abord refusé. Imagine ma tristesse ! Mais cet homme avait du flair. Il m'a rappelé, a racheté le manuscrit, et l'a publié en 1863. Ce fut mon premier succès. Sans lui, je crois que j'aurais rangé ma plume pour toujours. Comme quoi, un refus n'est pas toujours la fin de l'histoire.
Un refus n'est pas toujours la fin de l'histoire.
—Qu'est-ce que ça voulait dire, ces fameux Voyages extraordinaires ?
C'est le nom que Hetzel a inventé pour rassembler tous mes romans en une grande collection. L'idée était belle : raconter le monde entier à travers des aventures, pour que chaque lecteur apprenne en s'amusant. La géographie, les volcans, les étoiles, les fonds marins... tout devait y passer. Mes livres paraissaient d'abord en feuilletons : des morceaux publiés semaine après semaine dans les journaux. Les gens attendaient la suite avec impatience, comme toi quand on te raconte une histoire et qu'on s'arrête au pire moment ! Cette collection est devenue l'œuvre de toute ma vie.

—Comment vous avez deviné qu'on irait un jour sur la Lune ?
Oh, je n'ai rien deviné par magie, rassure-toi ! Dans De la Terre à la Lune, en 1865, j'ai imaginé un voyage vers notre satellite. Mes savants envoyaient leur engin grâce à un canon géant. Je me suis trompé sur la méthode, bien sûr. Mais j'avais bien lu mes fiches : la vitesse nécessaire, le point de départ en Floride, le retour dans l'océan. Tu sais, je croyais profondément que la science finirait par tout accomplir. Ce qui semble impossible aujourd'hui deviendra peut-être ordinaire demain. J'écrivais pour préparer les esprits à ces merveilles à venir.
Ce qui semble impossible aujourd'hui deviendra peut-être ordinaire demain.
—Le capitaine Nemo et son sous-marin, ça existait pour de vrai ?
Pas du tout, et c'est bien là que commence le rêve ! Quand j'ai écrit Vingt mille lieues sous les mers, en 1870, un sous-marin — un bateau capable de voyager sous l'eau — était une chose presque impossible, à peine un essai dans la tête des ingénieurs. J'ai inventé le Nautilus, un navire magnifique, et son commandant mystérieux, le capitaine Nemo, qui fuyait les hommes pour vivre dans les profondeurs. Imagine descendre là où aucune lumière n'arrive, parmi des poissons qu'on n'a jamais vus. La mer me fascinait : c'est l'immense désert où l'homme n'est jamais seul.
—C'est vrai que vous aviez votre propre bateau pour naviguer en vrai ?
Oui, et j'en étais fier comme un enfant ! Mon bateau s'appelait le Saint-Michel III, un beau yacht à vapeur. Avec lui, j'ai navigué en Méditerranée, longé les côtes, fait escale jusqu'à Édimbourg, en Écosse. Tu vois, je ne voulais pas seulement écrire la mer assis à ma table. Je voulais la sentir : le sel sur les lèvres, le pont qui tangue, le vent qui pousse. Toutes ces sensations, je les rangeais dans ma mémoire, puis je les versais dans mes romans maritimes. J'étais un homme de lettres, mais aussi un peu un homme d'aventure.
Je ne voulais pas seulement écrire la mer, je voulais la sentir.

—Quel était votre endroit préféré au bord de l'eau ?
J'aimais beaucoup Le Crotoy, une petite station au bord de la baie de Somme. C'est là que j'amarrais souvent mon yacht. Imagine une grande baie où la mer se retire très loin, laissant des kilomètres de sable mouillé qui brille. Les oiseaux par milliers, le ciel immense, le silence. J'y trouvais le calme et l'inspiration pour mes récits de marins. Le matin, j'écrivais ; l'après-midi, je regardais l'eau monter et descendre. Tu sais, un écrivain a besoin de ces endroits-là, où l'on rêve les yeux ouverts. La nature m'en a toujours donné plus que les livres.
—Si on entrait dans votre maison, qu'est-ce qu'on remarquerait en premier ?
Tu serais d'abord surpris par ma tour ! Ma maison d'Amiens possède une tour d'angle en brique rouge, et tout en haut se trouve mon cabinet de travail. En entrant, tu verrais des cartes partout sur les murs, des globes terrestres pour suivre les voyages de mes héros, une grande lunette astronomique pour regarder les étoiles. Sur ma table, une plume, un encrier, et mes piles de fiches. Ça sentait le papier et l'encre. C'était mon petit royaume, mon vaisseau immobile. De cette pièce, sans bouger de ma chaise, je partais chaque matin pour le bout du monde.
—Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous, plus tard ?
Quelle belle question, mon enfant. J'aimerais qu'on se souvienne d'un homme qui n'a jamais cessé de croire au savoir et à la curiosité. Je n'ai pas inventé de machine, je n'ai pas exploré de continent. Mais j'ai donné à des milliers de jeunes l'envie de comprendre le monde et de l'explorer un jour pour de vrai. Si l'un de mes romans a poussé un enfant à devenir marin, savant ou inventeur, alors j'ai réussi ma vie. Garde toujours en toi cette petite flamme qui demande "pourquoi ?" et "comment ?". C'est elle qui fait avancer le monde.
Garde toujours en toi cette petite flamme qui demande pourquoi et comment.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jules Verne. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


