Les enfants interrogent Julienne de Norwich
par Charactorium · Julienne de Norwich (1342 — 1500) · Spiritualité · Lettres · 5 min de lecture

Deux jeunes visiteurs de douze ans s'arrêtent devant une petite fenêtre percée dans le mur d'une église de Norwich. À l'intérieur, une vieille femme en habit sombre les accueille avec un sourire. C'est Julienne, la recluse, et elle a tout son temps pour répondre à leurs questions.
—C'est vrai qu'un jour vous êtes tombée si malade que vous avez cru mourir ?
Oui, mon enfant. J'avais environ trente ans, et une fièvre terrible m'a clouée au lit. Tout le monde pensait que c'était la fin, moi la première. Un prêtre est venu et il a tenu un crucifix devant mes yeux, pour que je regarde le Christ en mourant. Et là, imagine : au lieu de m'éteindre, j'ai commencé à voir. Seize visions, l'une après l'autre. Je les appelle mes showings, ce qui veut dire « ce qui m'a été montré ». Le lendemain matin, la fièvre était partie. J'étais guérie, et je n'ai plus jamais été la même.
On m'a tendu un crucifix pour mourir, et j'ai commencé à voir.
—Vous aviez peur, pendant que vous voyiez toutes ces choses ?
Un peu, oui. Imagine que tu es très faible, dans une pièce sombre, et que soudain le monde invisible s'ouvre devant toi. Dans une de mes visions, j'ai eu envie de regarder à côté de la croix, ailleurs. Mais j'ai senti que tant que je gardais les yeux sur le Christ, j'étais en sécurité, à l'abri de tout ce qui fait peur. Alors je n'ai plus détourné le regard. Ce n'était pas de la terreur, tu sais. C'était plutôt comme tenir la main de quelqu'un très fort dans le noir. La peur était là, mais la confiance était plus grande.
—Après, vous avez écrit un livre sur tout ça ?
Deux fois, même ! D'abord un texte assez court, tout de suite après mes visions, vers 1373, pendant que le souvenir brûlait encore. Puis, vingt ans plus tard, vers 1393, j'ai réécrit tout, en beaucoup plus long. Pourquoi ? Parce qu'en vingt ans j'avais médité, retourné chaque vision dans ma tête, et j'avais compris des choses que je n'avais pas vues d'abord. J'écrivais sur du parchemin, avec une plume d'oie taillée. C'est lent, l'encre sèche mal, la peau de mouton coûte cher. Chaque mot comptait. Ces Révélations de l'amour divin, c'est le travail de toute ma vie.
Il m'a fallu vingt ans pour comprendre ce que j'avais vu en une nuit.
—Mais à votre époque, une femme avait le droit d'écrire un livre ?
C'était très rare, mon enfant, et je le savais bien. Les livres savants s'écrivaient en latin, la langue des prêtres, que peu de gens comprenaient. Moi, j'ai écrit en anglais, la langue de tous les jours, celle des marchands et des paysans de Norwich. On appelle ça le vernaculaire, la langue du peuple. Je me disais moi-même une pauvre créature sans instruction. Et pourtant, sans le vouloir, je suis devenue la première femme dont on garde un livre écrit en langue anglaise. Je n'écrivais pas pour être savante. J'écrivais pour que même une petite fille puisse comprendre l'amour de Dieu.
—C'est vrai que vous viviez enfermée et que vous ne sortiez jamais ?
Jamais, oui. J'étais ce qu'on appelle une recluse : une femme qui choisit de vivre murée dans une petite cellule contre l'église, pour prier tout le temps. Imagine une pièce de quelques mètres, en pierre, où tu passes ta vie entière. Ce choix, on le scellait par une cérémonie étrange : l'évêque disait sur moi une messe des morts, comme à un enterrement. J'étais « morte au monde », tu comprends. Mais je ne me sentais pas prisonnière. J'avais choisi ce silence. Pour moi, ces murs n'étaient pas une prison : c'était une porte ouverte vers Dieu.
On m'a enterrée vivante dans une cellule, et je m'y suis sentie libre.

—Mais alors, comment vous mangiez, comment vous voyiez la messe ?
Grâce à mes trois fenêtres, mon enfant ! Chacune servait à quelque chose. La première, une petite ouverture oblique dans le mur, on l'appelle un hagioscope : elle donnait sur l'autel, et par elle je suivais la messe et je voyais l'hostie levée. La deuxième donnait sur la rue : des gens du quartier m'y passaient un peu de pain, des légumes, parfois du fromage. Je mangeais simplement, ce qu'on voulait bien me donner. Et la troisième me servait à parler avec ceux qui venaient chercher un conseil. Trois petites fenêtres, et par elles, le monde entier venait à moi.
—C'était quoi, votre époque ? Il se passait des choses graves ?
Oh, des choses terribles, mon enfant. Quand j'étais enfant, une maladie a traversé toute l'Europe : la peste noire. Elle a emporté peut-être une personne sur trois. Norwich, ma ville, a été frappée très fort. Et par-dessus, une guerre sans fin entre l'Angleterre et la France. Imagine des rues où l'on enterrait des familles entières, où l'on avait peur du lendemain. Les gens se demandaient : Dieu nous a-t-il abandonnés ? C'est dans ce monde-là que j'ai reçu mes visions. Et le plus étonnant, c'est le message que j'en ai gardé : au milieu de tout ce malheur, un mot de consolation.

—Et c'était quoi, ce mot de consolation ?
Une petite phrase toute simple, que j'ai sentie comme venue de Dieu lui-même : « All shall be well » — tout ira bien, et toute chose ira bien. Je sais, dit comme ça, en pleine peste, ça semble fou. Comment dire « tout ira bien » quand on enterre ses voisins ? Mais Dieu ne m'a pas promis que je ne serais jamais éprouvée. Il m'a dit autre chose : « Thou shalt not be overcome », tu ne seras pas vaincue. Nuance, tu vois. La douleur existe, mais elle n'aura pas le dernier mot. Une fois, on m'a montré tout ce qui existe, gros comme une noisette posée dans ma main — et ça tenait, parce que Dieu l'aimait.
Il ne m'a pas promis que je ne serais pas éprouvée, mais que je ne serais pas vaincue.
—Des gens venaient vraiment vous voir pour vous demander conseil ?
Beaucoup, oui, surtout l'après-midi. Ils s'approchaient de ma fenêtre sur la rue et me parlaient à voix basse de leurs peines. Je ne sortais pas, mais le monde venait s'asseoir sous ma fenêtre. Un jour, une femme est venue de loin : elle s'appelait Margery Kempe. Elle aussi disait avoir des visions, et beaucoup autour d'elle la prenaient pour une folle. Elle est venue me demander si ses expériences venaient bien de Dieu. Nous avons parlé longtemps. Je l'ai écoutée, puis je l'ai encouragée à tenir bon et à ne pas se laisser décourager. On sait tout cela parce qu'elle l'a raconté plus tard dans son propre livre.
—Si on pouvait vous rencontrer aujourd'hui, qu'est-ce que vous nous diriez ?
La même chose qu'à Margery, mon enfant. Tu vas traverser des jours sombres, des peurs, des chagrins — c'est certain, personne n'y échappe. Mais ne crois jamais que l'amour t'a lâché. Souviens-toi de ma petite noisette : tout ce qui existe tient dans la main de Dieu parce qu'il l'aime. Toi aussi, tu y tiens. Je n'ai rien inventé de savant. J'ai seulement écouté, pendant vingt ans, ce que j'avais vu une nuit de mai 1373, et je l'ai écrit pour qu'on s'en souvienne. Alors garde ces mots avec toi : quoi qu'il arrive, tu ne seras pas vaincue.
Tout ce qui existe tient dans une main, parce qu'on l'aime.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Julienne de Norwich. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


