Interview imaginaire avec Julienne de Norwich
par Charactorium · Julienne de Norwich (1342 — 1500) · Spiritualité · Lettres · 6 min de lecture

Norwich, un matin gris du Norfolk, vers l'an 1400. Derrière le mur de l'église Saint-Julien, une voix répond par la fenêtre étroite d'une cellule où une femme vit murée depuis des années. Elle a vu, dit-elle, le Christ souffrant ; elle a passé vingt ans à comprendre ce qu'elle a vu. On l'écoute à travers la pierre.
—Comment tout a-t-il commencé, en cette année 1373 ?
J'avais environ trente ans, et je me croyais à l'article de la mort. La fièvre m'avait prise trois jours ; mon corps était déjà froid, mes yeux se fixaient vers le haut, incapables de regarder de côté. Un prêtre m'a présenté un crucifix devant le visage, me disant d'y attacher mon regard puisque je ne pouvais plus voir autre chose. Et c'est là, en mai 1373, que les showings ont commencé : seize révélations du Christ en sa Passion, le sang vif coulant sous la couronne d'épines, chaude et abondante comme les gouttes de pluie qui tombent d'un toit. Je n'osais regarder à côté de la croix, car tant que je la contemplais, je me savais en sûreté. Le lendemain, contre toute attente, j'étais guérie — mais rien en moi ne l'était plus comme avant.
Tant que je contemplais la croix, je me savais en sûreté.
—Que montraient exactement ces seize visions ?
Elles ne montraient pas la gloire, mais la douleur — et pourtant, au fond de la douleur, une joie que je ne sais nommer. J'ai vu le visage du Seigneur changer de couleur, le dessèchement de sa chair, et cette même chair devenir source de vie. On m'a fait comprendre que la souffrance n'a pas le dernier mot. Une parole surtout m'est restée : Il ne m'a pas dit « tu ne seras pas tourmentée, tu ne seras pas éprouvée, tu ne seras pas affligée », mais Il a dit : « tu ne seras pas vaincue. » Voilà ce que sont mes révélations — non l'assurance d'être épargnée, mais la promesse d'être tenue. Chaque showing était comme une lettre scellée qu'il m'a fallu des années pour ouvrir tout entière.
Il n'a pas dit : tu ne seras pas éprouvée ; Il a dit : tu ne seras pas vaincue.
—Pourquoi avoir écrit deux versions de vos Révélations, à vingt ans d'écart ?
Parce qu'une vision se reçoit en un instant mais ne se comprend pas en un jour. Peu après ma maladie, j'ai couché sur le parchemin un récit bref, presque nu — ce qu'on appelle aujourd'hui le texte court. C'était le témoignage direct, encore tout tremblant. Mais je ne cessais d'y revenir, comme on retourne une pierre au soleil pour en voir chaque face. Vingt ans plus tard, vers 1393, j'ai écrit la version longue, où j'ose enfin dire ce que j'ai mis deux décennies à oser : que Dieu est notre Mère autant que notre Père, qu'Il nous porte comme une mère porte l'enfant. On ne me l'avait pas montré d'un coup. Il a fallu que la méditation creuse en moi son lit, patiemment, année après année, à la lueur d'une seule chandelle.
Une vision se reçoit en un instant, mais ne se comprend pas en un jour.
—Vous vous dites pourtant sans instruction. Comment concilier cela avec l'ampleur de votre œuvre ?
Je me suis appelée a simple creature unlettered, une simple créature sans lettres, et je le crois encore. Je n'ai pas fréquenté les écoles où les clercs disputent en latin. Mais ce que je n'ai pas reçu des maîtres, je l'ai reçu autrement, et je l'ai écrit dans la langue de mon peuple, le vernaculaire, celle que parlent les femmes de Norwich au marché comme dans leur cuisine. On me dit que je serais la première femme à écrire un livre en anglais ; je ne l'ai pas cherché. J'ai seulement voulu que la consolation reçue ne reste pas enfermée dans ma cellule. Le vernaculaire n'abaisse pas la vérité — il la rend accessible. Que Dieu se serve d'une ignorante ne devrait étonner personne : c'est bien sa manière.
Le vernaculaire n'abaisse pas la vérité — il la rend accessible.
—Vous vivez recluse, murée dans une cellule. Que signifie une telle vie ?
On appelle cela l'enclosure. L'évêque a célébré sur moi une messe des morts, car pour le monde je suis morte : j'ai franchi le seuil de cette cellule attenante à l'église Saint-Julien pour n'en plus sortir jusqu'à mon dernier souffle. Mais ce tombeau est aussi une naissance. Ma cellule a trois fenêtres : l'une, l'hagioscope, s'ouvre vers l'autel et me donne de suivre la messe et de voir l'élévation de l'hostie ; une autre, sur la rue, par où l'on me passe le pain et l'eau ; la troisième, pour ceux qui viennent chercher conseil. Trois ouvertures étroites, et par elles passe le monde entier — Dieu par la première, mon corps par la deuxième, mon prochain par la troisième. Je suis recluse, non prisonnière : la porte, c'est moi qui l'ai voulue close.
Ce tombeau est aussi une naissance.

—À quoi ressemblent vos journées dans cet espace si étroit ?
Elles suivent le rythme des heures. Avant l'aube, je me lève pour les matines et les laudes, que je récite en regardant vers l'autel par ma fenêtre. La matinée se passe en méditation des Écritures, dans le silence de la pierre. L'après-midi, il arrive qu'on frappe à la fenêtre extérieure — un pèlerin, une âme en peine — et je donne ce que je peux de conseil. Puis les vêpres, les complies, et la nuit venue, l'écriture. Je porte l'habit sombre et rude des recluses, sans ornement, car je suis morte au monde ; ma nourriture m'est passée par la fenêtre, pain et légumes, du poisson les jours permis. Quelques mètres carrés, un lit, un prie-Dieu, une chandelle. On croirait la pauvreté même. Mais je n'ai jamais eu le sentiment d'être à l'étroit.
—Comment osez-vous annoncer que « tout ira bien » dans un siècle de peste et de guerre ?
Je sais ce qu'est mon siècle. La peste a fauché Norwich deux fois de mon vivant, en mon enfance puis vers 1361, si dru qu'on manquait de bras pour enterrer les morts. La guerre entre les royaumes ne finit pas, les paysans se sont révoltés, et deux papes se disputent la chrétienté. Ce n'est pas moi qui parle d'espérance dans ce fracas — c'est Lui. Il m'a dit, et je le redis parce que je l'ai entendu : « All shall be well, and all shall be well, and all manner of thing shall be well. » Tout ira bien, et tout ira bien, et toute chose ira bien. Non que le mal ne soit rien — mais que le mal ne l'emportera pas. Devant les fosses communes, cette parole n'est pas une naïveté ; c'est la seule chose assez forte pour tenir debout.
Devant les fosses communes, cette parole n'est pas une naïveté.

—Une image revient dans vos écrits, celle d'une noisette. Que voulez-vous dire par là ?
Dans mes révélations, on m'a mis dans la paume de la main une petite chose, ronde, pas plus grosse qu'une noisette. Je la regardais et je me demandais : qu'est-ce que cela peut être ? Et il me fut répondu : c'est tout ce qui est fait. Je m'étonnais qu'une chose si petite ne tombât pas en poussière, tant elle semblait fragile. Et j'ai compris trois vérités : que Dieu l'a faite, que Dieu l'aime, que Dieu la garde. Voilà tout le monde tenu dans une noisette, et ce qui le tient, c'est l'amour. En un temps où tout paraît s'effondrer — les royaumes, les récoltes, les corps —, cette petite chose dans ma main me dit que rien de ce qui existe ne subsiste par soi, mais par l'amour de Celui qui le fit.
Tout le monde tenu dans une noisette, et ce qui le tient, c'est l'amour.
—On raconte qu'une autre femme, Margery Kempe, est venue frapper à votre fenêtre. Vous en souvenez-vous ?
Oui, une femme de Lynn est venue, il y a peu, s'asseoir plusieurs jours devant ma fenêtre extérieure. On l'appelle Margery. Elle pleurait beaucoup, criait parfois, et se demandait si ses larmes et ses visions venaient de Dieu ou d'une illusion — car autour d'elle on la disait folle, ou pire. Elle m'a ouvert son âme et la grâce qu'elle croyait y sentir. Je lui ai dit ce que je crois vrai : que l'Esprit Saint ne meut jamais l'âme contre la charité, et que si ses pleurs l'y portaient, elle devait les tenir pour un don et non les craindre. Persévère, lui ai-je dit, ne te laisse pas détourner. Deux femmes qui se parlent de Dieu par une fenêtre, dans ce siècle — je n'aurais pas cru qu'on en garderait mémoire.
—Que représente pour vous ce rôle de conseillère, vous qui ne quittez jamais votre cellule ?
C'est le seul commerce qui me reste avec les vivants, et il passe tout entier par une fenêtre large d'une main. Ils viennent, l'un après l'autre : une veuve, un marchand rongé de scrupules, un jeune homme qui doute. Je ne suis ni prêtre ni docteur ; je n'ai que ce qu'on m'a montré. Mais j'ai appris ceci, que je répète sans me lasser : Dieu ne regarde pas le péché avec la colère qu'on lui prête ; sa miséricorde est plus grande que nos fautes. Beaucoup arrivent écrasés de honte et repartent, je crois, un peu allégés. Étrange office pour une femme murée : ne pouvant aller vers personne, je laisse le monde venir à moi par cette étroite ouverture — et parfois, la parole reçue jadis sur mon lit de mort passe ainsi à un autre.
Ne pouvant aller vers personne, je laisse le monde venir à moi par une étroite ouverture.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Julienne de Norwich. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


