Interview imaginaire avec Kubilai Khan
par Charactorium · Kubilai Khan (1215 — 1294) · Politique · Militaire · Économie · 6 min de lecture

Nous sommes reçus dans les jardins d'hiver du palais de Khanbalik, sous des toits de tuiles vernissées que ses hôtes étrangers comparent à des écailles d'or. L'empereur Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, prend place sur un tapis de feutre posé à même le marbre, entre deux mondes qu'il n'a jamais cessé d'habiter. Il consent, pour cet entretien, à parler comme il ne le fait qu'avec ses plus proches conseillers.
—Vous êtes le petit-fils de Gengis Khan, né dans les steppes, et vous régnez aujourd'hui depuis un palais de Chine. Comment expliquez-vous un tel choix ?
Mes conseillers mongols m'ont reproché d'avoir échangé la selle pour le trône laqué, et je ne le nie pas. J'ai revêtu les robes des empereurs chinois, honoré leurs ancêtres, choisi en 1271 un nom de règne — Yuan, l'origine première de toutes choses — pour fonder une dynastie qui gouverne l'ensemble de ce pays. Certains y virent un abandon des tentes de mon grand-père. Mais j'avais administré très jeune la Chine du Nord au nom de mon frère Möngke, et j'y avais appris qu'un empire aussi vaste que le mien ne se tient pas depuis une seule selle. Il faut parler la langue de ceux qu'on gouverne, honorer leurs rites autant que les siens. Le Ciel ne confie pas un empire à qui refuse de s'incliner devant les peuples qu'il reçoit en héritage.
Le Ciel ne confie pas un empire à qui refuse de s'incliner devant les peuples qu'il reçoit en héritage.
—Pourquoi avoir délaissé Karakorum, la capitale mongole de vos ancêtres, pour bâtir une nouvelle cité à Khanbalik ?
Karakorum se tient dans les steppes, loin des greniers et des fleuves qui nourrissent un empire. J'ai fait élever Khanbalik, entre 1267 et 1285, selon un plan régulier, entourée de vingt-huit kilomètres de murailles, avec des palais que mes hôtes disent n'avoir jamais vus d'aussi somptueux. Ce fut un choix mûri, non un reniement : mon aïeul avait conquis à cheval, moi je devais gouverner depuis un centre capable de recevoir les rapports de mes administrateurs venus des quatre coins de la terre. Pourtant, dans les jardins mêmes de mon palais, j'ai fait dresser des yourtes richement décorées, pour que mes fils n'oublient jamais d'où vient notre peuple. On peut bâtir en pierre sans désapprendre le feutre.
—Vous souvenez-vous du jour où le jeune marchand vénitien Marco Polo s'est présenté devant vous ?
Je m'en souviens comme d'une curiosité agréable. C'était en 1275 ; il arriva jeune, avide de tout voir, et resta près de dix-sept années à mon service — je l'envoyai même administrer la ville marchande de Yangzhou, tant sa curiosité pour nos usages me semblait sincère. Il posait des questions que mes propres courtisans n'osaient plus poser, sur nos routes de relais, nos greniers, notre papier qui vaut de l'or. Je l'écoutais raconter les cités d'Occident comme il écoutait mes généraux raconter leurs campagnes. Un souverain qui gouverne tant de peuples différents a besoin de tels yeux étrangers pour se voir lui-même autrement qu'à travers ses propres miroirs.
—Que pensez-vous du portrait qu'il a fait de vous à son retour, ce « Grand Seigneur » au teint vermeil ?
On m'a rapporté ses mots, dictés depuis une prison de Gênes, à des années de distance : il écrivit que « le Grand Seigneur est de taille moyenne, ni trop grand ni trop petit » et que mon teint est « blanc et vermeil comme une rose ». Je ne sais si un souverain doit se reconnaître dans le portrait qu'en fait un étranger, mais je n'y trouve rien à redire — il regardait avec les yeux d'un marchand habitué à juger la qualité d'une soie ou d'une pierre précieuse. Peut-être est-ce ainsi que je resterai, dans les mémoires de ceux qui n'ont jamais foulé le sol de Khanbalik.
—On dit que vous avez imposé un étrange usage : payer avec de simples morceaux de papier. Pourquoi une telle réforme ?
Parce que l'or et l'argent sont lourds, et que mon empire s'étend sur des milliers de li. J'ai généralisé entre 1260 et 1280 l'usage du chao, ce papier-monnaie que les dynasties chinoises connaissaient déjà mais que je fis adopter à travers toutes mes provinces, sous peine sévère pour qui le refuserait. Marco Polo en resta stupéfait, lui qui venait d'un pays où l'on pèse encore le métal à chaque échange. Ce papier n'a de valeur que par la confiance qu'on place dans le sceau impérial qui l'authentifie — c'est peut-être la leçon la plus délicate du pouvoir : gouverner, c'est faire croire à la valeur d'un signe.
Gouverner, c'est faire croire à la valeur d'un signe.

—Comment avez-vous fait circuler tant de richesses à travers un empire aussi vaste ?
Par le réseau du yam, ces relais de poste que j'ai considérablement étendus en Chine : des cavaliers s'y succèdent pour porter messages et fonctionnaires d'un bout à l'autre de l'empire en quelques jours là où il en fallait des semaines. J'ai aussi confié beaucoup à mes ortaq, ces marchands, souvent venus d'Asie centrale, à qui j'avance des capitaux pour commercer en mon nom sur les routes de la soie. Et j'ai fait prolonger le Grand Canal, plus de mille sept cents li de Hangzhou jusqu'à ma capitale, pour que le riz du sud nourrisse le nord sans jamais manquer. Un empire ne vit que par ce qui y circule — hommes, grains, messages, papier.
—Vous avez tenté par deux fois d'envahir le Japon. Que s'est-il passé lors de la première expédition, en 1274 ?
J'envoyai une flotte immense vers ces îles qui refusaient de se soumettre au Grand Khan, comme le veut l'ordre que le Ciel m'a confié sur les royaumes voisins. Nous prîmes pied sur leurs côtes, mais une tempête se leva et dispersa mes navires avant que la conquête ne s'achève. Beaucoup d'hommes ne revinrent jamais. Je n'avais pas mesuré à quel point la mer, autour de ce pays, pouvait se montrer plus redoutable que n'importe quelle armée de samouraïs. Ce fut un revers amer, le premier que subissait un empire qui, depuis mon grand-père, n'avait presque jamais connu la défaite.
—Une seconde tentative eut lieu en 1281, avec le même échec. Comment avez-vous compris ces deux défaites ?
Je réunis une flotte plus grande encore, espérant effacer l'humiliation de la première. Le Ciel en décida autrement : un typhon la broya avant même qu'elle n'atteigne les rivages, et les habitants de ces îles y virent le signe d'un vent envoyé par leurs propres dieux — ils l'appellent, je crois, le kamikaze, le vent divin. Je n'ai jamais tenté de troisième expédition. Un souverain qui gouverne sous le Mandat du Ciel doit savoir reconnaître, dans les éléments eux-mêmes, ce qui lui est refusé. J'ai préféré tourner mes forces vers l'achèvement de la conquête des Song du Sud, plutôt que de défier une mer qui, par deux fois, avait choisi son camp.

—On raconte que vous étiez un chasseur passionné. Que représentait pour vous une partie de chasse au faucon ?
C'est la joie la plus pure qu'il me reste des steppes. Je possède des centaines de faucons dressés, et lorsque je pars chasser autour de Khanbalik, ce sont des milliers de batteurs, de fauconniers et parfois d'éléphants qui m'accompagnent pendant des semaines à travers les plaines. Mon hôte vénitien en resta émerveillé, lui qui n'avait jamais vu un tel déploiement. Sur mon poing, l'oiseau attend, immobile, avant de fondre sur sa proie avec une violence que rien dans mes palais ne sait imiter. C'est peut-être la seule heure du jour où je redeviens simplement ce que mes ancêtres furent avant moi : un homme des plaines, face au vent.
—Malgré tout le faste de votre cour, vous conservez, dit-on, des coutumes de vos ancêtres nomades. Lesquelles vous tiennent le plus à cœur ?
Le koumis, d'abord — ce lait de jument fermenté que je bois dans des coupes d'or lors des grandes fêtes, comme le faisaient mes ancêtres dans leurs tentes de feutre. Et les yourtes elles-mêmes : j'en fais dresser, richement décorées, jusque dans les jardins de mon palais de Khanbalik, pour que mes courtisans chinois comprennent d'où vient réellement leur empereur. On me sert des mets raffinés venus des cuisines des Song, mais je garde le goût du mouton rôti et du cheval, comme au temps où l'on vivait sous le ciel plutôt que sous des toits de tuiles. Un homme peut régner sur un peuple sédentaire sans renier tout à fait les steppes qui l'ont vu naître.
—Si vous deviez imaginer comment les générations futures se souviendront de vous, que diriez-vous ?
Je ne saurais dire ce qu'on retiendra d'un règne aussi vaste que le mien. Peut-être ne verra-t-on que le petit-fils de Gengis Khan, celui qui a porté l'empire mongol à son plus grand déploiement. Peut-être verra-t-on plutôt l'empereur qui a réunifié la Chine entière sous les Yuan, après la victoire de Yamen en 1279, la première fois depuis longtemps qu'un seul pouvoir tenait tout ce territoire. J'aimerais qu'on se souvienne surtout de ceci : j'ai essayé de tenir ensemble deux mondes qui semblaient devoir s'exclure, la selle et le trône, la yourte et le palais de laque. Si un jour on écrit mon histoire, qu'on n'oublie pas que gouverner, c'est souvent choisir de ne pas choisir entre ce qu'on a été et ce qu'on doit devenir.
Gouverner, c'est souvent choisir de ne pas choisir entre ce qu'on a été et ce qu'on doit devenir.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kubilai Khan. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

