Interview imaginaire avec La Fée Viviane
par Charactorium · La Fée Viviane · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au bord du Lac, dans la lumière verte filtrée par les eaux, que Merlin retrouve celle qu'il nomma jadis son élève. L'air sent la vase et l'aubépine en fleur ; quelque part, une épée dort sous la surface immobile. Ils se connaissent depuis le jour où il lui ouvrit ses livres de sortilèges, et il vient aujourd'hui, à demi prisonnier de sa propre magie, lui demander des comptes sur ce qu'elle a fait de son savoir. Entre eux flotte le souvenir d'un enseignement devenu trahison.
—Viviane, tu te souviens du jour où je t'ai ouvert mes livres ? Je t'ai tout donné de mon art. Pourquoi m'avoir retenu ensuite dans cette prison invisible ?
Je me souviens, Merlin, de chaque mot que tu m'as confié sous les arbres de Brocéliande. Tu m'enseignais en croyant garder l'avantage du maître, mais l'élève écoute autrement que le maître ne parle. Quand j'ai su tracer le cercle d'où nul ne sort, je l'ai tracé autour de toi — non par haine, mais parce que ta puissance, libre, eût bouleversé l'équilibre du royaume. Un savoir aussi grand que le tien ne pouvait demeurer sans frein. Toi qui m'as appris la mesure des choses, tu sais que je n'ai fait qu'appliquer ta propre leçon. Je t'ai gardé comme on garde un feu trop ardent : enclos, mais jamais éteint.
L'élève écoute autrement que le maître ne parle.
—Tu dis n'avoir fait que m'apprendre. Mais lorsque tu m'as enfermé, m'aimais-tu encore, ou n'étais-je qu'un livre que tu refermais ?
Ne me prends pas pour la froide magicienne des récits qu'on colportera. Je t'ai aimé, Merlin, autant qu'une fée peut aimer un homme qui voit l'avenir et ne peut le changer. C'est justement parce que je t'aimais que je n'ai pu te laisser t'épuiser au service des rois ingrats. Tu te serais consumé pour Arthur comme tu te consumais pour moi. Te retenir, c'était te préserver du temps des mortels. On dira que je t'ai trahi ; moi je dis que je t'ai soustrait à ta propre fin. Repose dans ton aubépine : nul ne peut t'y blesser, pas même l'oubli.
On dira que je t'ai trahi ; moi je dis que je t'ai soustrait à ta propre fin.
—Tu connais mieux que personne le poids d'Excalibur. Dis-moi, le jour où tu l'as tendue à Arthur hors des eaux, qu'as-tu voulu sceller ?
Ce jour-là, Merlin, l'épée fendit la surface du Lac comme une parole enfin dite. Toi qui avais préparé la venue de ce roi, tu sais que sans un signe venu de l'autre monde, sa couronne n'eût été qu'une couronne d'homme. En lui donnant Excalibur et son fourreau, je liais sa royauté à la magie même de la terre de Bretagne. L'épée tranche, mais le fourreau garde le sang dans les veines : voilà ce que je remettais à Arthur, la force et la protection ensemble. Il fallait qu'il sache que ce pouvoir ne venait pas de lui, mais lui était prêté. Le jour où il l'oublierait, je reprendrais mon dû.
L'épée tranche, mais le fourreau garde le sang dans les veines.
—Et lorsque Arthur faillit à ses devoirs, tu lui retiras ce fourreau d'invulnérabilité. N'as-tu pas craint de condamner le roi que nous avions tous deux servi ?
Je ne condamne pas, Merlin, je rends justice. Un don de fée n'est pas une faveur sans condition : il est un pacte. Tant qu'Arthur tint la chevalerie pour sacrée, le fourreau le garda du moindre sang versé. Mais le roi qui oublie pourquoi on l'a fait roi se dépouille lui-même de sa protection ; je n'ai fait que reprendre ce qui n'avait plus de raison de demeurer sur ses flancs. Tu m'as appris cela aussi : la magie n'est pas une indulgence, c'est une balance. Que la lame demeure ; le bouclier invisible, lui, retourne au Lac d'où il vint.
Un don de fée n'est pas une faveur sans condition : il est un pacte.
—On m'a conté que tu as élevé sous tes eaux un enfant sans père, Lancelot. Toi la fée, qu'espérais-tu façonner dans ce royaume englouti ?
Je l'ai recueilli nourrisson, Merlin, quand le monde des hommes l'eût laissé périr. Sous le Lac, loin des guerres et des deuils, je l'ai élevé dans la pureté avant qu'il ne connût la faute. Je lui ai enseigné la lance et l'honneur, mais aussi la douceur que les hommes oublient en ceignant l'épée. On m'appelle la Tutrice du meilleur chevalier de la Table Ronde, et c'est mon plus bel ouvrage : non d'avoir donné une arme à un roi, mais d'avoir donné un homme à la chevalerie. Ce que j'ai fait pour Lancelot, je l'avais commencé pour Arthur — veiller, en secret, sur ceux que le destin réclame.
Mon plus bel ouvrage : non d'avoir donné une arme, mais un homme à la chevalerie.
—Tu parles d'élever en secret. Moi qui ai caché Arthur enfant, je le sais : pourquoi toujours dérober tes protégés aux yeux du monde ?
Parce que ce que le monde voit, le monde le convoite, Merlin — tu l'as appris avant moi. Un enfant promis à un grand destin est une proie tant qu'il est faible. Sous mes eaux, nul roi jaloux, nul traître ne pouvait l'atteindre ; il grandissait à l'abri du temps lui-même. Le secret n'est pas un mensonge, c'est un berceau. Toi qui as confié Arthur à des mains nourricières loin de Tintagel, tu sais qu'on ne forge un roi ou un chevalier qu'à l'ombre, puis qu'on le rend au jour quand il est prêt. J'ai gardé mes enfants comme le Lac garde Excalibur : invisibles, jusqu'à l'heure.
Le secret n'est pas un mensonge, c'est un berceau.
—Cette demeure sous les eaux où tu m'as si souvent reçu — comment vis-tu, Viviane, dans ce monde entre deux mondes que les mortels ne peuvent atteindre ?
Tu y es venu assez souvent, Merlin, pour savoir que mon palais n'est ni tout à fait sous l'eau ni tout à fait sur la terre. Au matin, je lis les eaux du Lac comme d'autres lisent les astres : leur ride me dit les batailles à venir et le cœur des rois. Je vis dans ce seuil où le merveilleux touche le monde des hommes sans s'y mêler. Ma robe garde la couleur de l'onde, mon temps n'est pas le vôtre. Brocéliande au-dessus, le silence en dessous : c'est là que je veille. Les mortels nomment cela Avalon, ou féerie ; moi je l'appelle ma demeure, et tu sais qu'on n'y entre que par la magie.
Je lis les eaux du Lac comme d'autres lisent les astres.
—On t'appelle la Dame du Lac. Est-ce le Lac qui t'a faite fée, ou la fée qui a fait du Lac son royaume ?
Belle question de magicien, Merlin — tu cherches toujours la cause derrière la chose. La vérité est que nous nous sommes faits l'un l'autre. Le Lac m'a donné son seuil entre les mondes, et je lui ai donné un nom et une gardienne. Sans moi, ce ne serait qu'une eau dormante ; sans lui, je ne serais qu'une fée errante sans royaume. Mon pouvoir monte de ses profondeurs et y redescend, comme la lune tire la marée. C'est pourquoi je ne le quitte qu'à peine, et toujours pour y revenir. La Dame et le Lac ne font qu'un : sépare-les, et tu n'auras ni l'une ni l'autre.
Le Lac m'a donné son seuil entre les mondes, et je lui ai donné une gardienne.
—Tu as bâti Avalon, ce refuge hors du temps. Dis-moi, Viviane, qu'as-tu voulu sauver en élevant cette île que nul mortel ne trouve ?
J'ai voulu sauver ce qui ne devait pas mourir avec les hommes, Merlin. Les royaumes tombent, les rois saignent, mais Avalon demeure hors de la roue du temps. C'est l'île des pommiers où la blessure s'apaise et où le sommeil n'est pas la mort. J'y garde les secrets que la cour de Camelot n'eût su porter, et j'y prépare un refuge pour l'heure des grands deuils. Tu as bâti ta gloire dans le monde des hommes ; moi j'ai bâti la mienne en marge, là où rien ne se corrompt. Avalon est ma réponse à la mort : non pas la nier, mais la suspendre.
Avalon est ma réponse à la mort : non pas la nier, mais la suspendre.
—Après Camlann, c'est toi qui es venue chercher Arthur mourant. Je ne pouvais plus le protéger ; toi, qu'as-tu emporté dans ta barque ce jour-là ?
J'ai emporté plus qu'un roi blessé, Merlin : j'ai emporté l'espérance d'une terre. Quand ma barque a fendu la brume de Camlann, nous étions trois reines à l'accueillir, et le silence pesait comme une dernière neige. Arthur ne mourait pas vraiment ; il entrait dans le sommeil d'Avalon, d'où l'on dit qu'il reviendra au jour du grand besoin. Toi qui ne pouvais plus veiller sur lui, repose-toi : je l'ai pris là où ton art s'arrêtait. La chevalerie s'est éteinte à Camlann, mais je n'ai pas laissé éteindre la flamme. Tant que je le garde, Arthur n'est pas tout à fait perdu pour la Bretagne.
Arthur ne mourait pas vraiment ; il entrait dans le sommeil d'Avalon.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de La Fée Viviane. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

