Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Lao Tseu

par Charactorium · Lao Tseu (vers VIe siècle av. J.-C.) · Philosophie · Spiritualité · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est au seuil du col de Hangu, là où la route de pierre bascule vers l'occident encore sans nom, que nous l'avons retrouvé — assis sur son buffle d'eau dans le silence qui précède l'aube. Il n'avait pas prévu de s'arrêter. Mais quelque chose dans la lumière rasante l'a retenu un instant, et c'est dans cet instant qu'il a bien voulu répondre.

Pendant des années, vous avez gardé les archives royales à Luoyi. Comment vivait-on là-bas, au cœur de la cour des Zhou ?

Je me levais avant l'aube, quand le silence n'est pas encore rompu par les cloches rituelles. À Luoyi, la bibliothèque des Zhou donnait sur une cour intérieure où poussaient trois pins tordus par le vent du nord — je les regardais longtemps avant de toucher la moindre lamelle de bambou. Le travail d'archiviste, on se l'imagine poussiéreux et sans conséquence, mais c'est tout autre chose : tenir les registres d'un empire, c'est tenir sa mémoire, et cela est aussi dangereux que de porter un vase de bronze rempli à ras bord. Chaque texte que je classais racontait l'histoire d'un roi qui avait voulu fixer le monde par des mots. Chaque roi avait disparu. Les textes restaient un peu plus longtemps, puis disparaissaient à leur tour. J'ai longtemps cru que mon rôle était de les conserver. Il m'a fallu bien des saisons pour comprendre que mon vrai rôle était d'apprendre à les laisser partir.

La Chine des Printemps et Automnes se déchirait entre États rivaux. Depuis votre poste d'archiviste, qu'avez-vous vu que les hommes de cour refusaient de regarder ?

La cour était un spectacle d'hommes qui s'agitaient pour ne pas entendre le bruit que fait le monde quand il se défait. Les États de Chu, de Jin et des autres s'envoyaient des armées et des ambassadeurs avec la même frénésie. Les princes qui se battaient pour les frontières ne contrôlaient déjà plus leurs propres armées. Les ministres qui rédigeaient des lois ne gouvernaient plus que des ruines. C'est l'époque du Bai jia zhengming — cent voix qui s'élèvent pour proposer une solution au chaos qu'elles contribuent elles-mêmes à entretenir. Moi, depuis la bibliothèque de Luoyi, j'observais l'eau dans le canal de pierre qui longeait le mur nord. Elle ne débattait pas. Elle avançait. Le wu wei n'est pas une invention de ma part — c'est la leçon que les rivières donnent aux empires depuis que les empires existent.

Les princes qui se battaient pour les frontières ne contrôlaient déjà plus leurs propres armées.

On rapporte que Confucius fit spécialement le voyage jusqu'à vous pour vous interroger sur les rites. Comment vous souvenez-vous de cette rencontre ?

Il était arrivé avec plusieurs disciples, des rouleaux de questions sous le bras, et cette façon qu'il avait de remplir l'espace avec des interrogations précises, bien formulées, bien rangées. Confucius voulait comprendre les rites anciens — les gestes, les formules, la façon exacte de plier les genoux devant une tablette ancestrale. Je lui ai répondu que les os des maîtres qui avaient institué ces rites étaient depuis longtemps retournés à la terre, et que leurs paroles n'étaient plus que des coquilles dont le crabe s'était enfui depuis belle lurette. Il m'a regardé avec l'air de quelqu'un qui sent qu'on lui retire quelque chose sans lui voler quoi que ce soit. Nous avons parlé longuement dans la cour de la bibliothèque royale, entre les pins. Il est reparti vers Lu sans ce qu'il était venu chercher — et peut-être avec quelque chose qu'il n'avait pas prévu de trouver. Le Tao ne cherche pas à convaincre.

En rentrant chez lui, Confucius aurait dit à ses disciples qu'il venait de voir un dragon — un être impossible à saisir. Que vous inspire cette image ?

Le dragon, dans notre tradition, n'est pas monstrueux — il est simplement hors de portée. Il monte et descend entre le ciel et les eaux profondes, il ne s'attarde nulle part, il n'a pas besoin d'être vu pour exister. Si Confucius m'a comparé à un dragon, c'est peut-être qu'il a compris, en repartant, que j'échappais aux catégories qu'il avait apportées avec lui. Il cherchait un maître des rites — les rites sont l'écorce d'un arbre dont on a oublié les racines, et c'est ce qu'il a senti sans tout à fait pouvoir le formuler. Je ne suis pas insaisissable par orgueil ou par mystère calculé : je suis avec le Tao du côté où le Tao refuse les étiquettes. Ce que Confucius a vu en moi, c'est peut-être simplement quelqu'un qui n'essayait pas d'être vu.

Les rites sont l'écorce d'un arbre dont on a oublié les racines.

Vous enseignez que l'eau, douce et souple, finit par creuser la roche la plus dure. Comment cette image vous est-elle venue ?

Je n'ai pas inventé l'eau — j'ai simplement accepté de la regarder. Dans le jardin de la bibliothèque des Zhou, à Luoyi, un canal d'irrigation longeait le mur de pierre nord. Chaque matin, pendant de longues années, j'observais l'endroit précis où l'eau rencontrait la roche. Elle ne la heurtait pas, ne criait pas, ne s'indignait pas de la dureté de ce qu'elle touchait. Elle glissait, s'insinuait, recommençait. Au bout de nombreuses saisons, j'ai vu le mur commencer à s'effriter à cet endroit : une pierre, puis deux, puis l'eau qui passait là où passait avant la résistance. C'est cela, le wu wei — non pas la faiblesse, mais la persistance sans effort, la force qui ne se nomme pas elle-même force. Les hommes dépensent des trésors à construire des digues. Le Tao dépense des saisons à les contourner. Et le Tao n'est jamais pressé.

Rock painting-Confucius Meeting Lao Tzu (Rubbing)
Rock painting-Confucius Meeting Lao Tzu (Rubbing)Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Au seuil du Tao Te King, vous écrivez que le Tao qu'on peut nommer n'est pas le Tao éternel. Comment parler de quelque chose qui résiste à tout nom ?

Je n'explique pas — c'est précisément là l'erreur de l'explication. Quand j'ai tracé ces premiers caractères au col de Hangu, cette nuit, j'ai écrit ceci : « Le Tao qu'on peut nommer n'est pas le Tao éternel. Le nom qu'on peut nommer n'est pas le nom éternel. Ce qui est sans nom est le commencement du Ciel et de la Terre. » Ce n'est pas un aveu d'échec — c'est une instruction. Si vous voulez toucher le Tao, cessez de le chercher avec des mots comme on cherche un objet égaré sous une table. Le Tao n'est pas perdu. C'est vous qui êtes distraits. Le silence avant l'aube, l'espace entre deux respirations, le moment où la main lâche le pinceau sans avoir décidé de lâcher — là, peut-être, quelque chose effleure ce qui ne peut pas être nommé.

Le Tao n'est pas perdu. C'est vous qui êtes distraits.

Yin Xi, le gardien de ce col, vous a demandé de coucher votre sagesse par écrit avant de vous laisser passer. Quel effet cela vous a-t-il fait — vous qui enseignez le non-agir — de devoir écrire ?

Yin Xi était un homme simple et attentif, ce qui est plus rare qu'un homme savant. Il m'a regardé arriver sur mon buffle, il a senti quelque chose — non pas une idée, mais une présence — et il a posé sa hallebarde en disant : laisse quelque chose avant de passer. Je pouvais refuser. Le wu wei ne commande pas l'action, mais il ne la proscrit pas non plus. J'ai regardé le ciel à l'ouest, ce ciel que je n'avais encore jamais vu, et j'ai demandé un pinceau et des lamelles de bambou. Il y a une forme de wu wei dans l'écriture, si on accepte que les mots ne capturent pas le monde mais le traversent, comme la lumière traverse l'eau sans l'arrêter. J'ai tracé les caractères sans chercher à fixer quoi que ce soit. C'est peut-être pour cela que ce texte tient — parce qu'il n'a jamais essayé de tenir.

Stone painting - Confucius meeting Laozi, the Han dynasty, Shandong Museum
Stone painting - Confucius meeting Laozi, the Han dynasty, Shandong MuseumWikimedia Commons, CC0 — Huangdan2060

Comment condense-t-on toute une existence de contemplation en une seule nuit, sur des lamelles de bambou, avant de disparaître ?

On ne condense pas — c'est l'illusion que vous décrivez. Le Tao Te King n'est pas un résumé de ma vie : c'est une fenêtre que j'ai laissée entrouverte dans un mur dont je m'en allais. Environ cinq mille caractères, quatre-vingt-un chapitres courts — moins que ce qu'un scribe de cour copie en une semaine. J'ai écrit vite, au col de Hangu, sans ratures, parce que les ratures sont une façon de vouloir que les mots soient meilleurs qu'ils ne sont. À l'aube, quand Yin Xi est venu reprendre les lamelles de bambou, il m'a demandé si j'avais fini. J'ai dit : je n'ai pas commencé — j'ai seulement indiqué une direction. Lui remettre ce texte, c'était comme remettre une lampe à quelqu'un qui part en voyage de nuit. La lampe n'est pas le chemin. Le chemin n'est pas la destination. Et pourtant, on marche.

Votre nom — Lao Tseu — signifie à la fois 'le Vieux Maître' et 'le Vieil Enfant'. Lequel de ces deux visages vous ressemble davantage ?

Les deux à la fois — et c'est pour cela qu'on m'a appelé ainsi, ou que je me suis appelé ainsi, ou que personne ne sait avec certitude qui a donné ce nom à quoi. L'enfant et le vieillard sont les deux pôles du Yin et du Yang : l'un qui sait tout sans l'avoir appris, l'autre qui a tout appris pour revenir à ne rien savoir. Entre les deux, il y a des décennies passées à Luoyi, dans les archives des Zhou, à classer des textes qui disaient tous la même chose avec des mots différents. Le ziran — la naturalité — c'est peut-être cela : retrouver, au bout du chemin, cette légèreté qu'on avait au commencement, avant que le monde nous apprenne à peser chaque chose. Je suis vieux dans mes années. Je suis enfant dans ma façon d'accueillir ce qui vient. Et le Tao, lui, n'est ni l'un ni l'autre — il est ce qui précède les deux.

Certains, après vous, douteront que vous ayez jamais existé en chair et en os — que vous ne soyez qu'un nom donné à une sagesse sans visage. Que laissez-vous comme réponse à ce doute ?

Je laisse ce que j'ai toujours laissé : rien que je revendique. Si quelqu'un trouve dans le Tao Te King quelque chose qui ressemble à une vérité, à quoi sert-il de savoir si ces mots viennent d'un vieux fonctionnaire de Luoyi ou d'une légende née de mille bouches répétant la même sagesse jusqu'à lui donner un visage ? Le Tao lui-même n'a pas de visage — et c'est pour cela qu'il peut être le visage de toutes choses. Si je suis une légende, je suis une légende qui dit : ne t'attache pas à la légende. Si je suis un homme, je suis un homme qui dit : ne t'attache pas à l'homme. Le pinceau s'use. La lamelle de bambou pourrit. Ce qui demeure, si quelque chose demeure depuis cette nuit au col de Hangu, c'est l'espace entre les mots — et cet espace n'appartient à personne.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Lao Tseu. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.