Interview imaginaire avec Louis Pasteur
par Charactorium · Louis Pasteur (1822 — 1895) · Sciences · 5 min de lecture
C'est dans la cour de l'Institut Pasteur, à Paris, un matin de printemps 1893, que Joseph Meister retrouve le vieux maître assis près d'une fenêtre, la main gauche posée sur sa canne. La lumière joue sur les cuves de verre alignées dans le laboratoire voisin, et l'on entend au loin l'aboiement des chiens du chenil. Huit ans plus tôt, ce savant a sauvé le garçon de neuf ans mordu en quatorze endroits ; aujourd'hui, Joseph travaille entre ces murs et veille sur celui à qui il doit la vie. Il s'approche, le carnet à la main, pour faire parler l'homme derrière la légende.
—Maître, vous vous souvenez du jour où ma mère m'a amené à vous, en 1885 ? Vous n'étiez pas médecin. Qu'avez-vous éprouvé avant de m'inoculer ?
Comment l'oublierais-je, mon enfant ? Tu arrivais de l'Alsace, la jambe déchirée, et l'on m'avait dit que tu marchais à peine. J'avais éprouvé ma méthode sur cinquante chiens, jamais sur un homme, et voilà qu'un être de neuf ans me regardait. Je ne te cacherai pas que j'ai passé des nuits affreuses : à chaque inoculation plus forte que la veille, je tremblais de te porter la mort au lieu de te la retirer. J'ai consulté Vulpian et Grancher, je voulais des médecins à mes côtés pour ne point porter seul une telle responsabilité. Quand, après quinze jours, tu courais de nouveau dans la cour, j'ai compris que jamais joie n'avait égalé mon angoisse.
Je tremblais de te porter la mort au lieu de te la retirer.
—On vous a beaucoup reproché d'avoir tenté sur moi ce que vous n'aviez jamais essayé sur un homme. Cela vous a-t-il blessé ?
Les reproches, vois-tu, je les attendais. Un savant qui touche à la vie d'un enfant s'expose à toutes les colères, et certains confrères murmuraient que j'avais agi en imprudent. Mais que devais-je faire ? Te renvoyer mourir de la rage la plus atroce, alors que je tenais peut-être ton salut entre mes mains ? J'ai pesé chaque chose : ta blessure datait de soixante heures, le mal était presque sûr, ma méthode avait constamment réussi sur les chiens. Le devoir d'un homme de science n'est pas de se protéger lui-même, mais de tendre la main quand il le peut. Ta guérison a répondu mieux que tous mes discours, et c'est elle qui a fait taire les voix.
—Avant de me sauver, vous aviez livré une autre bataille. Parlez-moi de ces ballons au col recourbé dont on parle au laboratoire.
Ah, mes chères fioles ! Voilà un combat de jeunesse, bien antérieur à ta naissance. On enseignait alors que la vie pouvait surgir d'elle-même de la matière inerte, qu'un bouillon abandonné engendrait spontanément des êtres vivants. J'ai voulu en finir avec cette croyance. J'ai fait souffler des ballons au long col recourbé en col de cygne : l'air y entrait librement, mais les poussières restaient prisonnières dans la courbure. Le bouillon demeurait limpide, sans corruption, des mois durant. Brisais-je le col, ou inclinais-je le ballon pour mouiller la poussière ? Aussitôt la vie pullulait. J'ai démontré par des expériences que je crois irréfutables que la matière inerte ne donne jamais naissance à la vie. Quelques-unes de ces fioles dorment encore ici, scellées, intactes.
L'air entrait librement, mais les poussières restaient prisonnières dans la courbure.
—Pourquoi tant vous acharner sur une idée si ancienne ? Qu'y avait-il de si important dans ces poussières invisibles ?
Parce que tout en dépendait, mon garçon ! Si la vie naissait spontanément, alors la pourriture, la fermentation, les maladies elles-mêmes pouvaient surgir de rien, et l'on ne pouvait rien y comprendre ni rien y prévenir. Mais en prouvant que chaque germe vient d'un germe semblable, porté par l'air et la poussière, j'ouvrais une porte immense. Les fermentations, les putréfactions, les contagions cessaient d'être des mystères : c'étaient des êtres vivants, microscopiques, que l'on pouvait traquer, détruire, écarter. Sans ces fioles, je n'aurais jamais songé à atténuer un microbe, ni à te guérir. La science avance ainsi : une vérité de laboratoire, qui semble une querelle d'érudits, devient un jour le salut d'un enfant.
—Au laboratoire, on raconte encore l'expérience des moutons à Pouilly-le-Fort, en 1881. Avez-vous craint l'humiliation publique ce jour-là ?
Craint ? Disons que j'avais engagé mon nom devant la France entière. Un vétérinaire incrédule, Rossignol, m'avait pour ainsi dire mis au défi : on me prêta un troupeau, et je promis publiquement de protéger les bêtes vaccinées contre le charbon. Vingt-quatre moutons reçurent mon vaccin atténué, vingt-quatre autres restèrent témoins. Le jour de l'épreuve, j'inoculai à tous le microbe le plus virulent. La presse, les agriculteurs, les savants accoururent. Quand on vint me dire que les vaccinés broutaient tranquillement tandis que les témoins gisaient morts ou mourants, j'avoue avoir savouré ce triomphe. Toute la difficulté avait été de doser l'atténuation : un microbe assez affaibli pour ne pas tuer, assez vivant pour protéger.
Un microbe assez affaibli pour ne pas tuer, assez vivant pour protéger.

—Comment avez-vous découvert que l'on pouvait ainsi affaiblir un microbe sans le rendre inoffensif pour toujours ?
Par un heureux hasard, comme souvent en science, mais un hasard préparé. J'étudiais le choléra des poules. Une culture du microbe avait été oubliée tout un été, exposée à l'air. Lorsque je l'inoculai à mes poules, elles tombèrent à peine malades, puis se rétablirent. J'allais jeter ces cultures vieillies quand l'idée me vint de les éprouver : ces mêmes poules, réinoculées avec un microbe tout neuf et virulent, résistèrent admirablement ! Le vieillissement à l'air avait émoussé la virulence sans abolir le pouvoir d'immuniser. C'était le principe que Jenner avait entrevu pour la variole, mais que je pouvais désormais étendre et fabriquer à volonté. De cette poule oubliée est née, de proche en proche, la méthode qui t'a sauvé.
—On dit que l'Empereur lui-même vous avait commandé d'étudier le vin. Comment un chimiste en vient-il à se pencher sur nos bouteilles ?
C'est qu'à l'époque, vois-tu, les vins de France tournaient, s'aigrissaient, et ces maladies ruinaient notre commerce. Napoléon III me chargea en 1863 d'en chercher la cause. Au microscope, je découvris que chaque altération du vin correspondait à un ferment particulier, un être vivant venu le corrompre. Restait à les détruire sans gâter le breuvage. J'ai trouvé qu'en chauffant le vin entre cinquante-cinq et soixante degrés, on tuait ces ferments sans en altérer le goût ni le bouquet. Les viticulteurs se méfiaient : chauffer le vin leur semblait un sacrilège ! Pourtant la méthode s'imposa, et on l'applique aujourd'hui à la bière, au vinaigre, et même au lait. Étudier la fermentation du vin m'a conduit tout droit aux germes des maladies.

—Vous parlez du vin et de la maladie d'un même souffle. Y a-t-il vraiment un lien entre ce qui gâte une bouteille et ce qui frappe un homme ?
Le lien est tout entier, mon enfant, et c'est là toute ma vie. Ce qui fait tourner le vin, lever la pâte, pourrir la viande, et ce qui ronge la chair d'un malade, ce sont des micro-organismes, des êtres vivants invisibles. Comprendre la fermentation, c'était déjà comprendre la contagion. Le ferment qui aigrit ton vin et le microbe qui infecte une plaie obéissent aux mêmes lois : ils naissent d'un germe semblable, se multiplient, et l'on peut les combattre par la chaleur, par la propreté, par l'atténuation. Voilà pourquoi je passe sans cesse de la cuve du brasseur au chevet du malade. Le vin malade m'a enseigné l'homme malade.
Le vin malade m'a enseigné l'homme malade.
—Maître, moi qui suis né en Alsace devenue allemande, je sais ce que vous coûte la défaite de 1870. Pourquoi avoir renvoyé votre diplôme à Bonn ?
Toi qui viens de cette terre meurtrie, tu me comprends mieux que quiconque. L'université de Bonn m'avait jadis fait docteur honoris causa ; après l'écrasement de la France et l'arrachement de l'Alsace-Lorraine, je ne pouvais plus porter cet honneur sans honte. Je le leur ai renvoyé, refusant désormais toute distinction venue de Prusse. On m'a dit que la science ne connaît point de frontières — et c'est vrai, la science n'a pas de patrie. Mais le savant, lui, en a une, et il doit à son pays tout l'éclat de son travail. Que ce conflit nous ait pris ta province natale fut pour moi une blessure que nulle découverte n'a pansée.
La science n'a pas de patrie, mais le savant, lui, en a une.
—Depuis votre attaque de 1868, votre main gauche vous refuse tout service. Comment avez-vous pu poursuivre malgré ce corps diminué ?
Ah, cette main… Elle pend, inutile, depuis ce jour de 1868 où je crus ma carrière finie. J'avais à peine quarante-six ans, et déjà la moitié de mon corps me trahissait. Mais l'esprit, vois-tu, est demeuré tout entier. J'ai appris à diriger sans manipuler moi-même : je dicte, j'observe au microscope, je commande à mes assistants chaque geste avec une précision que la maladie n'a pas émoussée. Le charbon, le choléra des poules, la rage, ton vaccin — tout cela, je l'ai conçu après cette attaque, infirme de la main mais non de la volonté. La paralysie m'a appris une chose : ce ne sont pas les bras qui font la science, c'est l'obstination. Et de l'obstination, le ciel m'en a donné pour dix hommes.
Ce ne sont pas les bras qui font la science, c'est l'obstination.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis Pasteur. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


