Interview imaginaire avec Louise Michel
par Charactorium · Louise Michel (1830 — 1905) · Politique · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'une petite salle de Montmartre. Une vieille dame tout en noir les attend, le regard vif. Elle s'appelle Louise Michel, et elle a promis de tout leur raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez voulu devenir maîtresse d'école ?
Tu sais, mon enfant, j'étais toute jeune. À quinze ans, en 1845, je rêvais déjà d'apprendre à lire aux petits. Imagine un village de la Haute-Marne, des champs partout, et des enfants pauvres qui n'allaient jamais en classe. Moi, je voulais leur ouvrir les portes du savoir. En 1853, j'ai ouvert ma première école à Audeloncourt. Mais il fallait jurer fidélité à l'empereur Napoléon III pour enseigner dans les écoles de l'État. J'ai refusé. Alors j'ai fait une école libre, c'est-à-dire une école qui n'obéissait pas au gouvernement. C'était risqué, mais mon tableau noir et ma craie valaient bien une couronne.
Mon tableau noir et ma craie valaient bien une couronne.
—C'était comment, votre classe ? Vous punissiez les enfants qui n'écoutaient pas ?
Jamais je n'ai levé la main sur un enfant. À mon époque, beaucoup de maîtres frappaient les élèves avec une règle ou un bâton. Moi, je trouvais ça honteux. On n'apprend pas dans la peur, on apprend dans la curiosité. Alors je sortais avec mes élèves regarder les plantes, les insectes, le ciel. Je leur disais : observez, touchez, posez des questions. J'avais même écrit pour eux un petit livre, Le Livre du jour de l'an, plein d'histoires pour grandir. Mes classes de Montmartre étaient remplies d'enfants pauvres, mal nourris, mais leurs yeux brillaient. C'était ma plus belle récompense.
On n'apprend pas dans la peur, on apprend dans la curiosité.
—Un jour vous avez pris un fusil ? Pourquoi une maîtresse va se battre ?
Oui, c'est vrai, et ça surprend toujours. Au matin du 18 mars 1871, sur la butte Montmartre, les cloches se sont mises à sonner très fort : c'est ce qu'on appelle le tocsin, le signal du danger. Le gouvernement voulait reprendre nos canons, ceux que le peuple de Paris avait payés. Alors les gens sont sortis dans la rue, et moi avec eux. J'ai pris mon fusil, un Chassepot, comme les soldats de la Garde nationale, cette milice de citoyens. Tu sais, je n'aimais pas la guerre. Mais quand on vient prendre le pain des pauvres, on ne reste pas les bras croisés.
—Vous aviez peur sur les barricades ?
Peur ? Bien moins que tu ne crois. Imagine une rue sans aucun bruit de moteur, juste des pavés arrachés, des charrettes renversées, des meubles entassés en travers du chemin. Ça s'appelle une barricade : un mur qu'on construit pour arrêter les soldats. J'étais là, derrière, mon écharpe rouge nouée à la taille. Cette écharpe, c'était le signe de la Commune, notre Paris libre. Le danger était partout, oui. Mais quand on croit vraiment à quelque chose, le cœur cogne pour autre chose que la peur. Je me sentais utile, vivante. Mes camarades tombaient autour de moi, et ça, ça me brisait bien plus que les balles.
—Après, vous avez été jugée ? Qu'est-ce que vous avez dit aux juges ?
En décembre 1871, on m'a traînée devant un tribunal militaire, le conseil de guerre. Mes amis avaient été fusillés par milliers pendant la Semaine sanglante. Moi, je ne voulais pas qu'on me fasse de cadeau. Alors j'ai dit aux juges des mots que je n'ai jamais regrettés. Je leur ai réclamé ma part de plomb, c'est-à-dire les balles, comme mes frères tombés au camp de Satory. Je leur ai lancé que si tout cœur battant pour la liberté n'a droit qu'à un peu de plomb, eh bien qu'ils me tuent. Je ne tremblais pas. Demander grâce, ç'aurait été trahir mes camarades morts.
Je leur ai réclamé ma part de plomb, comme mes frères tombés.

—Mais pourquoi demander à mourir ? C'est bizarre, non ?
Je comprends que ça t'étonne, mon enfant. Mais réfléchis : on venait de fusiller mes amis. Vivre quand ils étaient morts, ça me semblait presque une lâcheté. Je voulais leur être fidèle jusqu'au bout. Et puis, je savais une chose : si les juges me tuaient, ma mort dirait au monde entier que la Commune n'avait pas peur. Finalement, ils n'ont pas osé. Ils m'ont condamnée à la déportation, c'est-à-dire à être envoyée très loin, dans une colonie, pour ne plus jamais revenir. C'était une île au bout du monde. Ils croyaient m'éteindre. Ils se trompaient bien.
—On vous a envoyée où, exactement ? C'était loin comment ?
On m'a embarquée pour la Nouvelle-Calédonie, une île à l'autre bout de la Terre, des mois de bateau. Imagine : tu pars, et tu sais que tu ne reverras peut-être jamais ta mère ni ta ville. J'ai vécu sur la presqu'île Ducos, de 1873 jusqu'à l'amnistie. L'amnistie, c'est le pardon qui efface une condamnation. Là-bas, au lieu de me laisser ronger par le chagrin, j'ai regardé autour de moi. J'ai découvert une nature inconnue, des fleurs, des oiseaux que personne en France n'avait vus. La prison la plus dure ne peut pas emprisonner ta curiosité. Ça, ils ne pouvaient pas me l'enlever.
La prison la plus dure ne peut pas emprisonner ta curiosité.
—Là-bas vous avez rencontré les Kanaks ? Vous étiez amie avec eux ?
Oui, et j'en suis fière encore aujourd'hui. Les Kanaks sont le peuple qui vivait sur cette île bien avant nous. En 1878, ils se sont révoltés contre ceux qui leur prenaient leurs terres. Presque tous les déportés français les méprisaient. Pas moi. Je leur ai donné mon écharpe rouge de la Commune, la chose la plus précieuse que je possédais, pour leur dire : votre combat est le mien. J'ai aussi écouté leurs histoires, leurs contes, leurs chants. Je les ai notés dans un livre, Légendes et chants de gestes canaques. Un opprimé reste un opprimé, qu'il soit de Paris ou de l'autre bout du monde.

—Vous faisiez quoi de vos journées sur l'île ?
Je ne suis jamais restée à ne rien faire, tu sais. Le matin, je marchais dans la nature avec un carnet. J'y notais tout : la forme d'une feuille, le chant d'un oiseau, la couleur d'un coquillage. J'avais gardé mon âme de maîtresse d'école : observer, comprendre. Puis j'envoyais mes trouvailles, des plantes séchées, des petites bêtes, jusqu'au grand Muséum d'histoire naturelle de Paris, à des milliers de kilomètres. Imagine ma joie quand j'apprenais que des savants étudiaient ce que j'avais ramassé sur ma plage de déportée ! La science m'a tenu compagnie quand les hommes m'avaient mise au bout du monde.
—C'est vrai qu'un homme vous a tiré dessus et que vous l'avez pardonné ?
C'est tout à fait vrai, et beaucoup ne l'ont pas compris. Le 9 janvier 1882, je parlais devant une foule au Havre. Un homme, Pierre Lucas, a sorti un pistolet et m'a tiré une balle dans la tête. J'ai survécu, par chance. On a arrêté cet homme, et tout le monde voulait qu'on le punisse sévèrement. Et moi, qu'ai-je fait ? J'ai refusé de porter plainte. J'ai même demandé qu'on lui pardonne. Je sentais qu'il avait été monté, manipulé par des gens plus puissants que lui. Le vrai coupable, ce n'était pas ce pauvre bougre, mais ceux qui se servaient de lui.
Le vrai coupable, ce n'était pas ce pauvre bougre, mais ceux qui se servaient de lui.
—Si on vous oublie pas aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Quelle belle question, mon enfant. J'ai passé ma vie en prison, en exil, blessée, mais je n'ai jamais cessé de croire en une chose simple : personne ne devrait avoir faim quand d'autres ont trop. J'ai été maîtresse d'école, combattante, écrivaine, mais toujours du côté des plus petits. Si tu retiens une seule chose de la vieille dame en noir que je suis, retiens celle-ci : ne baisse jamais les yeux devant l'injustice, même quand tu es seul. À ma mort, en 1905, des dizaines de milliers de gens ont suivi mon cercueil. Ce n'était pas pour moi. C'était pour cette idée-là, qui ne meurt jamais.
Ne baisse jamais les yeux devant l'injustice, même quand tu es seul.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louise Michel. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

