Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Marivaux

par Charactorium · Marivaux (1688 — 1763) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le salon de Madame de Tencin, un soir de l'hiver 1746, que Voltaire retrouve Marivaux entre deux chandeliers et le froissement des éventails. Les deux hommes se connaissent depuis les ruelles de Madame de Lambert, et la blessure de 1742 — l'année où l'Académie préféra Marivaux à Voltaire — n'a jamais tout à fait cicatrisé. Le philosophe vient ce soir, l'œil moqueur, demander des comptes à ce rival dont il raille le style alambiqué. Marivaux, lui, l'attend avec la patience amusée de qui a passé sa vie à observer les cœurs.

Marivaux, nous voici chez Madame de Tencin. En 1742, l'Académie vous préféra à moi : le savez-vous seulement ?

Mon cher Voltaire, voilà bien la question que la cour murmure depuis quatre ans, et vous êtes le seul à oser me la jeter au visage. La vérité ? Je n'ai brigué aucune voix contre vous. Les amis que je me suis faits chez Madame de Lambert et chez notre hôtesse ont parlé pour moi quand je me taisais. Vous éblouissez l'Europe ; moi, je me contente d'observer les cœurs dans un coin de salon. L'Académie, ce jour-là, a peut-être voulu récompenser la patience plutôt que l'éclat. Je sais que vous ne me l'avez pas pardonné — votre œil me le dit en cet instant même. Mais entre nous, croyez-vous vraiment que mon fauteuil vous ait rien ôté de votre gloire ?

Vous fréquentez les ruelles de Madame de Tencin comme moi jadis. Qu'allez-vous donc y chercher, vous qui dites n'y faire qu'écouter ?

Ce que j'y cherche, Voltaire ? Des visages qui se trahissent. Dans ces salons, sous les chandeliers, une femme baisse les yeux, un cavalier hésite d'un quart de seconde — et tout l'amour du monde est là, dans ce rien. Vous y venez pour briller, pour lancer un trait qui fera le tour de Paris ; moi, je m'assois près d'un éventail et je guette. Madame de Lambert m'a ouvert ses portes quand j'étais encore un jeune homme ruiné, et c'est là que j'ai appris mon véritable métier : non pas écrire, mais regarder. Mes comédies ne sont que des salons que j'ai déménagés sur une scène. Vous riez ? Vous avez tort : vos beaux esprits sont mes meilleurs modèles.

On a forgé de votre nom ce mot, le marivaudage, pour railler votre façon précieuse de filer l'amour. Gloire ou camouflet ?

Camouflet d'abord, je vous l'accorde — et vous fûtes, Voltaire, parmi les premiers à siffler ce que vous nommiez mes alambics. On a pris mon nom pour en faire une moquerie, comme on accroche un grelot à un chat. Mais voyez l'ironie : ce sobriquet me survivra peut-être. Car que reproche-t-on à mon marivaudage ? De prendre le détour quand le cœur n'ose pas l'aveu. Or l'amour, dans la vie comme sur ma scène, n'avance jamais en ligne droite. Il biaise, il se reprend, il dit non pour entendre oui. Vos tragédies tranchent dans le marbre ; mes comédies, elles, suivent les méandres d'une âme qui se cherche. Si l'on a fait un mot de mon nom, c'est qu'on avait besoin de nommer cette chose-là.

L'amour n'avance jamais en ligne droite : il biaise, il se reprend, il dit non pour entendre oui.

Dans vos Fausses Confidences, ce valet Dubois tire toutes les ficelles d'une intrigue amoureuse. Vos domestiques sont-ils plus fins que vos maîtres ?

Bien plus fins, Voltaire, et c'est tout le sel de la chose. Dans Les Fausses Confidences, Dubois mène son maître à la fortune comme on conduit un aveugle ; il connaît le cœur d'Araminte mieux qu'elle ne le connaît elle-même. Pourquoi mes valets voient-ils si clair ? Parce qu'ils servent : qui sert observe, et qui observe sait. Le maître se croit libre, il ne fait qu'obéir aux ressorts qu'on a tendus sous ses pas. Je n'invente rien — j'ai vu, dans les antichambres, des laquais lire leurs maîtres à livre ouvert. Mettre l'esprit du côté du valet, ce n'est pas une fantaisie : c'est rendre à chacun la part d'intelligence que sa condition lui refuse. Voilà qui devrait plaire au philosophe que vous êtes.

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, vous habillez Silvia en servante et son valet en maître. Pourquoi ce continuel échange d'habits ?

Parce que l'habit, Voltaire, est le plus grand menteur du monde — et le plus grand révélateur. Donnez à Silvia un costume de livrée, et voyez ce qui arrive : elle aime Dorante sans savoir qu'il est son égal, elle l'aime contre son rang, contre sa raison, contre tout ce qu'on lui a appris. Le travestissement dépouille mes personnages de leur état pour ne laisser que le cœur tout nu. Si l'amour résiste à la livrée, c'est qu'il est vrai. J'aime à voir une maîtresse trembler d'aimer un valet, puis respirer en découvrant qu'il était gentilhomme — car cet instant trahit tout ce que le siècle n'avoue pas sur les conditions. Mes échanges d'habits ne sont pas un jeu de carnaval : ce sont des expériences sur l'âme.

Le travestissement dépouille mes personnages de leur état pour ne laisser que le cœur tout nu.
Portrait of Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763)
Portrait of Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763)Wikimedia Commons, Public domain — Louis-Michel van Loo

Vous poussez le procédé jusqu'à votre Île des esclaves, où maîtres et valets troquent leurs conditions. N'est-ce pas là un songe dangereux ?

Dangereux ? Peut-être, mais je l'ai voulu doux. Sur mon Île des esclaves, je n'arme personne, je ne renverse aucun trône : je fais seulement échanger les rôles le temps d'une leçon. Le maître devient valet, goûte l'humiliation qu'il infligeait, et finit par en pleurer de honte. Puis chacun reprend sa place — mais le cœur a changé. Je ne suis pas de ceux qui rêvent de tout abattre ; je crois qu'on corrige mieux les hommes en les attendrissant qu'en les égorgeant. Vous me trouverez timide, vous qui maniez le fouet de la satire. Mais voyez : sur mon île, l'esclave qui pourrait se venger choisit de pardonner. N'est-ce pas une plus belle victoire que toutes celles qu'on remporte à coups de pamphlets ?

On dit qu'en 1720, la déroute du système de Law vous emporta votre fortune. Comment un homme de lettres survit-il à pareille ruine ?

Mal, Voltaire, on y survit fort mal — vous qui avez su, vous, faire fructifier vos écus, vous ne pouvez le savoir. En 1720, j'avais placé presque tout mon bien dans les papiers de Monsieur Law, et j'ai vu cette fortune fondre en quelques semaines comme neige d'avril. Du jour au lendemain, il m'a fallu vivre de ma plume — non plus écrire pour la gloire, mais pour le pain. Croyez-moi, cela change un homme. J'ai connu l'attente d'un cachet de théâtre, l'angoisse d'une feuille de journal qui ne se vend pas. Mais je ne maudis pas cette ruine : elle m'a jeté parmi les gens, elle m'a ôté la sottise du riche. C'est dépouillé que j'ai vu clair.

Je ne maudis pas cette ruine : elle m'a jeté parmi les gens et m'a ôté la sottise du riche.
Portrait of Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763)
Portrait of Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763)Wikimedia Commons, Public domain — After Louis-Michel van Loo

Dans votre Paysan parvenu, un manant grimpe jusqu'aux beaux quartiers par les femmes. Peignez-vous un coquin ou un héros de notre temps ?

Ni l'un ni l'autre, Voltaire, ou plutôt les deux ensemble — voilà ce qui vous gêne. Jacob, mon paysan parvenu, n'est pas un scélérat : c'est un garçon qui se sert des armes qu'on lui laisse, son visage et son esprit, faute de naissance et d'écus. Je ne le condamne ni ne le couronne ; je le regarde monter, et je laisse au lecteur le soin de rougir ou d'applaudir. Depuis ma propre ruine, je sais ce que vaut un nom et ce que coûte de n'en point avoir. Le siècle veut qu'on naisse bien placé ; moi, je montre qu'on peut s'y placer soi-même, fût-ce par des chemins de traverse. Cela dérange ? Tant mieux. La comédie n'est pas faite pour bercer, mais pour faire voir.

Vous donnez vos pièces aux Comédiens-Italiens plutôt qu'à la Comédie-Française, où l'on joue les miennes. Que vous offre cette troupe étrangère ?

La vie, Voltaire, tout simplement la vie. À la Comédie-Française, on déclame, on pose, on respecte la cadence du vers comme un soldat la consigne ; tout y est beau et un peu mort. Mes Comédiens-Italiens, eux, jouent comme on respire : ils improvisent un geste, ils saisissent un silence, ils laissent le naturel passer entre les répliques. Mon théâtre tient dans ces riens — un regard retenu, un mot suspendu — et il faut des acteurs qui sachent ne pas tout dire. La troupe française est faite pour vos héros qui tonnent ; la mienne, pour mes amoureux qui hésitent. Chacun son écurie, mon ami. Je ne vous dispute pas vos tragédiens ; laissez-moi mes Italiens, qui savent qu'un amour se joue surtout dans ce qu'on tait.

Cette Silvia, cet Arlequin que vous tirez de la Commedia, ne craignez-vous pas qu'on vous prenne pour un faiseur de farces italiennes ?

Qu'on me le prenne, je n'en ai cure. Arlequin sous son masque bariolé, Silvia sous ses faux atours, voilà mes meilleurs serviteurs. J'ai pris à la Commedia ses figures, c'est vrai, mais je leur ai donné une âme qu'elles n'avaient pas : mon Arlequin n'est plus seulement le bouffon qui reçoit les coups de bâton, il aime, il raisonne, il a sa part de cœur. Le masque, voyez-vous, ne cache pas — il libère. Sous lui, l'acteur ose ce que le visage nu n'oserait jamais. Si l'on me croit faiseur de farces, qu'on y regarde de plus près : sous le rire italien, j'ai glissé toute la mélancolie de l'amour. Le carnaval n'est qu'un prétexte ; ce que je peins dessous, c'est le sérieux des sentiments.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Marivaux. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.