Interview imaginaire avec Mère Teresa
par Charactorium · Mère Teresa (1910 — 1997) · Spiritualité · 6 min de lecture
Calcutta, fin d'après-midi de mousson. Dans une cellule nue de la maison mère, un lit de bois, une croix au mur, une petite femme en sari blanc bordé de bleu replie sa correspondance. Elle accepte de parler, à voix basse, entre deux prières.
—Comment êtes-vous arrivée jusqu'ici, vous qui étiez d'abord enseignante derrière les murs d'un couvent ?
On me croit née aux pauvres ; je suis née à Skopje, dans une famille albanaise très pieuse, et c'est d'abord vers les Sœurs de Lorette que j'ai marché, à Dublin, puis vers l'Inde, où j'ai enseigné dix-sept ans dans un lycée. J'étais heureuse derrière ces grilles, je vous l'assure. Mais en 1946, dans le train qui montait vers Darjeeling pour une retraite, j'ai reçu ce que j'appelle l'appel dans l'appel : une voix au-dedans qui me demandait de tout quitter pour vivre parmi les plus pauvres. Ce n'était pas une suggestion. C'était un ordre auquel je n'avais pas la liberté de me dérober. J'ai écrit à mon archevêque : « Permettez-moi d'aller dans les rues pour servir les plus pauvres des pauvres. » Il a fallu deux ans pour qu'on me laisse franchir la porte.
Ce n'était pas une suggestion. C'était un ordre auquel je n'avais pas la liberté de me dérober.
—Que ressent-on à quitter la sécurité d'un ordre établi pour la rue, sans toit ni règle ?
La peur, d'abord, et le froid de n'avoir plus rien. J'ai déposé l'habit noir des Sœurs de Lorette et j'ai pris un sari blanc à trois bandes bleues, comme les femmes pauvres du Bengale que je croisais. Je suis sortie avec quelques roupies et le sentiment d'être moi-même une mendiante. Les premiers jours, j'ai été tentée de retourner derrière les grilles, où le repas était sûr et le lit chaud. Mais quand on a entendu cette voix une fois, on ne peut plus faire semblant de ne pas l'avoir entendue. J'allais de porte en porte demander un local, du riz, un peu de lait pour les enfants. Le vœu de pauvreté que j'avais prononcé jeune fille cessait d'être un mot : il devenait mon adresse, ma seule maison.
—Vous souvenez-vous du jour qui a fait naître le Nirmal Hriday ?
Oui, 1952, sur un trottoir. J'ai trouvé une femme à demi dévorée par les rats et les fourmis, encore vivante. Je l'ai portée d'hôpital en hôpital ; on me la refusait partout, parce qu'elle allait mourir et qu'un mourant ne rapporte rien. Je l'ai tenue jusqu'à ce qu'un établissement accepte de la coucher. Cette nuit-là j'ai compris qu'il fallait un lieu où l'on ne demande pas si vous êtes hindou, musulman, utile ou perdu — seulement un lieu pour mourir comme un être humain. La ville m'a donné un ancien dharamsala, attenant au temple de Kali. On m'a reproché d'installer des chrétiennes à l'ombre d'une déesse hindoue ; moi, je n'y voyais qu'un toit pour les agonisants. Nous y lavions les corps, nous tenions un simple bol de métal aux lèvres, et nous restions là, jusqu'au bout.
Un mourant ne rapporte rien : il fallait un lieu où l'on ne demande pas si vous êtes utile.
—À quoi ressemble une journée passée auprès de ces mourants et de ces enfants ?
Elle commence à 4h40, dans le noir, par la prière, puis la messe, puis un peu de riz et de dal. À huit heures nous sommes déjà dans les rues à chercher les corps abandonnés. L'après-midi appartient aux soins : changer les pansements des lépreux, laver ceux que la maladie a défigurés, nourrir les petits du Shishu Bhavan, cet orphelinat où l'on accueille les enfants que personne ne veut. Nous n'avons qu'une cruche d'eau propre, des linges, des bandages — pas de machines, pas de remèdes savants. On me demande souvent comment je supporte tant de plaies. Mais je ne soigne pas une plaie : je touche un visage. Le soir, le chapelet nous rassemble, et je réponds aux lettres jusqu'à l'extinction des lumières. Le lendemain recommence pareil, et c'est très bien ainsi.
Je ne soigne pas une plaie : je touche un visage.
—Pourquoi avoir refusé le banquet d'honneur le jour de votre prix Nobel ?
Parce qu'à Oslo, en décembre 1979, on m'offrait un dîner de fête pendant que mes gens, à Calcutta, se couchaient le ventre vide. J'ai demandé qu'on annule le festin et qu'on me remette plutôt les cent quatre-vingt-douze mille couronnes prévues pour les nourrir. Comment aurais-je pu lever un verre en pensant à la femme du trottoir ? J'ai pris la parole non pour me réjouir, mais pour dire ce que je crois : que le plus grand destructeur de la paix aujourd'hui est l'avortement, parce que si une mère peut tuer son propre enfant, qu'est-ce qui nous empêche de nous tuer les uns les autres ? On m'a trouvée dure ce jour-là. Mais on ne m'avait pas donné cette tribune pour que je me taise. L'argent du prix, jusqu'à la dernière pièce, est parti dans nos maisons.
Comment aurais-je pu lever un verre en pensant à la femme du trottoir ?
—Cette reconnaissance mondiale a-t-elle changé quelque chose à votre manière de vivre ?
Rien, sinon qu'elle m'a donné davantage de portes à ouvrir. Le prix m'a rendue utile comme une clé : on m'écoutait dans les palais comme dans les bidonvilles. En 1982, durant le siège de Beyrouth, j'ai pu obtenir qu'on cesse le feu quelques heures — Israéliens d'un côté, Palestiniens de l'autre — le temps d'évacuer trente-sept enfants handicapés pris entre les lignes. Les fusils se sont tus, le temps d'un passage. Voilà ce qu'une vieille religieuse peut faire avec un peu de réputation : non pas des discours, mais traverser une rue que les armées s'interdisent. Pour le reste, j'ai gardé mes deux saris et ma cellule sans ventilateur. La gloire ne tient pas chaud, et elle ne nourrit personne si on la garde pour soi.
—Pourquoi ne posséder que deux saris, alors que le monde entier vous aurait tout donné ?
Parce qu'on ne peut pas servir un pauvre en lui tendant la main d'un riche. J'ai adopté ce sari blanc à bandes bleues en 1948, le jour où j'ai cessé d'être une dame pour devenir l'une d'elles : un pour le porter, l'autre qui sèche pendant que je lave. C'est tout. À l'épaule, une petite médaille de la Vierge que je tiens de mon enfance ; au poignet, mon chapelet, qui est ma seule arme. Notre maison mère n'a ni climatiseur ni chauffage : nous avons chaud quand Calcutta a chaud, nous avons froid quand les pauvres ont froid. Si je dormais dans un lit douillet, de quel droit irais-je au chevet d'un homme qui meurt sur le ciment ? Le dépouillement n'est pas une privation que je m'inflige. C'est la condition pour que ma main reste pareille à la leur.
On ne peut pas servir un pauvre en lui tendant la main d'un riche.

—Que représente pour vous ce chapelet que vous tenez sans cesse ?
Il est le fil qui me tient debout. On m'imagine forte ; je ne suis qu'une femme qui récite son rosaire entre deux corps à laver. Le matin avant les rues, le soir aux vêpres, et cent fois dans la journée quand mes mains tremblent, je passe les grains. Les gens croient que l'amour des pauvres me vient d'un grand élan du cœur. Non : il me vient de la prière, comme l'eau vient de la cruche. Sans elle, je ne tiendrais pas une semaine au Nirmal Hriday, parmi tant d'odeurs et tant d'agonies. Notre Constitution dit que nous travaillons pour étancher la soif du Christ en croix ; ce chapelet, c'est la corde qui me relie à cette soif. Ôtez-le-moi, et il ne reste qu'une vieille femme fatiguée.
L'amour des pauvres ne me vient pas d'un élan du cœur : il me vient de la prière, comme l'eau vient de la cruche.
—On vous croit pleine de certitudes lumineuses. Est-ce vraiment ainsi que vous priez ?
Il faut que je vous dise une chose que je n'ai dite qu'à mes directeurs spirituels, dans des lettres que je leur demandais de brûler. Depuis des années, quand je prie, je ne rencontre que le silence. Dans mon âme je ne sens que cette terrible douleur d'absence — comme si Dieu ne me voulait pas, comme si Dieu n'existait pas. Je souris aux foules, je parle de Sa lumière, et au-dedans c'est la nuit. Les mystiques appellent cela la nuit obscure de l'âme ; Jean de la Croix l'a décrite il y a quatre siècles. Moi je la vis chaque matin en passant les grains de mon chapelet sans rien ressentir. Et pourtant je continue, parce que je n'ai pas promis à Dieu des sentiments : je Lui ai promis des actes. La foi n'est pas une chaleur. C'est un oui qu'on redit dans le froid.
Je n'ai pas promis à Dieu des sentiments : je Lui ai promis des actes.
—Comment continue-t-on à servir quand on ne sent plus Celui pour qui l'on sert ?
On regarde le visage devant soi, et l'on cesse de scruter le ciel. Quand je penche un bol de métal vers les lèvres d'un mourant du Nirmal Hriday, je n'ai pas besoin de sentir Dieu : il est là, dans cet homme défait, qu'il me le fasse éprouver ou non. Mon vide intérieur, je l'offre. S'il faut que je partage l'abandon des pauvres jusque dans mon âme, jusqu'à me sentir moi-même délaissée, alors c'est encore une manière d'être avec eux. Un jour peut-être on lira ces lettres et l'on sera scandalisé : la sainte doutait. Qu'on le soit. Je préfère qu'on sache la vérité — qu'on peut tenir une vie entière dans la nuit, à condition de ne jamais lâcher la main qu'on tient. Le sourire que je donne aux pauvres, je le donne d'abord à Dieu, pour qu'Il ne voie pas mes larmes.
On peut tenir une vie entière dans la nuit, à condition de ne jamais lâcher la main qu'on tient.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mère Teresa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


