Interview imaginaire avec Mère Teresa
par Charactorium · Mère Teresa (1910 — 1997) · Spiritualité · 6 min de lecture
C'est dans le parloir de la Maison mère, sur A.J.C. Bose Road à Calcutta, que Monseigneur Périer retrouve Mère Teresa en cette fin d'année 1960. Un ventilateur de plafond brasse l'air moite, et l'on entend au loin les novices réciter le chapelet. L'archevêque connaît cette petite femme au sari blanc depuis treize ans : c'est lui qui a lu ses lettres, sondé sa vocation, autorisé sa congrégation. Il vient ce jour-là moins en supérieur qu'en père spirituel, pour l'entendre dire ce qu'elle ne confie à personne d'autre.
—Ma fille, je me souviens de ton retour de Darjeeling, en 1946, bouleversée. Qu'as-tu entendu dans ce train que tu n'avais jamais entendu avant ?
Monseigneur, vous êtes l'un des rares à qui j'ose le dire. Dans ce train, je n'ai pas rêvé : j'ai reçu un ordre, clair comme l'eau. Notre-Seigneur me demandait de quitter le couvent de Lorette, où j'étais heureuse et protégée, pour Le servir dans les taudis, parmi les plus abandonnés. Ce n'était pas une simple vocation — j'en avais déjà une — c'était un appel dans l'appel, une seconde voix à l'intérieur de la première. J'avais peur, vous le savez, car je n'avais rien : ni maison, ni argent, ni permission. Mais refuser m'aurait été impossible. Quand le Christ a soif d'une âme, on ne discute pas avec Lui ; on obéit, ou l'on Lui ment toute sa vie.
—Te rappelles-tu la lettre que tu m'as écrite en 1947, quand j'hésitais à te laisser partir ? Que me demandais-tu, au fond ?
Je vous demandais une seule chose, Excellence, et je vous l'ai écrite presque mot pour mot : être libre uniquement pour Dieu, L'aimer avec tout ce que je suis, et que vous me permettiez d'aller dans les rues pour servir les plus pauvres des pauvres. Vous avez longtemps tardé — et vous aviez raison de m'éprouver, car une vocation qui ne résiste pas à l'attente ne vaut rien. Mais je n'ai jamais douté que vous diriez oui. Vous étiez l'autorité que le Ciel avait placée entre Son désir et mon obéissance. Sans votre signature, Monseigneur, il n'y aurait pas eu de Missionnaires de la Charité ; je serais restée derrière les murs de Lorette, à enseigner la géographie à des jeunes filles bien nées.
—On me rapporte cette femme trouvée en 1952, à demi dévorée par les rats. Pourquoi celle-là, entre mille misères de Calcutta, a-t-elle tout déclenché ?
Parce que ce jour-là, Monseigneur, j'ai compris qu'un chien errant de Calcutta mourait mieux qu'un être humain. Cette femme, les hôpitaux n'en voulaient pas : trop pauvre, trop perdue. Je l'ai portée moi-même, et l'on m'a refusée porte après porte. Quand elle est morte, c'était au moins dans des mains qui la tenaient. J'ai juré que cela ne devait plus arriver. La municipalité m'a donné un ancien dharamsala attenant au temple de Kali — les prêtres hindous ont d'abord protesté, puis se sont tus en voyant ce que nous faisions. C'est devenu le Nirmal Hriday, le Cœur pur. Nous n'y guérissons presque personne, vous savez. Nous offrons seulement qu'un homme s'en aille en sachant qu'il fut aimé. Mourir aimé, c'est déjà ressusciter un peu.
Nous n'y guérissons presque personne ; nous offrons seulement qu'un homme s'en aille en sachant qu'il fut aimé.
—Chez vous, tes sœurs lavent des plaies avec un simple bol de métal. N'est-ce pas dérisoire, ma fille, face à tant de douleur ?
Dérisoire aux yeux du monde, oui, Excellence. Mais Dieu ne nous demande pas de vider l'océan ; Il nous demande de ne pas laisser une seule goutte sans amour. Ce bol de métal émaillé, ce broc d'eau, ces bandes de toile — voilà tous nos instruments. Avec cela, nous nourrissons, nous lavons, nous pansons la lèpre que personne n'ose toucher. Je ne dis pas à mes sœurs : sauvez le Bengale. Je leur dis : à cet homme-ci, maintenant, donne tout. Le reste appartient à la Providence. Si chacun, dans le monde, balayait seulement devant sa porte et tendait un bol à celui qui a faim, croyez-moi, Monseigneur, il n'y aurait plus de misère. Nous ne faisons pas de grandes choses, seulement de petites choses avec un grand amour.
—Ce sari blanc bordé de bleu, tu l'as choisi en 1948, contre l'habit des Sœurs de Lorette. Pourquoi t'être dépouillée jusque-là ?
Parce qu'on ne peut pas servir les pauvres en restant au-dessus d'eux, Monseigneur. J'ai pris le sari des femmes les plus humbles du Bengale, celui qu'on vend quelques annas au bazar, et je l'ai bordé de trois bandes bleues, les couleurs de Notre-Dame. Je n'en possède que deux : l'un que je porte, l'autre qui sèche après la lessive. Épinglée dessus, cette petite médaille de la Vierge que je garde depuis l'enfance à Skopje — elle ne m'a jamais quittée. Mes sandales sont de cuir simple, comme celles des mendiantes. Vous m'avez un jour demandé si ce dénuement n'était pas de l'orgueil à l'envers. J'y ai pensé, et je vous réponds non : on ne peut tendre la main à un homme nu si l'on porte des manches dorées.
—J'ai vu ta cellule : un lit de bois, un crucifix, rien d'autre. N'as-tu jamais désiré, ma fille, un peu de repos ?
Du repos ? J'en aurai tout mon content au Ciel, Excellence. Ici, ma cellule n'a qu'un lit de bois et un crucifix au mur, et c'est déjà bien plus que ce qu'ont les mourants que nous ramassons. Nous refusons les ventilateurs, le chauffage, tout ce qui nous distinguerait des pauvres : comment prêcher la pauvreté du Christ depuis un fauteuil ? Nous nous levons à quatre heures quarante, la messe, puis les rues dès huit heures. Le vendredi, je jeûne avec ceux qui n'ont rien à manger les autres jours. Le corps proteste, c'est vrai. Mais un corps trop choyé devient sourd à la misère d'autrui, et je veux garder mes oreilles ouvertes. Le confort, Monseigneur, est le plus poli des voleurs : il prend l'âme sans qu'on l'entende entrer.
—Je suis ton directeur depuis treize ans, et tes lettres m'effraient. Tu m'écris ne plus sentir Dieu. Est-ce toujours vrai ?
C'est plus vrai que jamais, Monseigneur, et vous êtes le seul à le porter avec moi. Depuis que j'ai commencé cette œuvre, le Ciel s'est fermé. Je prie, et je parle à un mur. Je souris aux mourants, je console les sœurs, et au-dedans il n'y a qu'un silence, une absence terrible, comme si Dieu lui-même me rejetait — parfois je me surprends à douter qu'Il existe. Vous m'avez dit que ce n'était pas un châtiment, mais une part de Sa soif, et je m'y accroche. Saint Jean de la Croix appelait cela la nuit obscure de l'âme. Je crois que le Seigneur me fait goûter, dans mon esprit, l'abandon qu'éprouvent les pauvres dans leur chair. S'Il veut que je vive dans le noir pour qu'eux connaissent un peu de lumière, alors qu'il en soit ainsi.
Le Seigneur me fait goûter, dans mon esprit, l'abandon qu'éprouvent les pauvres dans leur chair.

—Comment, dans cette nuit, continues-tu de sourire à tes mourants, alors que tout, en toi, te dit que personne n'écoute ?
Justement parce que le sourire ne dépend pas de ce que je ressens, Excellence. Si j'attendais la consolation pour servir, je ne ferais jamais rien. J'ai décidé une fois pour toutes : ma foi n'est pas un sentiment, c'est une volonté. Je choisis de croire quand je ne sens rien, et c'est peut-être là, dans ce choix nu, que la foi devient véritable. Les pauvres ne doivent pas payer ma sécheresse intérieure ; ils ont droit à mon visage le plus joyeux, car beaucoup n'ont jamais reçu un seul sourire de toute leur vie. Et puis je me dis ceci : si mon obscurité peut être la rançon d'un peu de leur paix, je ne veux pas qu'elle cesse. J'aime Jésus dans le noir comme d'autres L'aiment dans la lumière.
—Le monde commence à parler de toi ; des honneurs viendront. Toi qui n'as que deux saris, que feras-tu de cette gloire ?
La gloire, Monseigneur, est une chose dont on se sert, non dont on se nourrit. Si l'on m'offre un jour une récompense, je la prendrai — non pour moi, mais au nom des pauvres, car c'est à eux qu'on rend hommage à travers cette pauvre femme. Et l'argent, je le donnerai tout entier à l'œuvre : à quoi me servirait un banquet d'honneur quand mes enfants du Shishu Bhavan manquent de lait ? Qu'on me donne des tribunes, soit : je m'en servirai pour dire que tout enfant, même à naître, même mourant, a droit d'être aimé. Mais le jour où je me croirais grande, Excellence, priez pour moi, car je serais perdue. Je ne suis qu'un petit crayon dans la main de Dieu ; c'est Lui qui écrit, pas le crayon.
Je ne suis qu'un petit crayon dans la main de Dieu ; c'est Lui qui écrit, pas le crayon.
—Bientôt tes sœurs partiront hors de l'Inde, peut-être en pays de guerre. Jusqu'où irais-tu, ma fille, pour sauver un seul enfant ?
Jusqu'où le Christ irait-Il, Monseigneur ? Là est ma seule mesure. S'il faut traverser une ligne de feu pour arracher un enfant à la mort, je la traverserai, et je demanderai aux soldats des deux camps de baisser leurs armes le temps de le porter — on ne refuse pas grand-chose à une vieille religieuse qui ne veut qu'un enfant. La charité ne connaît ni frontière, ni drapeau, ni religion : un petit musulman, un petit hindou, un petit chrétien, c'est le même Jésus caché sous une détresse différente. Nos maisons s'ouvriront partout où l'on souffre, chez les communistes comme chez les riches. Le jour où nous aurons peur d'un pays, d'une guerre ou d'une frontière, nous aurons cessé d'être des Missionnaires de la Charité. La peur n'entre pas où l'amour commande.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mère Teresa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


