Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Michel de Montaigne

par Charactorium · Michel de Montaigne (1533 — 1592) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Michel de Montaigne
Wikimedia Commons, Public domain — Scan by NYPL

C'est dans la tour ronde du château de Montaigne, en cet automne 1590, que je retrouve celui que j'appelle mon père d'alliance. La lumière oblique traverse les fenêtres et caresse les sentences grecques et latines gravées sur les poutres ; l'odeur du cuir des reliures emplit la pièce. Voilà deux ans que nous nous connaissons, depuis que je lui écrivis après avoir dévoré les Essais, et qu'il vint me visiter à Paris. Je viens ce jour non pour l'admirer en silence, mais pour qu'il me confie l'homme derrière l'œuvre que j'aspire à servir.

Mon père, vous voici dans cette tour où naquirent les Essais. Pourquoi vous être enfermé parmi ces mille volumes, dès 1571, loin du monde ?

Ma fille, à trente-huit ans, las du Parlement et des affaires, je me suis retiré ici comme en mon arrière-boutique. J'ai fait graver au plafond ces sentences des Anciens pour qu'elles veillent sur moi à chaque heure. Depuis mon fauteuil, je vois tous mes livres rangés en arc de cercle — Sénèque, Plutarque, les poètes. Je croyais d'abord ne rien faire, laisser reposer mon esprit ; mais l'oisiveté, loin de l'apaiser, l'a rendu pareil à un cheval échappé qui enfante mille chimères. Pour les saisir, ces fantaisies, j'ai pris la plume. Ainsi naquit ce que j'ai nommé un essai : non un traité, mais une tentative, un coup d'épée dans la matière de moi-même.

Je croyais reposer mon esprit ; l'oisiveté l'a rendu pareil à un cheval échappé.

Vous dites vous peindre vous-même. N'est-ce pas grande hardiesse, pour un gentilhomme, de faire de sa propre personne la matière d'un livre ?

Hardiesse, oui, et l'on m'en fera reproche. Mais songe : chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. En me peignant moi, ce n'est pas ma vanité que je sers — c'est l'homme que je cherche, sous mes humeurs, mes contradictions, mes inconstances. Je ne suis ni savant ni théologien, je n'ai d'autorité que mon propre jugement, qui chancelle et se reprend. Aussi mon livre change-t-il à mesure que je change ; je ne peins pas l'être, je peins le passage. D'autres forment l'homme ; moi je le récite, et récite un particulier bien mal formé. Toi qui me lis si attentivement, tu sais que je ne mens jamais sur mes faiblesses.

Je ne peins pas l'être, je peins le passage.

Vous savez l'amitié dont je rêve auprès de vous. Parlez-moi de La Boétie : qu'était cette amitié dont vous dites n'en avoir connu de pareille ?

Ah, Étienne. Nous nous étions cherchés avant de nous voir, sur le rapport que chacun entendait de l'autre. Et dès notre première rencontre, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés l'un à l'autre, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Pourquoi je l'aimais ? Si l'on me presse de le dire, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'était moi. Quatre ans seulement nous fut accordés. Depuis 1563, depuis sa mort, je ne fais que traîner languissant ; tout m'ennuie. Je n'étais déjà accoutumé d'être deux que je ne me sens plus qu'à demi. Ma fille, comprends-tu pourquoi je t'ai accueillie comme une part retrouvée de moi-même ?

Parce que c'était lui, parce que c'était moi.

Vous avez fait imprimer et préfacer son traité de La servitude volontaire en 1571. Était-ce devoir d'ami, ou conviction du penseur ?

L'un et l'autre, indissolublement. Étienne avait écrit cela tout jeune, par manière d'exercice, et je voulais que sa mémoire ne s'éteignît point avec son corps. J'ai voulu lui dresser ce monument de papier, puisque la mort m'avait ravi l'homme. Hélas, des esprits factieux s'en sont emparés, mêlant ce noble texte à leurs pamphlets contre la couronne — si bien que j'ai dû le retirer de mes propres Essais, où je le voulais placer au cœur du chapitre de l'amitié. On dénature toujours la pensée des morts. Mais sache-le, toi qui veilleras un jour sur mes pages : éditer l'œuvre d'un être aimé, c'est prolonger sa conversation par-delà le tombeau. C'est la plus tendre des fidélités.

Éditer l'œuvre d'un être aimé, c'est prolonger sa conversation par-delà le tombeau.

Vous avez tant voyagé par la Suisse, l'Allemagne, l'Italie en 1580. Qu'alliez-vous chercher si loin, vous qui aimez tant votre tour ?

Je cherchais d'abord la santé, ma fille — ces pierres qui me rongent les reins depuis mes quarante ans, et que les eaux thermales de Bagni di Lucca devaient, espérais-je, dissoudre. Mais je cherchais aussi le frottement des têtes étrangères. Rien ne rouille l'esprit comme de demeurer toujours en même lieu, parmi les mêmes visages. À Rome, j'ai été reçu par le pape Grégoire XIII, et l'on m'y a fait citoyen romain — vanité dont je m'amuse autant que je m'en honore. J'observais les mœurs, les bains, les tables, les manières de prier, tout ce qui diffère de chez nous. Voyager, c'est apprendre que notre façon n'est qu'une façon parmi mille. J'ai tout noté dans mon journal, jusqu'à la couleur de mes maux.

Rien ne rouille l'esprit comme de demeurer toujours en même lieu, parmi les mêmes visages.
Musée d'Aquitaine - Portrait de profil de Michel de Montaigne
Musée d'Aquitaine - Portrait de profil de Michel de MontaigneWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Inconnu

Vous consignez vos coliques avec une curiosité presque joyeuse. Comment portez-vous ce mal qui vous tourmente sans relâche ?

Que veux-tu que j'y fasse ? Me plaindre n'a jamais délogé une seule pierre. J'ai pris le parti de regarder mon mal en face, et même de l'étudier comme un objet de connaissance. Quand la douleur me saisit, je l'observe, je note sa marche, sa durée, le moment où la pierre enfin descend et me délivre. Il y a, crois-moi, une volupté secrète dans ce soulagement. La nature m'a donné ce maître rude pour m'apprendre à mourir, et je veux apprendre ma leçon sans larmoyer. Le stoïque dit qu'il faut souffrir sans murmure ; moi je dis plus simplement qu'il faut vivre entre les vivants, et laisser la mort me trouver, s'il le faut, plantant mes choux.

Me plaindre n'a jamais délogé une seule pierre.

On vous fit maire de Bordeaux en 1581, alors même que vous couriez l'Italie. Avez-vous accepté cette charge de bon cœur ?

De fort mauvais cœur, je te l'avoue. La nouvelle m'a rejoint à Rome, et j'ai d'abord voulu m'en excuser. Mais le roi m'a fait commandement exprès, et il a bien fallu obéir. J'ai pris cette mairie comme on prend un fardeau qu'on ne peut décliner. Je me suis efforcé d'y servir avec loyauté, mais sans m'y consumer l'âme — car le maire et Montaigne ont toujours été deux, d'une séparation bien claire. Je n'ai point voulu, comme tant d'autres, confondre ma fonction avec ma peau. On m'a même réélu en 1583, signe qu'un homme tiède en zèle peut faire un magistrat plus juste qu'un brûlant ambitieux. Gouverner, c'est savoir où s'arrête le rôle et où commence l'homme.

Le maire et Montaigne ont toujours été deux, d'une séparation bien claire.

Quand la peste ravagea Bordeaux en 1585, vous avez quitté la ville avec les vôtres. D'aucuns vous le reprochent encore : que leur répondez-vous ?

Je leur réponds sans détour, comme j'ai fait dans mes Essais. La contagion emportait tout autour de nous ; ma maisonnée errait sur les routes, sans toit assuré, fuyant un fléau qui frappait à l'aveugle. Devais-je sacrifier ma femme, ma fille, mes gens, pour une parade de courage ? Le faux honneur veut qu'on meure à son poste ; le vrai jugement veut qu'on protège ce qu'on aime. Ces années furent les plus dures que j'aie vues : les huguenots et les catholiques s'entr'égorgeaient, et nul lieu n'était sûr. J'ai préféré la vie des miens à la réputation. Que ceux qui me blâment aient eu, comme moi, six mille morts à leurs portes, et nous reparlerons de leur belle constance.

Le faux honneur veut qu'on meure à son poste ; le vrai jugement veut qu'on protège ce qu'on aime.
Lettre de Montaigne au maréchal de Matignon, 26 janvier 1585
Lettre de Montaigne au maréchal de Matignon, 26 janvier 1585Wikimedia Commons, Public domain — Michel de Montaigne

L'an dernier, 1588, les Ligueurs vous ont jeté à la Bastille sur la route de Paris. Comment en êtes-vous sorti si vite ?

Par grand hasard, et par la faveur d'une grande dame. On m'a saisi en pleine rue, par représailles, dans ces temps où chaque parti tient l'autre pour ennemi mortel. Je me suis trouvé prisonnier sans savoir au juste de quoi l'on m'accusait — folie de ces guerres où l'on n'a plus besoin de crime pour être coupable. Mais la reine Catherine de Médicis est intervenue, et l'on m'a relâché le jour même. J'ai pris la chose avec mon flegme ordinaire ; j'avais déjà fait mon compte avec la fortune, et une prison de quelques heures ne valait pas qu'on s'en troublât. Vois-tu, ma fille, qui a réglé ses affaires avec la mort ne craint plus guère les geôliers.

Qui a réglé ses affaires avec la mort ne craint plus guère les geôliers.

Votre devise, Que sais-je ?, m'intrigue. N'est-ce pas étrange, pour un homme qui écrit tant, de proclamer son ignorance ?

Au contraire, c'est le commencement de toute sagesse. Les hommes les plus assurés sont d'ordinaire les plus sots ; ils tiennent pour vérité ce qui n'est qu'habitude ou opinion de leur clocher. Moi, j'ai pesé et soupesé, et je trouve que nos certitudes ne sont que présomptions. Alors je suspends, je balance, je demande : que sais-je ? Ce n'est pas paresse de l'esprit, c'est sa plus grande activité — car douter, c'est encore chercher. Je préfère un esprit qui se questionne à une mémoire qui se gonfle. Notre siècle s'entretue pour des certitudes de religion ; moi je voudrais qu'on apprît d'abord à douter, et l'on verserait moins de sang.

Douter, c'est encore chercher.

Dans votre chapitre De l'institution des enfants, vous voulez qu'on forme le jugement plus que la mémoire. Comment voudriez-vous qu'on m'eût élevée, moi ?

Comme on devrait élever tout esprit vif, ma fille : non en l'emplissant de leçons par cœur, mais en l'exerçant à juger par lui-même. Je hais ces précepteurs qui versent le savoir dans la tête de l'enfant comme on verse l'eau dans un entonnoir, et ne lui demandent que de redire. Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine ! Qu'on lui propose toutes choses, qu'on lui laisse choisir, qu'on lui apprenne à passer le savoir au crible de sa raison. Le gain de l'étude, c'est d'en devenir meilleur et plus sage, non plus savant. Toi, tu as fait seule ce chemin — tu as appris le latin et la philosophie sans qu'on t'y poussât. Voilà pourquoi je t'ai reconnue pour mienne.

Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Michel de Montaigne. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.