Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Miguel de Cervantes

par Charactorium · Miguel de Cervantes (1547 — 1616) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une cour ombragée du quartier des Letras, à Madrid, un soir de l'automne 1615, que Lope de Vega vient frapper à la porte de Miguel de Cervantes. Une lampe à huile éclaire une table jonchée de feuillets : la seconde partie de Don Quichotte vient de sortir des presses. Les deux hommes se connaissent depuis des années — leurs plumes se sont souvent croisées et heurtées sur les tréteaux des corrales de comedias. Lope, le maître incontesté de la scène, vient cette fois en curieux, presque en complice, arracher quelques aveux à ce soldat devenu romancier.

Don Miguel, on murmure que votre main gauche ne vous obéit plus depuis Lépante. Portez-vous cette infirmité comme une honte ou comme un trophée ?

Comme un trophée, Lope, n'en doutez pas un instant. En 1571, j'avais la fièvre et le chirurgien me voulait sous le pont, à l'abri. J'ai refusé : un soldat se doit de mourir en combattant plutôt que de se cacher en sûreté. Trois coups d'arquebuse m'ont récompensé, dont un m'a laissé cette main morte que vous voyez là. Mais je le dis sans détour : je l'ai perdue pour la plus grande gloire de la droite. Cette journée fut la plus haute de ma vie, la plus mémorable que les siècles passés aient vue. Vous tenez votre plume, moi je tiens la mienne d'une seule main, et croyez-moi, elle n'écrit que mieux pour avoir senti la poudre.

Je l'ai perdue pour la plus grande gloire de la droite.

Vous revenez de loin, l'ami. Cinq ans captif à Alger, dit-on. Comment un homme survit-il à pareille géôle sans y perdre l'esprit ?

On y survit par l'obstination, Lope, et par une certaine folie d'espérance. Capturé en 1575 au large des côtes, je me retrouvai esclave chez les Barbaresques, la chaîne aux pieds. Quatre fois j'ai tenté l'évasion, quatre fois j'ai échoué, et chaque fois j'ai pris sur moi la faute pour épargner mes compagnons du châtiment. Mes geôliers me croyaient capable de soulever toute la ville ; cela me valut, étrangement, leur respect. Ma famille s'est ruinée pour réunir ma rançon, que des moines trinitaires achevèrent de payer en 1580. Je suis rentré libre mais pauvre, dans une patrie qui ne me reconnaissait guère. De cette captivité, j'ai rapporté plus de récits que de cicatrices.

Mes geôliers me croyaient capable de soulever toute la ville.

Avant la gloire, vous avez couru l'Andalousie pour ravitailler l'Armada. Un poète réduit à compter des sacs de blé — cela ne vous humiliait-il pas ?

Humilié, peut-être, mais nourri, ce qui n'est pas rien quand la plume ne paie pas. Pendant des années j'ai été commissaire aux vivres, requérant le grain et l'huile pour les flottes du roi. Je tenais mes registres, je marchandais avec des paysans récalcitrants, je dormais dans des auberges où l'on rencontre toute l'Espagne — muletiers, filous, hidalgos déchus. Cette besogne ingrate m'a même mené en prison pour des comptes que l'on jugeait douteux. Mais voyez-vous, Lope, ces routes poussiéreuses furent ma véritable université. C'est là, sur les chemins de la Manche, que j'ai croisé les visages dont j'ai peuplé mes livres. On n'invente bien que ce qu'on a vu de ses yeux.

Ces routes poussiéreuses furent ma véritable université.

Parlons de votre hidalgo fou. En un lugar de la Mancha... tout Madrid le récite. Aviez-vous deviné, en 1605, que ce vieillard détrônerait les Amadis ?

Je voulais d'abord en rire, et faire rire avec moi. Je l'ai écrit pour que ces libros de caballerías, ces romans de chevalerie qui tournent la tête de nos lecteurs, tombent enfin en discrédit. Mon pauvre hidalgo a tant lu ces fables qu'il en perd la raison et s'en va, monté sur sa rosse, redresser les torts du monde avec son Sancho. Je n'attendais pas pareil tumulte : on l'a traduit, copié, célébré dans toute l'Europe en quelques mois. Mais voyez-vous, Lope, la vérité, dont la mère est l'histoire, finit toujours par percer. J'ai parodié les géants de papier, et c'est mon Quichotte qui est devenu géant.

J'ai parodié les géants de papier, et c'est mon Quichotte qui est devenu géant.

Puis ce gueux d'Avellaneda a osé voler votre chevalier et lui inventer une suite. Comment avez-vous encaissé pareille effronterie ?

Avec colère d'abord, je l'avoue, puis avec la seule arme qui me reste : la plume. En 1614, ce faussaire masqué publie sa fausse suite, défigure mon héros et m'insulte par-dessus le marché. J'aurais pu plaider, me lamenter. J'ai préféré achever sur-le-champ ma seconde partie, parue cette année 1615, et y faire entrer l'imposteur lui-même. Mon Quichotte y rencontre ce faux double et le confond, si bien que le mensonge d'Avellaneda devient un épisode de ma vérité. Vous savez mieux que personne, vous qui connaissez les jalousies de notre métier, qu'on ne répond à une mauvaise plume que par une meilleure. Le ridicule, je le lui ai rendu au centuple.

On ne répond à une mauvaise plume que par une meilleure.
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 01
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 01Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luis Alvaz

Venons-en à nous deux, Miguel. Vous hantez les corrales où l'on joue mes comédies. Est-ce pour apprendre, ou pour me jalouser un peu ?

Les deux à la fois, Lope, et je n'en rougis pas. Vous régnez sur la scène, vos comédies emplissent les corrales de comedias quand les miennes peinent à trouver un théâtre. Je vous ai vu donner au public ce qu'il réclame, et j'ai admiré votre prodigieuse facilité autant que je l'ai enviée. Moi, j'ai mis mes meilleures forces ailleurs : dans mes entremeses, ces brefs intermèdes où le peuple parle vrai, et dans mes Nouvelles exemplaires, où je fus le premier à conter en castillan sans rien emprunter aux étrangers. Nous ne labourons pas le même champ, vous et moi. Mais c'est en vous regardant triompher que j'ai mesuré ce que je devais oser.

C'est en vous regardant triompher que j'ai mesuré ce que je devais oser.

On vous dit dépassé par notre Siècle d'or, par cette jeunesse qui m'imite. Vous sentez-vous d'un autre âge, Don Miguel ?

D'un autre âge, oui, et je le porte sans amertume. J'ai connu Lépante, la captivité, le règne du grand Philippe ; les jeunes gens qui remplissent aujourd'hui les théâtres n'ont senti ni la mer ni les chaînes. Ils ont votre verve, Lope, et la rapidité de votre vers, mais il leur manque peut-être les années de poussière et de geôle qui donnent au regard sa profondeur. Notre Espagne brille d'un éclat que nul siècle n'égalera, j'en suis convaincu. Que l'on me range parmi les anciens m'importe peu : un livre patient survit aux modes. J'écris lentement, comme on bâtit pour durer, non comme on jette un feu de paille au public.

Un livre patient survit aux modes.
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 02
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 02Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luis Alvaz

Vous avez été soldat puis poète. Ce vieux débat des armes et des lettres — lequel des deux honore le plus un homme, selon vous ?

Voilà une querelle que mon Quichotte lui-même a tranchée dans un long discours, et je n'en démords pas. Les lettres demandent l'esprit, l'étude, les veilles ; mais les armes exigent qu'on y risque la chair et la vie. Le soldat qui meurt au combat ne touche jamais le salaire de son sang, là où le lettré peut espérer fortune et repos. J'ai goûté aux deux, Lope : j'ai porté la cuirasse et le morion à Lépante, puis la plume d'oie dans mes logis madrilènes. Et je vous dirai ceci : l'homme accompli unit l'épée et le livre. C'est l'idéal de notre temps, et c'est celui qui m'a tenu debout quand tout le reste me manquait.

L'homme accompli unit l'épée et le livre.

On retrouve souvent l'esclave, le captif, le renégat dans vos pages. Vos années d'Alger vous poursuivent-elles encore jusque dans l'écriture ?

Elles ne me quittent pas, Lope, et je crois qu'elles ne me quitteront jamais. Ce que l'on vit enchaîné s'imprime plus profond que tout ce qu'on lit libre. J'ai mis dans mes nouvelles et jusque dans mon Quichotte le récit de ces chrétiens captifs sur les côtes barbaresques, parce que ces hommes-là, je les ai connus, j'ai partagé leur pain et leur désespoir. La Méditerranée que je décris n'est pas celle des cartes, c'est celle des fers et des rançons. On m'a parfois reproché d'y revenir trop souvent. Mais comment taire cinq années qui ont fait de moi l'écrivain que vous interrogez ce soir ?

Ce que l'on vit enchaîné s'imprime plus profond que tout ce qu'on lit libre.

Une dernière confidence, Miguel. Après tant d'épreuves, la mort qui rôde — quel sentiment domine en vous lorsque vous prenez la plume aujourd'hui ?

Une hâte douce, Lope, et une gratitude que je n'attendais pas. Je sens mes forces décliner, et pourtant je travaille encore à mon Persiles, ce roman d'aventures que je tiens pour mon plus bel ouvrage. Le pied déjà dans l'étrier, avec les angoisses de la mort, grand seigneur, je vous écris ceci — c'est ainsi que j'ai dédié mes derniers feuillets. On m'a donné l'extrême-onction, et le matin même je prends encore la plume. Ne croyez pas que ce soit tristesse : j'ai vécu plus de vies qu'un homme n'en mérite, soldat, captif, commissaire, conteur. Si je dois partir, que ce soit en écrivant. Le reste, je le laisse au temps, ce vieux juge qui ne se trompe guère.

Si je dois partir, que ce soit en écrivant.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Miguel de Cervantes. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.