Interview imaginaire avec Miguel de Cervantes
par Charactorium · Miguel de Cervantes (1547 — 1616) · Lettres · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs en classe découverte poussent la porte d'une maison à patio du quartier des Letras, à Madrid. Un vieux monsieur à la main gauche immobile les attend, le sourire malicieux. Il s'appelle Miguel de Cervantes, et il a promis de tout leur raconter.
—C'est vrai que vous avez perdu une main à la guerre ?
Presque, mon enfant ! C'était en 1571, à la bataille de Lépante, sur la mer. Imagine des dizaines de navires en bois, des cris, de la fumée partout. J'avais une forte fièvre ce jour-là. On m'a dit de rester couché. J'ai refusé. Trois coups d'arquebuse — un long fusil très lourd de mon époque — m'ont touché. Le dernier a paralysé ma main gauche pour toujours. Tu sais ce que je réponds quand on me plaint ? Que j'ai perdu cette main pour la plus grande gloire de la droite, celle qui écrit. Je n'ai jamais regretté ce jour. C'est le plus beau de ma vie.
J'ai perdu ma main gauche pour la plus grande gloire de la droite.
—Vous aviez peur, avec la fièvre, avant le combat ?
Bien sûr que j'avais peur, je serais menteur de dire non. Mais à mon époque, un soldat qui se cache, c'est une honte qui te suit toute ta vie. Alors imagine : le pont du bateau qui tangue, mes jambes qui flageolent de fièvre, et là-bas, les navires ennemis. Mes camarades voulaient me protéger. Je leur ai demandé le poste le plus dangereux. Pourquoi ? Parce que la peur, vois-tu, on ne la combat pas en restant couché. On la combat en avançant. Ce jour de Lépante, j'ai compris quelque chose : le courage, ce n'est pas l'absence de peur, c'est avancer quand même.
Le courage, ce n'est pas l'absence de peur, c'est avancer quand même.
—Après ça, c'est vrai que des pirates vous ont attrapé ?
Hélas oui ! En 1575, je rentrais fièrement en Espagne, avec une belle lettre de recommandation dans ma poche. Et là, des corsaires barbaresques — des pirates des côtes d'Afrique du Nord — ont attaqué notre navire. On m'a emmené à Alger, enchaîné. J'y suis resté cinq ans. Cinq ans, tu te rends compte ? J'étais ce qu'on appelait un captif de Barbarie, un esclave chrétien. La chaîne me serrait les chevilles. Le pire, ce n'était pas la chaîne. C'était de regarder la mer chaque jour, en sachant l'Espagne juste de l'autre côté, et de ne pas pouvoir la rejoindre.
—Vous avez essayé de vous enfuir ? Ça a marché ?
Quatre fois, mon enfant ! Quatre évasions, et quatre échecs. Une fois je me suis caché dans une grotte avec d'autres prisonniers. Une autre, j'ai tout organisé pour un groupe entier. À chaque échec, on me ramenait devant le maître d'Alger. J'aurais pu être tué cent fois. Mais à chaque fois, je disais : c'est moi le responsable, eux n'ont rien fait. Tu sais pourquoi je te raconte ça ? Parce que ces cinq années d'esclavage, plus tard, je les ai mises dans mes livres. Rien n'est perdu, même les pires moments. Un écrivain transforme ses chaînes en histoires.
Un écrivain transforme ses chaînes en histoires.
—Une fois rentré, vous faisiez quoi comme travail ?
Un métier bien ingrat, je dois l'avouer. J'étais commissaire aux vivres pour l'Armada, la grande flotte de guerre du roi Philippe II. Mon travail ? Parcourir l'Andalousie et réquisitionner du blé, de l'huile, chez les paysans, pour nourrir les soldats. Imagine-moi frappant aux portes des fermes, mon registre sous le bras, des paysans qui ne veulent rien me donner. Toute la journée à compter des sacs de grain ! Moi qui rêvais de poésie. Le soir, épuisé, je notais mes chiffres. C'était loin, très loin, des batailles glorieuses de ma jeunesse.

—C'est vrai que vous êtes même allé en prison ?
Eh oui, et pas parce que j'avais volé ! Mes comptes de commissaire étaient embrouillés. Une somme d'argent avait disparu chez un banquier. Devine qui on a accusé ? Moi, le pauvre fonctionnaire. On m'a jeté en prison, à Séville. Tu vois l'ironie ? Je ravitaillais l'armée du plus grand empire du monde, et je finissais derrière des barreaux pour des histoires de chiffres. Mais écoute bien ceci, mon enfant : certains disent que c'est dans cette prison que j'ai commencé à imaginer un certain chevalier maigre sur un cheval maigre. La prison enferme le corps, jamais l'imagination.
La prison enferme le corps, jamais l'imagination.
—Le soir, après le travail, vous faisiez quoi pour vous amuser ?
Ah, le soir, je filais au théâtre ! On appelait ça les corrales de comedias. Imagine la cour d'un grand immeuble, à ciel ouvert, avec des bancs, une scène en bois, et une foule bruyante qui mange et crie. Là, on jouait les pièces d'un certain Lope de Vega. C'était mon grand rival, lui qui écrivait des comédies à toute vitesse, adoré de tous. Moi aussi j'écrivais pour le théâtre — mes Huit comédies et huit entremets. Et chez moi, le soir, je dévorais autre chose : de gros romans de chevaliers. Tu ne sais pas encore à quel point ces livres allaient changer ma vie.
—C'est quoi exactement, un roman de chevalerie ?
Ce sont de grosses histoires pleines de chevaliers héroïques, de géants, de princesses à sauver et de combats impossibles. À mon époque, tout le monde en raffolait, comme Amadis de Gaule. Les gens les lisaient des nuits entières, en y croyant presque. Et moi, vois-tu, je les trouvais à la fois merveilleux et un peu ridicules. Alors une idée folle m'est venue. Et si un homme lisait tellement ces livres qu'il en perdait la raison ? Un homme qui se croirait vraiment chevalier, dans un monde qui n'en veut plus ? C'est ainsi qu'est né mon pauvre Don Quichotte, à force de trop lire.

—Don Quichotte, ça a tout de suite eu du succès ?
Un succès immédiat, mon enfant, en 1605 ! Du jour au lendemain, partout en Espagne, on riait de mon hidalgo — un petit noble pauvre — qui prend les moulins à vent pour des géants. On le traduisait déjà dans d'autres langues. Tu imagines ma joie ? Moi, le vieux soldat estropié, l'ancien captif, l'employé jeté en prison... voilà que tout le monde lisait mon livre. À côté de Don Quichotte, j'avais inventé son écuyer, Sancho Pança, un paysan rusé et gourmand. L'un rêve trop haut, l'autre garde les pieds sur terre. Ensemble, ils marchent sur les routes. C'est toute la vie, ça.
—C'est vrai que quelqu'un a copié votre livre ? Vous étiez en colère ?
En colère ? J'étais furieux ! Écoute cette histoire. Mon Don Quichotte avait dix ans de succès. Et voilà qu'en 1614, un inconnu, caché sous le faux nom d'Avellaneda, publie une fausse suite ! Il volait mon chevalier et, en plus, il se moquait de moi, le vieux manchot. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai pas crié dans la rue. J'ai pris ma plume. J'ai écrit ma vraie deuxième partie, en 1615, et dedans, j'ai glissé ce voleur pour mieux le ridiculiser. Tu vois, mon enfant : contre un menteur, la meilleure arme, ce n'est pas le poing. C'est une bonne histoire bien écrite.
Contre un menteur, la meilleure arme, c'est une bonne histoire bien écrite.
—Si on se souvient d'une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Quelle belle question pour finir. Tu sais, j'ai été soldat, esclave, employé, prisonnier. J'ai connu plus d'échecs que de victoires. Mais j'ai donné au monde deux compagnons de route : un fou qui rêve trop grand, et un brave homme qui garde les pieds sur terre. Si tu te souviens d'une chose, souviens-toi de ceci. On peut être pauvre, blessé, oublié de tous, et créer pourtant quelque chose qui traverse les siècles. Mes mains ont tenu l'épée et la plume d'oie. C'est la plume qui a gagné. Continue de lire, mon enfant. Dans les livres, personne ne meurt vraiment.
On peut être pauvre et oublié, et créer pourtant quelque chose qui traverse les siècles.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Miguel de Cervantes. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



