Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Miguel de Cervantes

par Charactorium · Miguel de Cervantes (1547 — 1616) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Madrid, hiver 1615. Dans une maison à patio du quartier des Letras, un vieil homme à la main gauche inerte nous reçoit, une plume d'oie posée sur des feuillets encore humides. La voix est lente, mais l'œil pétille de cette ironie qui a fait rire l'Europe entière.

On dit que vous tenez la journée de Lépante pour la plus belle de votre vie. Comment se fait-il qu'une blessure soit devenue votre fierté ?

C'était octobre 1571, au large de Lépante. J'avais la fièvre, on me conseillait de rester sous le pont, à l'abri. J'ai refusé : je voulais être là où l'on frappait le plus fort. Trois coups d'arquebuse m'ont trouvé, dont un qui m'a laissé cette main gauche morte, pendue à mon flanc comme un gant vide. On me plaint encore aujourd'hui, et je ris. J'ai coutume de dire que je l'ai perdue pour la plus grande gloire de la droite — celle qui tient désormais la plume. La flotte chrétienne brisa ce jour-là l'orgueil du Turc en Méditerranée, et moi, simple soldat fiévreux, j'ai eu le bonheur d'y être un grain de poudre.

Je l'ai perdue pour la plus grande gloire de la droite — celle qui tient désormais la plume.

Vous parlez du soldat et de l'écrivain comme d'un seul homme. Que représente pour vous cette épée que vous avez si longtemps portée ?

L'épée et la plume ne se sont jamais fait la guerre en moi. J'ai mis dans la bouche de mon hidalgo tout un discours sur les armes et les lettres, et j'y crois encore : il faut le courage du corps pour mériter celui de l'esprit. Un homme qui n'a jamais eu froid sur un pont de galère, qui n'a jamais senti la peur lui sécher la gorge, écrira toujours un peu à côté de la vie. Mes années de cuirasse et de casque morion m'ont appris ce que mille livres n'enseignent pas : le poids réel d'un mot comme honneur. Quand je décris une bataille, je n'imagine pas — je me souviens, et le souvenir a l'odeur de la poudre.

En 1575, votre retour vers l'Espagne tourne au cauchemar. Que reste-t-il en vous de ces cinq années à Alger ?

Je rentrais le cœur léger, une lettre de Don Juan d'Autriche dans ma valise, persuadé qu'on me ferait capitaine. Les corsaires barbaresques en décidèrent autrement : on me jeta, chaînes aux pieds, dans les bagnes d'Alger. Cinq ans, monsieur. J'ai été un captif de Barbarie parmi des milliers d'autres, et j'ai tenté quatre fois de fuir, quatre fois en vain. Chaque échec aurait dû me valoir le pal ou la corde ; je ne sais quelle étrange faveur me sauva. Ce que j'en garde ? La certitude que la liberté n'est pas un mot de poète, mais une faim physique, qui vous tient éveillé la nuit. Toute ma vie, mes captifs et mes renégats sont sortis de ces murs blancs.

La liberté n'est pas un mot de poète, mais une faim physique qui vous tient éveillé la nuit.

Votre libération, en 1580, eut un prix. Comment avez-vous vécu ce retour dans une Espagne qui ne vous attendait pas ?

Ce sont les pères trinitaires qui rassemblèrent la rançon, et ma propre famille s'y ruina — ma mère mendia, ma sœur sacrifia sa dot. Imaginez : on se saigne pour vous arracher aux chaînes, et la patrie pour laquelle vous avez versé votre sang à Lépante vous accueille en haussant les épaules. Pas de pension, pas de charge digne de ce nom. J'ai dû me faire commis, courir l'Andalousie pour quelques maravédis. C'est là que j'ai compris une chose amère et féconde à la fois : le héros et le mendiant peuvent loger dans le même corps. Tout mon Don Quichotte tient peut-être dans ce vertige — l'homme qui se croit chevalier quand le monde ne voit qu'un pauvre hère.

Vous évoquez le commis. Comment un homme de lettres se retrouve-t-il à réquisitionner du blé pour la Couronne ?

Faute de mieux, monsieur, faute de pain. On me nomma commissaire aux vivres pour l'Armada de Sa Majesté, et me voilà parcourant les villages d'Andalousie, mon registre sous le bras, à confisquer le grain et l'huile des paysans récalcitrants. Croyez-moi, rien ne forme mieux un romancier que de marchander avec un curé qui cache ses jarres d'huile ! Mes après-midi se passaient en disputes, en comptes, en routes poussiéreuses. J'ai même goûté la prison pour des irrégularités dans mes comptes — un comble pour qui réclamait l'argent des autres. Mais de ces marchés, de ces visages roués et rusés, j'ai tiré une galerie entière : aubergistes, muletiers, fripons. La grande route espagnole fut mon vrai théâtre.

Rien ne forme mieux un romancier que de marchander avec un curé qui cache ses jarres d'huile.
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 01
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 01Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luis Alvaz

Ces années obscures et besogneuses, les regrettez-vous, ou leur devez-vous quelque chose ?

Je ne les bénis pas, mais je leur dois mon œil. Un poète de cour ne voit que des fontaines et des bergères ; moi, j'ai vu l'Andalousie dans sa boue et sa lumière, les morisques suspects qu'on surveillait, les routes infestées de pícaros. Mon métier de commissaire m'a jeté contre la société réelle, celle qui sent le suint et la friture, non celle des dédicaces. C'est pourquoi mon hidalgo croise sur son chemin des galériens, des comédiens ambulants, des filles d'auberge — tout ce peuple que j'ai côtoyé un registre à la main. Si j'étais resté un gentilhomme à pension, je n'aurais écrit que de fades pastorales, comme ma pauvre Galatée. La misère m'a donné le monde entier en partage.

Parlons de votre hidalgo. D'où vous est venue l'idée d'un homme rendu fou par ses lectures de chevalerie ?

De partout et de nulle part. L'Espagne entière se gavait alors de livres de chevalerieAmadis de Gaule et ses pareils — comme on se grise d'un vin trop fort. J'ai voulu en rire, montrer un brave hidalgo qui, à force de veiller sur ces fables, prend les moulins pour des géants et les auberges pour des châteaux. Tout commence par cette phrase que je ne quitterai plus : En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme. Je croyais railler un genre ; j'ai accouché d'un homme. Car sous le rire perce autre chose : un fou plus sage que les sages, qui choisit sa vérité contre celle du monde. La première partie, en 1605, fut lue jusque dans les Indes.

Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 02
Miguel de Cervantes Saavedra (s. XVIII) en el MIB 02Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luis Alvaz

Un certain Avellaneda a osé écrire une fausse suite de votre roman. Comment avez-vous riposté à cette imposture ?

Ah, le drôle ! En 1614, un plumitif masqué sous le nom d'Avellaneda publia une suite apocryphe de mon Don Quichotte, volant mon chevalier comme on vole une bourse, et m'insultant dans sa préface par-dessus le marché. J'avais le sang lent, mais il bouillit. Ma vengeance ne fut pas un duel — j'ai laissé ma main morte au repos — mais ma plume. Dans ma seconde partie de 1615, j'ai fait entrer cette imposture dans le récit lui-même : mes personnages apprennent qu'un faux Quichotte court le monde, et le vrai s'en indigne. Quel meilleur châtiment que de noyer le plagiaire dans la fiction qu'il prétendait piller ? La vérité, cuya madre es la historia, finit toujours par confondre le menteur.

Quel meilleur châtiment que de noyer le plagiaire dans la fiction qu'il prétendait piller ?

Vous avez vécu au cœur du Siècle d'or, à l'ombre du grand Lope de Vega. Comment voyiez-vous cette rivalité ?

Quel temps, monsieur, quel Siècle d'or ! Le soir, je me glissais dans les corrales de comedias, ces théâtres à ciel ouvert plantés dans une cour, où le peuple sifflait et applaudissait coude à coude. Et là régnait Lope de Vega, ce monstre de nature qui pondait des comédies comme un arbre donne ses fruits, sans effort apparent. Je l'admirais et je le jalousais — les deux à la fois, car le cœur d'un poète est ainsi fait. Mes propres pièces n'eurent jamais sa faveur du public, je le confesse. Alors je me suis vengé en prose et en vers : dans mon Voyage au Parnasse, j'ai passé en revue tous les rimeurs de mon temps, distribuant louanges et coups d'épingle avec une espièglerie que je crois assez réussie.

Vous achevez aujourd'hui votre vie la plume à la main. Que diriez-vous à celui qui vous lira dans un siècle ?

Dans un siècle ? Quelle prétention de poète que d'y songer ! Mais puisque vous m'y poussez : je viens de recevoir l'extrême-onction, et j'écris encore la dédicace de mon Persilès. J'y ai tracé ces mots — Puesto ya el pie en el estribo, con las ansias de la muerte, gran señor, esta te escribo — le pied déjà à l'étrier, avec l'angoisse de la mort. Si un lecteur me trouve dans cent ans, qu'il sache que j'ai écrit jusqu'au dernier souffle, en homme qui aima la vie au point de ne pouvoir s'en arracher sans une dernière phrase. Mon hidalgo lui dira le reste mieux que moi. Qu'il rie, qu'il pleure, et qu'il choisisse, comme mon fou, de croire à de plus beaux moulins.

J'ai écrit jusqu'au dernier souffle, en homme qui aima la vie au point de ne pouvoir s'en arracher sans une dernière phrase.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Miguel de Cervantes. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.