Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Nellie Bly

par Charactorium · Nellie Bly (1864 — 1922) · Exploration · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le cabinet de travail de sa maison d'Amiens, où une carte murale garde encore les épingles d'un certain voyage, que Jules Verne retrouve Nellie Bly en ce printemps 1895. La lampe à pétrole éclaire des rayonnages chargés d'atlas et de récits de mer, et l'odeur du papier ancien flotte dans la pièce. Ils se sont rencontrés six ans plus tôt, lorsque la journaliste fit halte chez lui en pleine course autour du globe ; le romancier, admiratif et un peu paternel, veut comprendre ce que ses livres n'avaient jamais osé imaginer — une femme seule défiant la terre entière. Il l'interroge en hôte curieux, elle répond en amie.

On m'a conté qu'à dix-huit ans une simple lettre, écrite sous le coup de la colère, vous ouvrit les portes d'un journal, mademoiselle. Quel article vous avait donc tant indignée ?

C'est l'exacte vérité, monsieur Verne. Un chroniqueur du Pittsburgh Dispatch avait publié un texte — What Girls Are Good For — pour expliquer doctement que la place d'une fille était au foyer, à coudre et à se taire. J'avais alors dix-huit ans, aucune expérience, et le sang m'est monté à la tête. J'ai saisi ma plume et lui ai écrit que cet article était une honte pour son journal ; j'ai signé Lonely Orphan Girl, sans même livrer mon nom. Au lieu de me jeter au panier, le rédacteur en chef passa une annonce pour me retrouver et m'offrit du travail. Voilà comment une colère de jeune fille devint un métier — et quel métier, vous en jugerez vous-même !

Voilà comment une colère de jeune fille devint un métier.

Vous avez aussi vécu, dit-on, parmi les ouvrières des fabriques de New York. Comment une dame se glisse-t-elle ainsi dans un monde qui n'est pas le sien ?

On ne s'y glisse qu'en cessant d'être une dame, monsieur. Je quittais mes robes pour de vieux vêtements élimés, je rudoyais mon langage, et je me présentais à l'embauche comme n'importe quelle fille affamée. Dans ces ateliers, les ouvrières cousaient douze heures durant pour quelques sous, puis rentraient dans des tenements où s'entassaient des familles entières d'immigrants. J'ai connu la fatigue de leurs mains, la peur du contremaître, l'air vicié des dortoirs. Pour écrire l'envers de notre Âge doré, il ne suffit pas de l'observer du dehors : il faut le respirer. Ce que les beaux messieurs appelaient prospérité, moi je l'ai vu de l'intérieur, et c'était la misère sous une dorure.

Mais comment retenez-vous tant de détails sans qu'on vous démasque ? Un romancier griffonne à sa table ; vous, vous n'avez ni table ni loisir.

Tout est là, monsieur Verne : on ne griffonne pas sous l'œil d'un gardien soupçonneux. J'ai appris à tout retenir dans ma tête — les visages, les mots exacts, le menu d'un repas, le nombre de coups reçus par une voisine de dortoir. Le soir venu, ou une fois libérée, je couchais ces souvenirs sur le papier avant qu'ils ne pâlissent, à la lueur d'une lampe, parfois jusqu'à l'aube. La mémoire est mon vrai carnet. Car un seul détail faux, et tout l'édifice s'effondre : on ne croira plus rien de ce que j'avance. C'est pourquoi je me fie davantage à mes yeux qu'à mes notes — les yeux, eux, ne mentent pas et ne se laissent pas confisquer.

La mémoire est mon vrai carnet.

Avant de courir le monde, vous vous êtes fait enfermer chez les fous. Quelle imagination de romancier aurait osé pareille intrigue ? Racontez-moi Blackwell's Island.

Aucun de vos romans, monsieur Verne, n'aurait osé cette intrigue, et pourtant tout y était vrai. Je me suis exercée devant un miroir à prendre l'air égaré, puis je me suis fait passer pour folle dans une pension de jeunes filles. Les médecins m'ont déclarée aliénée sans hésiter — il suffit d'être une femme seule et un peu étrange. À Blackwell's Island, j'ai connu les bains glacés, la nourriture immonde, les gardiennes brutales. Le plus terrible, voyez-vous, c'est que l'asile est une ratière humaine : on y entre aisément, on n'en sort jamais. J'y serais restée enfermée à jamais si mon journal n'était venu me réclamer au bout de dix jours.

L'asile est une ratière humaine : on y entre aisément, on n'en sort jamais.

Et lorsque vous avez retrouvé la liberté, votre récit a-t-il vraiment changé le sort de ces malheureuses, ou n'était-ce qu'un beau scandale d'un jour ?

Ce ne fut pas un scandale d'un jour, monsieur, et j'en tire ma plus grande fierté. Mon récit parut dans le New York World et fit l'effet d'une bombe ; on me convoqua devant un jury qui voulut visiter l'asile à son tour. Cette fois les autorités avaient été prévenues : les pensionnaires les plus maltraitées avaient disparu, la nourriture s'était soudain améliorée. Mais le mal était connu désormais, et la ville dut voter des sommes considérables pour les soins des aliénés. Je ne crois pas au journalisme qui se contente de raconter. Si mes dix jours d'enfer ont épargné un seul bain glacé à une femme sans défense, ils valaient toutes les peines du monde.

Nellie Bly (Elizabeth Cochrane), bust portrait LCCN2017657376
Nellie Bly (Elizabeth Cochrane), bust portrait LCCN2017657376Wikimedia Commons, Public domain — Miscellaneous Items in High Demand, PPOC, Library of Congress

Mademoiselle, lorsque vous m'avez fait l'honneur de cette halte ici, à Amiens, en pleine course, pourquoi ce détour qui vous coûtait des heures si précieuses ?

Vous le savez bien, monsieur Verne : je n'aurais traversé la France sans frapper à votre porte pour rien au monde. Votre Phileas Fogg avait été mon compagnon imaginaire depuis l'enfance ; rencontrer celui qui m'avait soufflé l'idée valait quelques heures perdues. Je me souviens de votre carte murale piquée d'épingles, et de madame Verne qui m'a embrassée comme une fille. Vous m'avez demandé si je passerais par Bombay ; je vous ai répondu que je n'avais pas une minute pour les détours — sauf celui-là. Au fond, ce détour n'en était pas un : c'était revenir à la source du défi avant d'aller le gagner.

On vous jurait qu'une femme ne saurait voyager sans une malle de robes. Combien de bagages avez-vous donc emportés pour faire le tour de la terre ?

Un seul sac, monsieur, pas plus grand qu'une boîte à chapeau, et l'on me jurait que c'était impossible. J'y avais glissé deux casquettes, du linge, un nécessaire de toilette, et mon argent cousu dans une bourse autour du cou. Les hommes voyagent avec des malles ; moi, je voulais prouver qu'une femme pouvait partir un matin et faire le tour du globe sans s'encombrer. Soixante-douze jours, six heures et onze minutes : trains, paquebots, pousse-pousse, et ce retard de tempête sur le Pacifique qui faillit tout perdre. J'ai toujours eu le sentiment confortable que rien n'est impossible à qui dépense un peu d'énergie dans la bonne direction — et toujours au dernier moment, car c'est ainsi que je travaille.

Nellie Bly (Elizabeth Cochrane), bust portrait LCCN2017657376
Nellie Bly (Elizabeth Cochrane), bust portrait LCCN2017657376Wikimedia Commons, Public domain — Miscellaneous Items in High Demand, PPOC, Library of Congress

Vous avez vu Yokohama, Colombo, Hong-Kong — tout ce que je n'ai parcouru qu'en imagination. Quel souvenir avez-vous rapporté de ces rivages lointains ?

Vous qui les avez tant rêvés, monsieur, vous ririez de mon plus précieux souvenir : un singe ! Je l'ai acheté lors de mon escale au Japon, et il fit avec moi tout le reste du voyage, manquant de me valoir mille ennuis aux douanes. De Yokohama, je garde le souvenir des lanternes du soir, des courses en pousse-pousse et d'une politesse que je n'avais vue nulle part ailleurs. Mais à chaque escale le temps me pressait : je n'avais pas une heure pour flâner, et je rongeais mon frein quand un paquebot tardait. J'aurais voulu être vous, libre de m'attarder sur chaque côte. Moi, je courais après une horloge, et le monde défilait comme par la fenêtre d'un train lancé à toute vapeur.

Une femme, seule, à travers tant de pays d'hommes — n'avez-vous jamais tremblé, le soir, dans la cabine d'un paquebot inconnu ?

Trembler ? Je n'en avais pas le loisir, monsieur. On m'avait prédit qu'une femme ne pouvait voyager sans un protecteur à son bras ; je suis partie sans l'un ni l'autre, et il ne m'est rien arrivé de fâcheux. Bien sûr, il y eut des moments difficiles — un port louche, un retard qui menaçait tout, une mer démontée où je crus le record perdu. Mais la peur, voyez-vous, est un luxe pour ceux qui ont le temps. Moi, je n'avais qu'une horloge à battre, et l'on ne marchande pas avec une horloge. Je crois qu'une bonne dose d'énergie chasse mieux la crainte que tous les chevaliers servants du monde.

Une dernière question, mon amie. Mon Phileas Fogg n'était qu'encre et papier ; vous l'avez surpassé en chair et en os. Lui en voulez-vous, ou le remerciez-vous ?

Comment lui en vouloir, monsieur Verne, quand c'est vous qui l'avez mis au monde ? Votre Phileas Fogg m'a accompagnée comme un défi murmuré à l'oreille : s'il l'avait fait en quatre-vingts jours d'imagination, pourquoi pas moi en moins, et pour de vrai ? Lorsque votre télégramme de félicitations m'est parvenu à mon retour, j'ai pleuré — car l'homme qui avait rêvé la course saluait celle qui l'avait courue. Vous m'avez appris une chose, vous les romanciers : on n'invente jamais tout à fait en vain. Vos rêves de papier finissent par marcher sur leurs jambes. Le mien s'appelait Nellie Bly, et il a bouclé la terre en soixante-douze jours.

Vos rêves de papier finissent par marcher sur leurs jambes.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nellie Bly. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.