Interview imaginaire avec Nellie Bly
par Charactorium · Nellie Bly (1864 — 1922) · Exploration · Lettres · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte de la rédaction. Une dame en robe de laine sombre les attend, un carnet à la main. Elle s'appelle Nellie Bly, et elle a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand vous êtes devenue journaliste ?
J'avais 18 ans, mon enfant, et je ne connaissais rien du métier. Un jour, je lis dans le Pittsburgh Dispatch un article qui dit que les filles ne valent rien sauf pour tenir une maison. Ça m'a mise en colère ! J'ai pris une plume et j'ai écrit au journal que cet article était une honte. Imagine ma surprise : le rédacteur en chef, le monsieur qui décide de tout dans un journal, ne s'est pas fâché. Il m'a proposé un emploi ! Je n'avais aucune expérience, juste de la colère et de l'envie. Tu vois, parfois une lettre écrite avec le cœur change toute une vie.
Une lettre écrite avec le cœur peut changer toute une vie.
—C'était comment, Pittsburgh, la ville où vous avez grandi ?
Imagine une ville pleine de fumée, mon enfant, avec des usines qui crachent du noir jour et nuit. À Pittsburgh, il y avait les riches d'un côté et, de l'autre, des familles entières qui travaillaient pour presque rien. Petite, je m'appelais Elizabeth Jane Cochran, pas encore Nellie Bly. En grandissant là, j'ai vu de mes yeux que la vie n'était pas juste pour tout le monde. Certains avaient de belles maisons, d'autres avaient froid. Ça m'a marquée pour toujours. C'est cette ville-là qui m'a donné envie de raconter la vérité sur les gens qu'on n'écoute jamais.
—C'est vrai que vous vous êtes fait passer pour folle ? Pourquoi ?
Oui, c'est vrai, et j'avais un peu peur, je te l'avoue. En 1887, je voulais savoir comment on traitait les femmes enfermées à l'asile de Blackwell's Island, près de New York. Personne ne voulait écouter ces patientes. Alors j'ai décidé une chose : pour raconter la vérité, il fallait que j'y entre moi-même. Je me suis fait passer pour folle, et on m'a internée dix jours. Imagine des bains d'eau glacée, une nourriture immonde, des gardiens violents. C'était, comme je l'ai écrit, une vraie souricière à êtres humains. Mon récit a tellement choqué qu'on a réformé l'asile aussitôt.
Pour raconter la vérité, il fallait parfois la vivre soi-même.
—Vous aviez peur, la nuit, enfermée là-dedans ?
Oui, mon enfant. La nuit, à Blackwell's Island, je ne savais pas si je sortirais un jour. J'avais écrit mon livre Ten Days in a Mad-House en me souvenant que c'était facile d'entrer, mais presque impossible de sortir. Une fois la grille fermée, plus personne ne te croit quand tu dis que tu vas bien. Ce qui m'a tenue debout, c'était de penser aux autres femmes, celles qui resteraient après moi. Elles ne pouvaient pas écrire, elles. Je prenais des notes dans ma tête, en secret, pour les raconter dehors. Le matin venu, je me disais : tiens bon, ton silence les sauvera.
—Comment vous faisiez pour enquêter sans qu'on vous reconnaisse ?
Ah, c'était tout un art, mon enfant ! Pour mes reportages sur les ouvrières de New York, je m'habillais simplement et je me glissais parmi elles dans les usines. Je vivais dans les tenements, ces immeubles surpeuplés et pauvres où s'entassaient les familles d'immigrants. Si j'avais sorti un carnet, on m'aurait tout de suite démasquée ! Alors je retenais tout dans ma tête : les visages, les mots, les salaires de misère. Le soir seulement, je notais. On appelait ça le stunt journalism, un reportage où le journaliste agit lui-même au lieu de regarder de loin. Moi, je préférais vivre les choses pour mieux les raconter.
Je vivais les choses pour mieux les raconter.

—Ça vous faisait quoi de voir comment vivaient les ouvrières ?
Ça me serrait le cœur, tu sais. Dans les ateliers de New York, des femmes travaillaient du matin au soir pour quelques pièces, sans jamais se plaindre. On était en plein Âge doré, cette époque où l'Amérique devenait très riche, mais où cette richesse n'allait qu'à une poignée de gens. Pendant ce temps, ces ouvrières rentraient le soir dans des chambres minuscules, fatiguées et mal nourries. Je mangeais à côté d'elles, je dormais comme elles. Imagine une pièce où dix personnes vivent serrées. C'est ça que je voulais montrer aux lecteurs confortables : derrière leurs beaux journaux, il y avait ces vies-là.
—C'est vrai que vous avez fait le tour du monde toute seule ?
Tout à fait, et seule comme une grande ! En novembre 1889, je suis partie de New York avec un seul petit sac de voyage en cuir. Un seul, tu te rends compte ? Les gens disaient qu'une femme ne pouvait pas voyager sans dix malles et un accompagnateur. Je voulais prouver le contraire. Je suis montée sur des paquebots à vapeur, j'ai pris des trains, j'ai traversé des mers. Je regardais sans cesse ma montre de poche, car chaque minute comptait. Mon idée ? Battre Phileas Fogg, ce héros inventé par Jules Verne qui faisait le tour du monde en 80 jours. Lui était imaginaire ; moi, j'étais bien réelle.
On disait qu'une femme avait besoin de dix malles ; il me suffit d'un sac.

—Vous avez vu quoi de beau pendant ce grand voyage ?
Tant de choses, mon enfant ! J'ai fait escale au port de Yokohama, au Japon, en décembre. Là-bas, tout était différent : les maisons, les habits, la cuisine. Je goûtais des plats que je n'avais jamais imaginés, et je notais tout avec curiosité. Figure-toi que j'y ai même acheté un petit singe qui m'a accompagnée jusqu'en Amérique ! Mais je ne flânais pas trop : je devais attraper chaque bateau à l'heure. Je suis rentrée à New York en 72 jours, 6 heures et 11 minutes. Un record du monde ! Le voyage m'a appris que la Terre est immense, mais qu'une femme décidée peut en faire le tour.
—Vous avez vraiment rencontré Jules Verne pendant votre course ?
Oui ! Et c'est l'un de mes plus beaux souvenirs. En plein voyage, j'ai fait un détour par Amiens, en France, pour rencontrer Jules Verne chez lui. C'est lui qui avait écrit Le Tour du monde en quatre-vingts jours, le livre qui m'avait donné mon défi. Imagine un peu : moi, la journaliste bien réelle, assise dans le salon de l'écrivain qui avait inventé Phileas Fogg. Il était curieux, chaleureux, et il suivait mon aventure sur une grande carte accrochée au mur. C'était comme si le rêve et la réalité se serraient la main. Il m'a même envoyé un télégramme de félicitations à la fin.
Le rêve et la réalité se sont serré la main, ce jour-là, à Amiens.
—Ça fait quoi de battre un personnage de roman ?
C'est une drôle de fierté, tu sais ! Phileas Fogg n'existait que dans les pages d'un livre de 1872. Lui mettait 80 jours, sur du papier. Moi, en chair et en os, j'en ai mis 72. Mais le plus important n'était pas le record. Ce que je voulais, c'était montrer aux petites filles de mon temps qu'on n'est pas obligée de rester sagement à la maison. Une femme aussi peut partir, oser, traverser les océans. Jules Verne avait imaginé un héros ; moi, j'ai voulu devenir une héroïne pour de vrai. Et si un jour tu doutes de ce que tu peux faire, souviens-toi de mon petit sac.
Un écrivain avait imaginé un héros ; j'ai voulu en devenir une, pour de vrai.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nellie Bly. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



