Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Paul Verlaine

par Charactorium · Paul Verlaine (1844 — 1896) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Hiver 1895, un café enfumé du Quartier latin, à l'heure où les lampes à gaz jaunissent la fumée. Devant un verre d'absinthe à demi vide, un homme au crâne dégarni et au regard de faune fatigué accepte de parler — la voix rauque, coupée de quintes de toux, mais l'œil encore vif. Voici Paul Verlaine, Prince des poètes et roi des pauvres, tel qu'il se raconte.

Vous avez débuté dans les cercles parnassiens. Comment la poésie est-elle entrée dans votre vie de jeune homme à Paris ?

J'avais vingt ans, ou guère plus, et Paris m'avalait tout entier. Je traînais ma jeunesse de la rive gauche aux tables du Parnasse contemporain, cette revue qui publia mes premiers vers en 1866, l'année des Poèmes saturniens. On me croyait impassible, sculpteur de marbre froid comme le voulait Leconte de Lisle ; mais déjà, sous le vernis parnassien, une langueur me rongeait. La Chanson d'automne est née là, dans ce premier recueil — « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » — pendant que les autres polissaient leurs sonnets comme des médailles. Moi, je voulais que le vers pleure tout bas, qu'il tremble. Le café était déjà mon vrai atelier : une nappe de papier, un crayon, et ce bruit de voix autour qui valait toutes les bibliothèques.

Que vouliez-vous dire par cette formule devenue célèbre, « De la musique avant toute chose » ?

Tout est là, dans ce vers que j'ai jeté comme un cri : « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair / Plus vague et plus soluble dans l'air, / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. » Voyez-vous, je me défie des mots trop sûrs d'eux, des alexandrins qui claquent comme des bottes sur le pavé. Je leur préfère le vers impair, sept ou neuf syllabes, ce qui boite un peu et qui chante mieux. La poésie n'est pas une démonstration, c'est une brume ; elle doit suggérer, effleurer, jamais saisir à pleines mains. J'ai recueilli ces principes dans Jadis et Naguère, en 1885, mais je les portais en moi depuis longtemps, comme un air qu'on fredonne avant d'en connaître les paroles.

La poésie n'est pas une démonstration, c'est une brume.

Vous souvenez-vous de l'arrivée d'Arthur Rimbaud dans votre vie ?

Septembre 1871. Une lettre, des poèmes, signés d'un inconnu de dix-sept ans à Charleville. Je n'avais jamais rien lu de pareil — une foudre. Je lui ai écrit de venir, et je crois bien lui avoir dit : « Viens, chère grande âme, on t'appelle, on t'attend. Ici la vie est meilleure pour notre travail commun. » J'étais marié depuis peu, La Bonne Chanson venait à peine de chanter mon bonheur avec Mathilde, et voilà que ce gamin génial et brutal entrait dans ma maison comme on entre dans un incendie. Tout a brûlé : mon ménage, ma quiétude, ma raison parfois. Mais de cette dévastation est sorti quelque chose — ces Romances sans paroles écrites sur les routes d'Angleterre et de Belgique, où le sens se dissout enfin dans la pure sensation.

Que s'est-il réellement passé à Bruxelles, en juillet 1873 ?

Juillet 1873, l'hôtel de la rue des Brasseurs. Nous nous déchirions depuis des mois, lui et moi, comme deux bêtes enchaînées l'une à l'autre. Il voulait repartir, encore. J'avais bu, beaucoup. J'ai pris ce pistolet à double coup et j'ai tiré — deux fois. Une balle lui a traversé le poignet. Une éraflure, en somme, mais elle a suffi à faire de moi un criminel. On m'a condamné à deux ans, que j'ai purgés à la prison de Mons. Je ne cherche pas d'excuse : j'étais ivre de lui autant que d'absinthe, et l'amour, chez moi, n'a jamais su se passer de violence. Ce coup de feu a brisé notre histoire net, comme on casse un verre — et il m'a, paradoxalement, sauvé de moi-même.

J'étais ivre de lui autant que d'absinthe, et l'amour, chez moi, n'a jamais su se passer de violence.

Comment cette cellule de prison vous a-t-elle conduit à Dieu ?

La cellule de Mons était nue, et moi davantage encore. J'ai écrit plus tard, dans Mes Prisons : « J'avais tout perdu, femme, famille, amis, santé, et je me retrouvais seul dans cette cellule, face à Dieu et à ma poésie. » C'est exactement cela. Quand on n'a plus rien, il reste le ciel par une fenêtre haute et grillagée. Un aumônier m'a prêté un catéchisme ; j'ai demandé une Bible et un chapelet. Ce ne fut pas un coup de tonnerre, mais une lente remontée, comme un noyé qui regagne la surface. Je n'étais pas devenu sage — le mot serait bien trop grand pour l'ivrogne que je restais — mais j'avais trouvé une direction, un point fixe vers lequel tourner ma détresse.

Louis Gustave Cambier - Dichter Paul Verlaine
Louis Gustave Cambier - Dichter Paul VerlaineWikimedia Commons, Public domain — Louis Gustave Cambier

Sagesse est né de cette épreuve. Que représente ce recueil pour vous ?

Sagesse, paru en 1881, c'est mon livre de prisonnier converti, celui où je crois avoir touché le plus juste. On y entend un homme à genoux, qui ne fait plus le malin. Après les fièvres des Romances sans paroles, après tout ce vacarme, je voulais une poésie de l'intérieur, du repentir, presque un murmure d'église. Beaucoup s'étonnent qu'un homme tel que moi — buveur, violent, déchu — ait pu écrire ces vers de foi. Mais c'est précisément parce que j'étais tombé si bas que le ciel m'a paru si haut et si désirable. Je n'ai jamais cessé de retomber, hélas, l'absinthe me reprenait toujours ; mais Sagesse demeure la preuve qu'il y eut, en moi, un moment de vraie lumière.

C'est précisément parce que j'étais tombé si bas que le ciel m'a paru si haut et si désirable.

On vous dit père du symbolisme. Vous reconnaissez-vous dans ce mouvement ?

Les étiquettes, voyez-vous, je les laisse aux faiseurs de manifestes. Quand le jeune Moréas a proclamé son symbolisme dans Le Figaro, en 1886, on m'a soudain désigné comme un ancêtre, moi qui n'avais fait que suivre mon oreille. Décadent, symboliste — on m'a collé tous ces mots. Ce que je sais, c'est que j'ai voulu rendre au vers sa fluidité, le délivrer de la rime trop riche, trop sonnante, lui préférer la nuance, l'impair, le presque-rien qui dit beaucoup. Et si les plus jeunes y ont vu une route à suivre, tant mieux. J'ai aussi tendu la main aux oubliés : dans Les Poètes maudits, en 1884, j'ai tiré de l'ombre Rimbaud, Mallarmé, Corbière — ces génies que leur siècle refusait de lire.

French:  Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète title QS:P1476,fr:"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "label QS:Lfr,"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "
French: Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète title QS:P1476,fr:"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "label QS:Lfr,"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "Wikimedia Commons, Public domain — Frédéric-Auguste Cazals

L'absinthe a tenu une grande place dans votre existence. Que représentait-elle pour vous ?

« La fée verte », comme nous l'appelions. Elle avait la couleur des prés et le goût de l'oubli. Je passais des journées entières au café François Ier ou au Procope, devant ce verre trouble où l'eau tombe goutte à goutte sur le sucre, et je griffonnais des vers sur les nappes de papier, entre deux gorgées. Je ne vous mentirai pas en la parant de vertus : elle m'a pris ma santé, mon argent, une part de ma raison. Mais dans ces estaminets enfumés du Quartier latin, parmi les voix et la fumée, je me sentais moins seul qu'ailleurs. Le café fut ma maison quand je n'en avais plus, mon académie quand je n'avais plus d'honneurs. La poésie venait là, sale et vraie, jamais dans le silence des bibliothèques.

En 1894, vos pairs vous ont élu « Prince des poètes ». Quel effet cela vous a-t-il fait ?

1894. On m'a couronné « Prince des poètes », titre magnifique pour un homme qui dormait dans des garnis et finissait ses nuits à l'hôpital. Quelle ironie ! Pendant que les jeunes me portaient en triomphe dans les revues, je rentrais dans une chambre meublée à deux sous, du côté du faubourg Saint-Jacques, le ventre vide et la redingote élimée. La gloire m'arrivait comme un manteau de prince jeté sur les épaules d'un mendiant. Je ne crache pas dessus — c'était doux, après tant de mépris, d'être enfin reconnu. Mais elle venait trop tard pour réchauffer l'homme ; elle ne consolait que le poète. Et je savais bien, déjà, qu'il me restait peu de saisons à voir tomber les feuilles.

La gloire m'arrivait comme un manteau de prince jeté sur les épaules d'un mendiant.

Que diriez-vous à ceux qui vous liront peut-être dans un siècle ?

Dans un siècle ? Quelle drôle d'idée à offrir à un homme qui ne sait pas s'il aura de quoi dîner ce soir. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait encore, là-bas, loin de mon Paris misérable, je voudrais qu'on retienne ceci : non l'ivrogne, non le forçat de Mons, non le scandale, mais la musique. Qu'il reste de la Chanson d'automne cette langueur monotone qui blesse le cœur tout doucement. J'ai écrit, des poètes maudits, que leur œuvre « finira par s'imposer à la postérité malgré tout » ; je n'osais l'espérer pour moi-même. Si ma plainte basse traverse les années et trouble encore une jeune âme, un soir d'automne, alors j'aurai eu raison de tant souffrir — et la fée verte ne m'aura pas tout à fait volé.

Qu'on retienne non l'ivrogne, non le forçat, non le scandale, mais la musique.
Voir la fiche complète de Paul Verlaine

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Paul Verlaine. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.