Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Paul Verlaine

par Charactorium · Paul Verlaine (1844 — 1896) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une arrière-salle enfumée d'un estaminet du Quartier Latin, par un soir gris de l'hiver 1875, que je retrouve Verlaine. La fée verte trouble déjà le fond de son verre, et la lampe à pétrole jette sur son front une lumière lasse. Nous nous connaissons depuis cette lettre de septembre 1871 qui me fit monter à Paris, et tant de routes parcourues ensemble depuis Londres jusqu'à Bruxelles. Je viens, ce soir, le pousser à dire l'homme derrière les vers — moi qui sais ce qu'il tait au monde.

Paul, te souviens-tu de cette lettre que tu m'écrivis pour me faire venir ? Qu'as-tu lu, dans ces feuillets d'un gamin de dix-sept ans ?

Comment l'oublierais-je ? J'ai reçu en septembre 1871 quelques poèmes signés d'un inconnu de Charleville, et j'ai senti aussitôt qu'une voix neuve déchirait toute la poésie convenue de mon temps. Je t'ai écrit de venir, qu'on t'appelait, qu'on t'attendait, que la vie ici serait meilleure pour notre travail commun. Toi qui étais bien placé pour le savoir, je ne t'invitais pas par charité de salon : je voulais cette électricité que tu portais. Nos errances ensuite, à Londres, dans le brouillard de Soho, m'ont donné les Romances sans paroles, où j'ai poussé la musique jusqu'à dissoudre le sens dans la pure sensation. Tu m'as appris à oser le désordre.

Je ne t'invitais pas par charité de salon : je voulais cette électricité que tu portais.

Tu remplis encore ton verre de cette absinthe que nous vidions ensemble. Dis-moi franchement : t'aide-t-elle à écrire, ou te perd-elle ?

Les deux à la fois, et c'est là le piège. Tu m'as vu passer des journées entières au café François Ier ou au Procope, griffonnant des vers sur les nappes de papier entre deux verres de cette fée verte. L'absinthe ouvre une porte sur des sensations flottantes, des couleurs, une langueur où le vers vient seul — mais elle referme cette porte sur ma santé et mon peu d'argent. Je mange un quignon de pain quand je bois trois verres. Mes après-midi se traînent de café en café, mes soirées finissent dans l'ivresse des estaminets. C'est une muse cruelle qui prend bien plus qu'elle ne donne, et je le sais en la buvant.

C'est une muse cruelle qui prend bien plus qu'elle ne donne, et je le sais en la buvant.

Et ce matin de juillet 1873, à Bruxelles, rue des Brasseurs, quand tu as levé le pistolet sur moi — y penses-tu encore, là, dans ce café ?

Chaque jour, Arthur. Ce coup de feu, je l'ai tiré contre moi-même autant que contre ton poignet. Ils m'ont condamné à deux ans, et c'est dans ma cellule de la prison de Mons que tout a basculé. Là, seul, ayant tout perdu — femme, famille, amis, santé — je me suis retrouvé face à Dieu et à ma poésie. J'y ai écrit une part de Sagesse, ce recueil de repentir et de quête intérieure qui restera, je crois, l'un de mes meilleurs. La Bible et le chapelet m'ont tenu lieu de compagnons. On ne sort pas innocent d'avoir fait couler ton sang, mais on en sort peut-être moins menteur.

Ce coup de feu, je l'ai tiré contre moi-même autant que contre ton poignet.

Cette conversion catholique en cellule — toi qui maudissais tant la morale bourgeoise — fut-elle sincère, ou seulement le refuge d'un homme à bout ?

Tu as le droit de douter, toi plus que tout autre. Mais ce ne fut pas le calcul d'un prisonnier cherchant à amadouer l'aumônier. Quand on n'a plus rien que quatre murs et le silence, quelque chose en vous se met à parler autrement. Sagesse n'est pas un livre de bigot : c'est la poésie d'une intériorité blessée, d'un homme qui cherche le repentir sans renier la chair qui l'a perdu. Je suis resté faible, buveur, misérable après comme avant — la grâce n'a pas fait de moi un saint. Mais elle m'a donné un registre nouveau, plus grave, plus dépouillé. La foi, chez moi, est une musique de plus.

La foi, chez moi, est une musique de plus.

Tu as écrit en cellule ton Art poétique, ce "De la musique avant toute chose". Pourquoi cet acharnement contre le bel alexandrin de nos maîtres ?

Parce que l'alexandrin, trop carré, trop sûr de lui, pèse et pose, quand je veux que le vers flotte. J'ai prôné l'Impair — sept, neuf, onze syllabes — plus vague et plus soluble dans l'air, une sonorité qui ne se referme jamais tout à fait. La musique avant toute chose : voilà mon credo. Non la musique comme ornement, mais comme la matière même du poème, où la nuance prime la couleur et la suggestion l'affirmation. Tu sais combien nous avons disputé de cela dans nos chambres londoniennes. Ce texte, que je publierai plus tard dans Jadis et Naguère, n'est pas une théorie froide : c'est l'aveu de ce que je cherche depuis la Chanson d'automne, ces violons qui blessent le cœur d'une langueur monotone.

L'alexandrin pèse et pose, quand je veux que le vers flotte.
Louis Gustave Cambier - Dichter Paul Verlaine
Louis Gustave Cambier - Dichter Paul VerlaineWikimedia Commons, Public domain — Louis Gustave Cambier

Tu parles de nuance, d'imprécision voulue. N'est-ce pas dangereux de bâtir un art sur le flou, là où d'autres exigent la rigueur ?

Dangereux, oui, et c'est pour cela qu'il faut être un ouvrier patient du vague. On croit qu'écrire flou est facile : c'est l'inverse. Je rature, je reprends, je pèse chaque syllabe sur mes carnets et mes nappes pour atteindre cette imprécision qui n'est pas du hasard mais de la musique exacte. Les Parnassiens, chez qui j'ai débuté avec les Poèmes saturniens, taillaient le marbre froid ; moi je cherche l'eau qui court. Le sens ne doit pas être aboli, mais voilé, suggéré, comme une silhouette derrière un rideau. C'est tout l'art que nous nommerons bientôt symboliste : dire l'âme par allusions plutôt que par descriptions. Le flou maîtrisé est la plus haute des précisions.

On croit qu'écrire flou est facile : c'est l'inverse — c'est de la musique exacte.

De nos courses anglaises, de ces brumes de Soho et de Camden, qu'est-il resté dans tes Romances sans paroles que le lecteur ne soupçonne pas ?

Tout, et rien de nommé. Les Romances sans paroles sont nées de notre vie errante, de ces villes étrangères où nous étions deux exilés parmi les communards réfugiés. La pluie sur les pavés de Londres, le sifflet des trains, la mélancolie d'un cœur qui pleure sans raison — j'ai voulu que cela passe en musique pure, sans anecdote, sans récit. Le titre même le dit : des romances sans paroles, des airs sans intrigue. Le lecteur y entend une langueur ; il ne sait pas qu'elle a un nom et un visage. J'ai dissous notre histoire dans la sensation pour qu'il n'en reste que le frisson. C'est ma manière de tout dire sans rien avouer.

J'ai dissous notre histoire dans la sensation pour qu'il n'en reste que le frisson.
French:  Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète title QS:P1476,fr:"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "label QS:Lfr,"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "
French: Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète title QS:P1476,fr:"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "label QS:Lfr,"Portrait de Paul Verlaine (1844-1896), poète "Wikimedia Commons, Public domain — Frédéric-Auguste Cazals

On murmure que tu vis de chambre meublée en chambre meublée, d'hôpital en garni. Comment supportes-tu cette misère, toi qu'on devrait couronner ?

Je la supporte mal, mais je ne la fuis pas. Je passe d'un garni sordide du faubourg Saint-Jacques à un lit d'hôpital quand mes jambes me lâchent, puis je retourne au café. Mes redingotes sont élimées, mon chapeau cabossé — loin de l'élégance parnassienne de mes débuts. La gloire, vois-tu, ne paye pas le loyer. Les jeunes me lisent, me citent, viennent à ma table comme à un maître, et je rentre le soir dans une chambre où le poêle est froid. Mais je ne renie pas cette déchéance : elle est l'envers vrai de mes vers. Un poète qui aurait tout réussi dans le monde n'aurait, je crois, rien à dire d'essentiel.

La gloire ne paye pas le loyer ; elle est l'envers vrai de mes vers.

Tes pairs te diront bientôt "Prince des poètes". Ce titre, dans ta condition, te console-t-il ou te raille-t-il ?

Les deux se disputent en moi. Qu'on me reconnaisse parmi les miens, après tant d'années de scandale et d'oubli, me touche profondément — c'est l'aveu que ma musique aura porté. Mais quel étrange prince que celui qui n'a ni palais ni écus, qui dîne d'un fromage et d'un verre, et qui dort où il peut ! Le titre brille au-dessus d'une vie en haillons. Je l'accepte sans illusion : il honore l'œuvre, non l'homme, et c'est justice, car l'homme ne vaut pas grand-chose. Toi qui m'as connu fou et ardent, tu sais que je n'ai jamais couru après les couronnes. Si celle-ci vient, je la poserai sur mes poèmes, pas sur mon front.

Quel étrange prince que celui qui dîne d'un fromage et dort où il peut !

Une dernière, Paul. Quand tu seras seul ce soir, ton verre vide et la lampe éteinte, que restera-t-il de tout cela en toi ?

Une musique, Arthur, rien qu'une musique. Quand le café fermera et que je remonterai vers mon garni, la fée verte dissipée, il me restera ce que je cherche depuis toujours : ces sanglots longs des violons de l'automne qui blessent le cœur d'une langueur monotone. Tout le reste — la prison, le pistolet, la misère, même toi — finit par se fondre dans le poème comme un parfum dans l'air. J'ai brûlé ma vie pour quelques vers qui chantent juste. C'est peu, et c'est tout. Les hommes m'oublieront peut-être ; mais qu'une seule de mes chansons continue de murmurer à l'oreille d'un inconnu, et je n'aurai pas bu pour rien.

J'ai brûlé ma vie pour quelques vers qui chantent juste. C'est peu, et c'est tout.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Paul Verlaine. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.