Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Primo Levi

par Charactorium · Primo Levi (1919 — 1987) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Turin, un soir d'hiver, au troisième étage d'un immeuble bourgeois du Corso Re Umberto. Primo Levi nous reçoit dans le bureau où il écrit le soir, sa machine à écrire encore ouverte, comme si l'odeur des vernis qu'il a fabriqués toute sa vie flottait encore dans la pièce. L'homme parle bas et choisit ses mots avec la lenteur d'un chimiste qui pèse ses réactifs.

Vous souvenez-vous du jour où l'on vous a remis votre diplôme de chimie ?

En 1941, j'ai reçu mon diplôme à l'Université de Turin avec, imprimés noir sur blanc, trois mots qui pesaient plus lourd que la mention obtenue : di razza ebraica, de race juive. Trois ans plus tôt, en 1938, Mussolini avait promulgué les leggi razziali, et du jour au lendemain un garçon de Turin comme moi était devenu un étranger dans sa propre ville. On me tolérait dans les laboratoires comme on tolère un courant d'air. J'ai appris la chimie avec d'autant plus d'acharnement qu'elle, au moins, ne me demandait pas mes papiers. Une molécule ignore les races ; elle réagit ou ne réagit pas, c'est tout. Je ne savais pas encore que cette discipline froide me sauverait un jour la vie.

Une molécule ignore les races ; elle réagit ou ne réagit pas, c'est tout.

Comment se déroule un examen de chimie quand l'examinateur porte l'uniforme SS ?

C'était l'hiver 1944, à Auschwitz-Monowitz. On avait annoncé qu'un Kommando de chimie se formait pour l'usine Buna-Werke, et qu'il fallait passer un examen pour y entrer. Imaginez la scène : un Häftling squelettique, sale, en habit rayé, debout devant le docteur Pannwitz, lui propre, assis, qui me regardait comme on regarde un poisson à travers la paroi d'un aquarium. Il m'a interrogé sur la synthèse, sur les états de la matière. J'avais oublié depuis longtemps le goût d'un vrai repas, mais je n'avais pas oublié mon Mendeleïev. J'ai répondu. Ce regard, ce mur de verre dressé entre lui et moi, je l'ai porté des années : il ne cherchait pas à savoir si j'étais compétent, mais à quelle espèce j'appartenais. Et pourtant ma réponse, ce jour-là, valait une ration de vie supplémentaire.

Il me regardait comme on regarde un poisson à travers la paroi d'un aquarium.

Que représentait concrètement ce laboratoire au cœur même du camp ?

Intégrer le Kommando Chimique, c'était échanger le gel des chantiers contre un toit et une chaleur relative. Dans l'économie du Lager, cela suffisait à faire la différence entre février et le printemps — autrement dit entre mourir et durer. J'y ai même volé, je l'avoue, quelques objets de laboratoire que l'on troquait contre du pain. Bien plus tard, en écrivant Le Système périodique, j'ai compris que chaque élément du tableau portait un fragment de ma vie : le cérium de ces petits briquets que nous bricolions à Auschwitz, le carbone qui referme le livre. La chimie n'était pas seulement un savoir ; c'était une grammaire pour lire le monde, et là-bas, une corde à laquelle se tenir au-dessus du vide.

La chimie n'était pas seulement un savoir ; c'était une corde à laquelle se tenir au-dessus du vide.

Que voyiez-vous se produire lors de ce que l'on appelait les sélections ?

La Selektion était la grande violence muette du camp. Un convoi arrivait, et sur le quai, d'un seul geste, un SS partageait les vivants : à droite le travail, à gauche la chambre à gaz. On apprenait vite à reconnaître ceux que l'argot du camp nommait les Muselmänner, ces hommes vidés, amaigris à l'extrême, qui avaient cessé de lutter, de regarder, presque d'être. Ils marchaient déjà vers la fumée sans le savoir. J'ai longtemps cru qu'il fallait d'abord raconter ceux-là, les engloutis, ceux qui n'ont jamais eu de voix. Mais comment témoigner au nom de qui a vraiment touché le fond ? Nous, les rescapés, ne sommes pas les véritables témoins. Les vrais témoins, ce sont eux, et ils ne sont pas revenus.

Les vrais témoins, ce sont eux, et ils ne sont pas revenus.

Comment expliquer qu'un livre aussi essentiel ait d'abord failli ne jamais trouver de lecteurs ?

En 1947, j'ai porté le manuscrit de Si c'est un homme chez Einaudi, et on me l'a refusé. Il a paru chez un petit éditeur, De Silva, à deux mille cinq cents exemplaires, dont beaucoup, m'a-t-on raconté, ont fini dans une cave inondée. L'Italie d'alors voulait reconstruire, danser, oublier ; mon récit tombait à contretemps. Il a fallu attendre 1958 et la réédition chez Einaudi pour que le livre rencontre enfin ses lecteurs et soit traduit partout. J'ai souvent pensé que les livres, comme les éléments, ont leur temps de réaction propre, et qu'on ne le force pas. J'avais écrit pour témoigner, non pour me plaindre ; il m'a simplement fallu apprendre la patience de celui qui jette une bouteille à la mer.

Les livres, comme les éléments, ont leur temps de réaction propre, et on ne le force pas.
Primo Levi
Primo LeviWikimedia Commons, Public domain — Unknown (Mondadori Publishers)

Pourquoi avoir choisi un ton si retenu pour dire l'indicible ?

Parce que le hurlement ne se transmet pas. Au camp, nous avons découvert que notre langue elle-même était prise en défaut. Dans La Trêve, j'ai écrit cette phrase qui résume tout : « Maintenant, pour la première fois, nous avons réalisé que notre langue manque de mots pour exprimer cette offense, la démolition d'un homme. » Alors j'ai pris le parti de la sobriété, le ton du rapport, presque du procès-verbal de chimiste. Pas d'adjectifs qui crient, pas de pathos. Je voulais que le lecteur juge sur pièces, comme on lit le résultat d'une analyse. C'est ce qu'on a nommé plus tard la letteratura testimoniale : non pas pleurer devant le lecteur, mais lui remettre les faits, nus, et lui faire confiance pour conclure.

Pas d'adjectifs qui crient : je voulais que le lecteur juge sur pièces.

À quoi ressemblaient vos journées, partagées entre l'usine et l'écriture ?

Pendant près de trente ans, j'ai été chimiste à l'usine de vernis SIVA, à Settimo Torinese, dont je suis devenu le directeur technique. Le matin, des analyses, des problèmes de peinture qui s'écaille, des réunions ; je tenais mes carnets de laboratoire avec la rigueur qu'on m'avait inculquée. Le soir, rentré dans l'appartement du Corso Re Umberto, je m'asseyais devant ma machine à écrire. Je n'ai jamais opposé ces deux métiers. Le chimiste apprend à observer la matière sans tricher, à nommer juste, à mesurer : c'est exactement ce qu'exige une page. Mes collègues me jugeaient un peu fou de noircir des feuilles après mes journées. Moi, je crois sincèrement que sans l'usine, je n'aurais jamais su écrire ainsi.

Sans l'usine, je n'aurais jamais su écrire ainsi.
Primo Levi (1960)
Primo Levi (1960)Wikimedia Commons, Public domain — AnonymousUnknown author

Comment l'idée d'un livre tout entier bâti sur le tableau des éléments vous est-elle venue ?

Elle couvait depuis longtemps. J'aime cette phrase que j'ai placée en tête du Système périodique : « La chimie est l'art de séparer, peser et distinguer : ce sont trois exercices utiles aussi à celui qui entreprend de décrire des événements. » Chaque élément du tableau de Mendeleïev possède un caractère, presque une biographie : l'argon inerte et discret comme certains de mes ancêtres piémontais, le zinc impur qui réagit enfin, le carbone, ce vagabond qui circule de la pierre au vivant. J'ai donc écrit vingt et un récits, un par élément, où ma vie de chimiste et ma vie d'homme se confondent. Le romancier Saul Bellow a eu pour ce livre des mots qui m'ont touché. Pour moi, c'était surtout la preuve que la science et la mémoire parlent la même langue.

Le carbone, ce vagabond qui circule de la pierre au vivant.

Vous avez forgé la notion de « zone grise ». Que recouvre-t-elle exactement ?

Dans mon dernier livre, Les Naufragés et les Rescapés, en 1986, j'ai voulu en finir avec une illusion confortable : celle d'un monde nettement partagé entre bourreaux d'un côté et victimes de l'autre. La réalité du Lager était plus trouble. Il existait une zone grise, une bande incertaine où des prisonniers — les Kapos, les hommes des Sonderkommandos contraints de servir les fours — collaboraient pour gagner un jour de survie. Les juger depuis nos chaises confortables serait une malhonnêteté. Le système nazi avait ce raffinement diabolique de reverser une part de sa propre faute sur ses victimes. Je n'absous personne ; je demande seulement qu'avant de juger, on se demande ce que nous aurions fait, nous, affamés, à leur place. La mémoire, je le sais, est un instrument merveilleux mais fallacieux.

Avant de juger, demandons-nous ce que nous aurions fait, affamés, à leur place.

Un élève vous a un jour demandé comment des hommes avaient pu commettre cela. Que lui avez-vous répondu ?

C'était dans une école italienne ; un garçon m'a posé la question qui revient toujours : comment des hommes ont-ils pu faire cela ? On voudrait qu'ils aient été des monstres, une espèce à part, rassurante parce que différente de nous. Or je lui ai répondu que le plus terrible, justement, c'est qu'ils étaient ordinaires. Des fonctionnaires, des pères de famille, des employés zélés. Les leggi razziali de 1938 n'ont pas été appliquées par des démons, mais par des bureaucrates qui tamponnaient des formulaires sans lever les yeux. Voilà pourquoi je passe mes soirées dans les classes plutôt qu'à me reposer : pour répéter aux jeunes que cela est arrivé, donc que cela peut revenir. Chaque génération doit monter la garde. C'est, je crois, la seule leçon que je puisse léguer.

Cela est arrivé, donc cela peut revenir : chaque génération doit monter la garde.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Primo Levi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.