Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Primo Levi

par Charactorium · Primo Levi (1919 — 1987) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans l'appartement du Corso Re Umberto à Turin, un soir de l'automne 1985, que Saul Bellow retrouve Primo Levi entre les rayonnages de livres et la vieille machine à écrire posée près de la fenêtre. La lumière oblique du Piémont tombe sur une table encombrée de notes et d'un tube à essai vide servant de presse-papier. Les deux hommes ne se sont jamais beaucoup vus, mais dix ans plus tôt Bellow a salué publiquement Le Système périodique, et il vient ce soir chercher l'homme derrière le chimiste-écrivain. Levi sert un verre de barbera et s'assoit, les mains de quelqu'un qui a longtemps manié des éprouvettes.

Primo, on raconte qu'en 1944 vous avez passé un examen de chimie devant un officier SS. Comment subit-on pareille épreuve ?

Imaginez la scène, mon cher Bellow : moi, Häftling 174517, squelette en haillons, debout devant un docteur en chimie allemand qui me toise comme on examine une bête de somme. Il me pose des questions sur la synthèse, sur les méthodes de Hambourg. Et là, une chose étrange : ma mémoire de Turin remonte, intacte, comme une bouée. Je réponds. Je crois que ce qui l'a frappé n'était pas mon savoir, mais qu'un numéro pût encore raisonner. Cet examen m'a fait entrer au Kommando Chimique de la Buna, à l'abri du gel. Un diplôme passé dans l'enfer m'a probablement sauvé la vie. La science, ce soir-là, ne fut pas une noblesse : ce fut une ration de survie supplémentaire.

Un diplôme passé dans l'enfer m'a probablement sauvé la vie.

Vous portiez donc la blouse blanche jusque dans le Lager. Avez-vous senti, là-bas, que votre métier vous séparait des autres ?

Il me séparait, oui, et cela me pesait. Le laboratoire de la Buna était chauffé ; il y avait des fenêtres, des flacons, un semblant d'ordre humain. Dehors, mes camarades creusaient dans la boue. Je connaissais le prix de cette différence, et je savais qu'elle tenait à un caprice, à une formule retrouvée au bon moment. Je n'en tirais aucune fierté, croyez-moi. Le chimiste que j'étais observait le camp comme un échantillon monstrueux à analyser, et c'est peut-être cette habitude — peser, mesurer, distinguer — qui m'a permis de ne pas sombrer. Survivre ne fut jamais un mérite, seulement une combinaison de hasards. Les meilleurs sont morts ; nous, nous sommes restés pour raconter, ce qui est une dette autant qu'une grâce.

En 1947, Einaudi a refusé Si c'est un homme. Le découragement vous a-t-il jamais fait douter de l'utilité de témoigner ?

Le refus m'a blessé, je l'avoue, mais il n'a pas touché à ma raison d'écrire. J'avais une nécessité presque physique de raconter — au camp déjà, je rêvais de parler et qu'on ne m'écoutât pas. Le livre parut chez un petit éditeur, deux mille cinq cents exemplaires, et il disparut comme une pierre dans un puits. J'ai écrit ce livre pour témoigner, non pour me plaindre. C'est pourquoi j'ai cherché la sobriété, le ton du rapport scientifique : pas de cris, pas d'apitoiement. Je voulais que les faits accusent d'eux-mêmes. Il a fallu attendre 1958 et la réédition pour qu'on l'entende enfin. Vous savez, l'écrivain ressemble au chimiste : il prépare son composé et attend que la réaction se produise, parfois dix ans plus tard.

J'ai écrit ce livre pour témoigner, non pour me plaindre.

Vous qui maniez les mots avec tant de précision, vous avez pourtant écrit que la langue elle-même vous manquait. Comment dit-on l'indicible ?

C'est le paradoxe qui me hante encore. Notre langue manque de mots pour exprimer cette offense, la démolition d'un homme. Les mots « faim », « froid », « peur » signifient autre chose dans nos maisons chauffées que dans le Lager ; ce sont des mots libres, créés par des hommes libres. Là-bas il aurait fallu une langue neuve, et nous ne l'avions pas. Alors j'ai fait ce que fait l'artisan devant un matériau rétif : j'ai travaillé au plus près, sans ornement, en cherchant le mot exact plutôt que le mot fort. La précision était ma seule honnêteté. Mentir par excès d'éloquence aurait trahi les morts. Mieux vaut dire un peu moins, mais juste, que beaucoup et faux.

Après la libération du 27 janvier 1945, votre retour a duré neuf mois. La Trêve en garde un ton presque joyeux — d'où venait cette lumière ?

Quelle absurdité splendide, ce retour ! Libéré par l'Armée rouge, je croyais rentrer en quelques semaines, et l'on m'a promené à travers la Russie blanche, la Roumanie, la Hongrie, dans des trains qui partaient dans le mauvais sens. Or, mon cher Bellow, ce furent des mois de convalescence. J'étais vivant, et chaque visage rencontré — le Grec rusé, les soldats russes débraillés et bons — me réapprenait que le monde n'était pas qu'un camp. Auschwitz m'avait montré le fond de l'homme ; cette errance m'en a montré la fantaisie, la chaleur retrouvée. On l'appelle La Trêve parce que c'était cela : un intervalle suspendu entre l'horreur passée et le poids du souvenir à venir. Je suis rentré à Turin en octobre, plus lourd d'images que de bagages.

Primo Levi
Primo LeviWikimedia Commons, Public domain — Unknown (Mondadori Publishers)

Vous avez dirigé l'usine de vernis SIVA le jour et écrit la nuit. N'était-ce pas une vie partagée en deux, presque déchirée ?

On me pose toujours la question comme s'il y avait là une blessure, et je réponds : c'était au contraire mon équilibre. Le matin, le laboratoire, les contrôles, les problèmes de résine à résoudre ; le soir, dans cet appartement, la machine à écrire. Les deux métiers se nourrissaient. L'usine me gardait les pieds dans la matière, parmi des hommes qui travaillent, loin des vapeurs de la littérature pure. Et la chimie m'a enseigné le style : la chimie est l'art de séparer, peser et distinguer. Un écrivain ne fait pas autre chose. J'ai côtoyé la matière rétive, les réactions qui échouent, et cela m'a appris l'humilité qu'on ne trouve pas dans les livres. Je n'ai jamais voulu choisir : j'aurais perdu une moitié de moi.

La chimie est l'art de séparer, peser et distinguer ; un écrivain ne fait pas autre chose.

Primo, lorsque j'ai écrit que votre Système périodique était le plus beau livre jamais écrit par un chimiste, qu'avez-vous éprouvé ?

J'en fus heureux comme un débutant, et un peu confus aussi — venant d'un romancier tel que vous, le compliment m'engageait. Ce livre, voyez-vous, je le portais depuis toujours. Chaque chapitre y porte le nom d'un élément, et chaque élément raconte une étape de ma vie : l'argon des vieux Juifs piémontais, le fer de l'ami montagnard, le cérium dont une étincelle m'a aidé à survivre au camp. Le tableau de Mendeleïev est pour moi une poésie, une grammaire du monde. Je voulais montrer que la matière a une morale, des affinités, des résistances, exactement comme les hommes. On a longtemps cru la science muette et la littérature bavarde ; j'ai tenté de prouver qu'elles parlent la même langue. Votre phrase, mon ami, m'a confirmé que le pari n'était pas perdu.

Primo Levi (1960)
Primo Levi (1960)Wikimedia Commons, Public domain — AnonymousUnknown author

Dans Les Naufragés et les Rescapés, vous forgez l'idée de « zone grise ». Pourquoi refuser de partager si nettement bourreaux et victimes ?

Parce que la réalité du camp était plus trouble que nos consciences ne le voudraient. On rêve d'un monde où les victimes seraient pures et les bourreaux monstrueux. Or les SS avaient inventé un système diabolique : ils déléguaient une part de leur pouvoir aux prisonniers eux-mêmes. Les Kapos, les hommes des Sonderkommandos, vivaient dans cet espace ambigu où l'on collabore un peu pour survivre encore un jour. La « zone grise » désigne ce territoire-là, ni innocence ni pleine culpabilité. Je me garde de juger ces hommes : qui n'a pas connu la faim absolue ignore ce qu'il aurait fait. Mais comprendre n'est pas absoudre. Je voulais seulement dire au lecteur : ne crois pas trop vite que tu aurais été du bon côté.

Ne crois pas trop vite que tu aurais été du bon côté.

Vous allez encore dans les écoles parler aux jeunes. Que répondez-vous quand un enfant vous demande comment cela fut possible ?

Un élève, justement, m'a posé un jour cette question avec une candeur désarmante : comment des hommes ont-ils pu commettre cela ? Je lui ai répondu ce que je crois profondément : c'est précisément parce qu'ils étaient des hommes ordinaires. Non des démons sortis de l'enfer, mais des fonctionnaires, des pères de famille, des gens comme nous, qui ont obéi, se sont habitués, ont cessé de penser. Voilà ce qui devrait nous terrifier. Le monstre rassure parce qu'il est rare ; l'homme ordinaire inquiète parce qu'il est partout. C'est pourquoi je répète à ces enfants que cela est arrivé, donc que cela peut revenir. Chaque génération doit rester en éveil. Mon témoignage n'a de sens que s'il les rend, eux, un peu plus vigilants que nous ne l'avons été.

Quarante ans ont passé. Craignez-vous, Primo, que la mémoire elle-même finisse par trahir ce que vous avez vu ?

C'est ma plus grande crainte, et j'en ai fait le sujet de mon dernier livre. La mémoire humaine est un instrument merveilleux mais fallacieux ; les souvenirs ne sont pas gravés dans la pierre, ils s'effacent, se déforment, s'enrichissent parfois de détails empruntés. Je le sais comme chimiste : aucune trace n'est stable. Voilà pourquoi le témoin doit se méfier de lui-même autant que des négateurs. J'ai écrit, encore et encore, non pour fixer ma propre légende, mais pour laisser un document que d'autres pourront vérifier quand nous, les survivants, aurons disparu — et nous disparaissons. Le danger n'est pas seulement qu'on nie ; c'est qu'on oublie, doucement, par lassitude. Tant que je tiens cette machine à écrire, je lutte contre cet effacement. C'est, je crois, la seule victoire qui me reste.

La mémoire humaine est un instrument merveilleux mais fallacieux.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Primo Levi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.