Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Primo Levi

par Charactorium · Primo Levi (1919 — 1987) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Deux jeunes visiteurs, douze ans chacun, sont venus avec leur classe rencontrer un vieux monsieur de Turin. Il les attend dans son appartement, près de sa machine à écrire. Il s'appelle Primo Levi, et il a promis de tout leur raconter, doucement.

Vous aviez quel âge quand vous avez passé l'examen de chimie devant le soldat ?

J'avais vingt-quatre ans, mon enfant. C'était en 1944, à Auschwitz-Monowitz. Imagine un examen d'école, mais où ta vie dépend de la note. Un officier SS m'a interrogé sur la chimie, debout, glacé, affamé. J'ai répondu comme un étudiant sage. Et tu sais quoi ? Ça m'a sauvé. On m'a pris dans le Kommando Chimique, c'est-à-dire l'équipe qui travaillait au laboratoire de l'usine. Là, on avait un peu moins froid, un peu moins de coups. Ma blouse blanche, mes formules apprises à l'université de Turin — tout ça, soudain, me protégeait. La science que j'aimais est devenue un toit au-dessus de ma tête.

La science que j'aimais est devenue un toit au-dessus de ma tête.

Et après la guerre, vous avez continué à faire de la chimie pour de vrai ?

Oui, et longtemps ! Pendant près de trente ans, j'ai travaillé dans une usine de vernis et de peintures, près de Turin, jusqu'en 1975. Je finissais même directeur technique, tu te rends compte ? Le matin, je mettais ma blouse, je faisais mes contrôles, je résolvais des problèmes de fabrication. C'était concret, on touchait la matière avec les mains. Et puis le soir, rentré chez moi, je devenais écrivain. Je m'asseyais à ma machine à écrire et je racontais. Deux vies dans un seul homme, tu vois. Le chimiste et le conteur. Ils ne se gênaient pas : au contraire, le premier donnait au second sa façon claire et précise de dire les choses.

Ça a duré combien de temps pour rentrer chez vous après le camp ?

Neuf mois ! Imagine un peu : neuf mois pour faire un voyage qui devrait prendre quelques jours. Quand l'Armée rouge a libéré le camp, le 27 janvier 1945, j'étais libre, mais perdu au milieu d'une Europe cassée. Les trains partaient n'importe où, s'arrêtaient des semaines. Je suis passé par la Russie, la Roumanie, la Hongrie, avec d'autres rescapés. On dormait où on pouvait, on cherchait à manger. Je ne suis rentré à Turin qu'en octobre. Plus tard, j'ai raconté tout ça dans un livre, La Trêve. C'était comme un long détour bizarre entre l'enfer et la maison.

C'était triste tout le temps, ce voyage de retour ?

Non, pas tout le temps, et c'est ça qui est étrange. Il y avait du malheur, bien sûr. Mais aussi des rencontres drôles, des gens hauts en couleur, des marchés bruyants. Un peu comme une grande aventure cabossée. Tu sais, quand on revient de l'enfer, voir simplement un cheval, un champ vert, un enfant qui joue, ça redonne le goût de vivre. En même temps, il y avait une douleur que les mots n'attrapaient pas. J'ai écrit un jour que « notre langue manque de mots pour exprimer cette offense, la démolition d'un homme ». Voilà : parfois je riais sur la route, et parfois aucun mot ne suffisait.

Pourquoi vous avez donné des noms de chimie aux chapitres de votre livre ?

Ah, Le Système périodique ! Tu as déjà vu ce grand tableau accroché dans une salle de sciences, avec toutes les petites cases ? Chaque case, c'est un élément : le fer, l'or, l'argon... À chaque élément, j'ai associé une histoire de ma vie. Le fer pour un ami courageux, l'or pour un souvenir précieux. Pour moi, chaque matière a un caractère, comme une personne. Je disais que « la chimie est l'art de séparer, peser et distinguer » — et raconter sa vie, c'est pareil. Un écrivain américain célèbre a même dit que c'était le plus beau livre jamais écrit par un chimiste. Ça m'a beaucoup touché, je l'avoue.

Chaque matière a un caractère, comme une personne.
Primo Levi
Primo LeviWikimedia Commons, Public domain — Unknown (Mondadori Publishers)

Vous préfériez quoi, être chimiste ou écrivain ?

Quelle bonne question ! Mais je ne pouvais pas choisir, tu sais. Pendant la journée, j'étais à l'usine, dans l'odeur des vernis, au milieu de mes collègues. J'aimais ça : c'était solide, utile, ça marchait ou ça ne marchait pas. Et le soir, dans mon appartement du Corso Re Umberto, là où j'étais né, je m'installais devant ma machine à écrire. J'écrivais la nuit, le week-end, en plus de mon métier. Les deux se nourrissaient. Sans la chimie, je n'aurais pas survécu au camp ni appris à observer si précisément. Sans l'écriture, je n'aurais pas pu transmettre. Un homme peut avoir deux mains : une pour faire, une pour raconter.

Vous avez écrit votre premier livre pour vous venger des Allemands ?

Non, mon enfant. Pas pour me venger. Si c'est un homme, je l'ai écrit pour témoigner, pas pour me plaindre. C'est très différent. Me venger, ça aurait fait de moi quelqu'un de plein de haine. Témoigner, ça veut dire : je raconte exactement ce que j'ai vu, calmement, pour que les autres sachent et n'oublient jamais. J'ai choisi un récit sobre, sans cris, presque comme un rapport. Et tu sais, ce calme-là frappe plus fort que la colère. Le livre commençait par une phrase aux gens bien au chaud chez eux, pour qu'ils se demandent : « considérez si c'est un homme ». Raconter, pour moi, c'était ma façon de résister.

J'ai écrit pour témoigner, pas pour me plaindre.

C'est vrai que personne ne voulait publier votre livre au début ?

C'est vrai, et ça m'a fait de la peine. En 1947, j'ai proposé mon manuscrit à un grand éditeur, Einaudi. Il l'a refusé. Imagine : tu reviens de l'enfer, tu poses ton témoignage sur la table, et on te dit non. Un petit éditeur l'a finalement publié, à seulement deux mille cinq cents exemplaires. Presque personne ne l'a lu. Le livre a dormi des années. Puis, en 1958, on l'a réédité, et là, d'un coup, le monde entier l'a découvert. Traduit partout. Leçon de patience, tu vois : une vérité qu'on n'écoute pas tout de suite peut attendre son heure et finir par parler à tous.

Primo Levi (1960)
Primo Levi (1960)Wikimedia Commons, Public domain — AnonymousUnknown author

C'est quoi la « zone grise » dont vous parlez dans vos livres ?

Tu touches là quelque chose de difficile, mais je vais essayer simplement. Dans les camps, il n'y avait pas que des méchants tout noirs et des gentils tout blancs. Entre les deux, il y avait une zone grise. Certains prisonniers recevaient un petit pouvoir : surveiller les autres, distribuer la soupe. En échange, ils survivaient un peu mieux. Étaient-ils coupables ? Pas vraiment. Innocents ? Pas tout à fait. Ils étaient pris au piège. J'ai écrit ça dans mon dernier livre, Les Naufragés et les Rescapés, en 1986. Je voulais qu'on comprenne : juger est facile depuis une chaise chaude. Là-bas, tout était trouble, et c'est justement ce trouble qu'il faut regarder en face.

Pourquoi vous dites qu'il faut faire attention, qu'on oublie ?

Parce que la mémoire est fragile, mon enfant. Je l'ai écrit ainsi : « la mémoire humaine est un instrument merveilleux mais fallacieux ». Fallacieux, ça veut dire qu'elle nous trompe parfois. Nos souvenirs ne sont pas gravés dans la pierre. Avec les années, ils s'effacent un peu, ou se déforment sans qu'on le sache. C'est pour ça que j'ai voulu tout écrire vite, précisément, comme un chimiste note ses observations. Un livre, lui, ne s'use pas comme un souvenir. Il garde la trace exacte. Vous, les jeunes, vous êtes la mémoire de demain. Si vous lisez et vous souvenez, alors ce qui s'est passé ne pourra pas être effacé en douce.

Comment des gens normaux ont pu faire des choses aussi horribles ?

C'est la question la plus importante que tu pouvais me poser. Un jour, dans une école comme la tienne, un élève me l'a demandée. Je lui ai répondu une chose qui dérange : justement parce que c'étaient des gens ordinaires. Pas des monstres venus d'ailleurs. Des hommes comme toi et moi, qui ont obéi, baissé les yeux, suivi le mouvement. Voilà pourquoi le pire peut toujours revenir, à chaque génération. Ce n'est pas pour te faire peur que je dis ça. C'est pour t'armer. Apprends à dire non quand tout le monde dit oui. Reste éveillé, curieux, libre dans ta tête. Tant qu'il y aura des enfants qui posent ces questions, je serai tranquille.

Apprends à dire non quand tout le monde dit oui.
Voir la fiche complète de Primo Levi

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Primo Levi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.