Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Rābiʿa al-ʿAdawiyya

par Charactorium · Rābiʿa al-ʿAdawiyya (vers 717 — 801) · Spiritualité · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Bassorah, à l'heure où les marchés se vident et où le fleuve renvoie les dernières lueurs du jour. Dans une demeure de briques crues, presque nue, une femme au vêtement de laine grossière nous reçoit, sa lampe à huile déjà allumée pour la nuit qui vient. On dit que les savants de la ville font la queue à sa porte ; ce soir, c'est à nous qu'elle parle.

Comment êtes-vous passée de la condition d'esclave à celle que les gens appellent aujourd'hui une amie de Dieu ?

Je suis née pauvre, dans une famille de la tribu des ʿAdawiyya, et l'enfance m'a vendue. J'appartenais à un maître comme la cruche de terre appartient à la main qui la remplit. Une nuit que je priais, une clarté s'est posée sur moi sans que j'y sois pour rien — je veillais, simplement, comme je l'ai toujours fait. Mon maître, réveillé, a vu cette lumière et il a tremblé ; au matin il m'a affranchie. Alors je suis partie vers le désert de Bassorah, là où l'on se dépouille de soi comme on quitte un manteau. Comprenez-moi : je n'ai pas conquis ma liberté, je l'ai reçue. On ne devient pas waliyya, amie de Dieu ; on Le laisse vous prendre.

On ne devient pas amie de Dieu ; on Le laisse vous prendre.

On raconte que l'on vous a vue courir dans les rues une torche dans une main, un seau d'eau dans l'autre. Que cherchiez-vous à faire ?

Vous l'avez entendu, donc, jusque chez vous. Je voulais de cette torche mettre le feu au Paradis, et de ce seau d'eau noyer l'Enfer. Que les gens cessent enfin ! Ils prient comme on marchande au souk de Bassorah : tant de prosternations contre tant de récompense, tant de jeûnes contre l'assurance d'échapper aux flammes. C'est encore un commerce, et le commerce n'a rien à faire entre l'âme et son Seigneur. Si le Paradis n'existait plus pour appâter, si l'Enfer ne menaçait plus pour effrayer, qui resterait à aimer Dieu pour Lui seul ? Ceux-là sont mes frères. La maḥabba, l'amour vrai, commence exactement là où s'éteint le calcul.

Ils prient comme on marchande au souk : tant de prosternations contre tant de récompense.

Beaucoup trouvent ce geste scandaleux. Ne craignez-vous pas de détourner les croyants de la crainte de Dieu, qui les tient droits ?

La crainte est un bâton bon pour l'enfant qui ne sait pas encore marcher. Je ne la méprise pas — elle a sa place au premier pas du chemin. Mais voudriez-vous mourir en tenant encore le bâton ? L'amour, lui, n'a besoin d'aucune menace. Quand j'allume ma lampe à huile le soir, je ne l'allume pas de peur de l'obscurité : je l'allume parce que la lumière m'est douce. Ainsi de Dieu. Celui qui Le sert par terreur sert en réalité sa propre peau ; celui qui Le sert par espoir sert sa propre convoitise. Moi, je voudrais qu'il ne reste rien entre Lui et moi — pas même le souci de mon salut.

La crainte est un bâton bon pour l'enfant qui ne sait pas encore marcher.

Vous parlez d'aimer Dieu pour Lui-même. Comment formulez-vous cela quand vous Lui parlez dans la nuit ?

La nuit est mon heure véritable. Quand le soleil tombe et que Bassorah se tait, je déroule mon tapis de prière et je reste là jusqu'à ce que l'aube blanchisse le seuil, à pleurer et à supplier. Ce que je Lui dis, je l'ai dit mille fois : si je T'adore par crainte de l'Enfer, brûle-moi en Enfer ; si je T'adore pour le Paradis, prive-m'en ; mais si je T'adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle. Ces paroles que mes disciples nomment munājāt, conversations intimes, ne sont pas un poème que j'aurais composé. Elles montent toutes seules, comme l'eau cherche la pente. Le jour, je reçois les hommes ; la nuit, je ne reçois plus que Lui.

Le jour, je reçois les hommes ; la nuit, je ne reçois plus que Lui.

Que se passe-t-il en vous, exactement, durant ces longues veilles ?

On me dit qu'une clarté éclaire parfois ma chambre durant ces heures — je ne la vois pas moi-même, je suis ailleurs. Il arrive un moment, dans le dhikr, quand on a répété les noms de Dieu jusqu'à n'être plus que ce souffle, où le ḥijāb se déchire un instant — ce voile qui sépare l'âme de Sa présence. Alors je ne sais plus si c'est moi qui prie ou Lui qui prie en moi. Les soufis appellent cela fanāʾ, l'anéantissement : la goutte cesse de se compter quand elle tombe dans la mer. Je ne demande rien dans ces moments-là. J'ai honte de demander à Dieu les choses de ce monde ; comment, alors, en demanderais-je à un autre que Lui ?

La goutte cesse de se compter quand elle tombe dans la mer.

Des hommes considérables vous ont demandée en mariage, jusqu'au gouverneur de Bassorah. Pourquoi les avoir tous éconduits ?

Le gouverneur lui-même, oui, et des hommes de savoir et de bien. Je ne les ai pas méprisés ; je leur ai posé une seule question, à laquelle aucun n'a su répondre : pouvez-vous me promettre de vivre toujours ? Car le mariage lie deux êtres pour le temps de cette vie, et moi je suis déjà liée, tout entière, à Celui qui ne meurt pas. Mon contrat est signé ailleurs. Prendre un époux, c'est partager le cœur, et le mien n'a pas de seconde chambre où loger un autre amour. Ce n'est pas du dédain pour les hommes — c'est que mon cœur est déjà plein, et qu'on ne verse pas dans une coupe pleine.

Pouvez-vous me promettre de vivre toujours ? Aucun n'a su répondre.

Vous vivez dans le dénuement le plus complet et refusez les présents des riches. N'est-ce pas une dureté que vous vous imposez sans nécessité ?

Regardez autour de vous : un tapis, une lampe, une cruche, et rien d'autre. Mon pain est d'orge, mes dattes comptées, mon eau du fleuve — la nourriture des plus pauvres de Bassorah, et elle me suffit. On m'apporte des mets et des étoffes ; je les renvoie. Ce que les soufis nomment zuhd, le renoncement, n'est pas une mortification que je m'inflige par orgueil. C'est un allègement. Chaque bien que je refuse est une chaîne de moins entre Lui et moi. Mon vêtement de laine rêche, le ṣūf d'où nous tirons notre nom, me rappelle à chaque instant que je n'ai à plaire à personne. Le pauvre volontaire est le plus libre des hommes : il n'a plus rien à perdre, donc plus rien à craindre.

Chaque bien que je refuse est une chaîne de moins entre Lui et moi.

Le grand Ḥasan al-Baṣrī venait vous consulter et reconnaissait votre supériorité spirituelle. Comment vivez-vous d'être ainsi écoutée, vous, une femme ?

Ḥasan est un maître vénérable, et qu'il franchisse mon seuil pour s'asseoir et écouter, je le reçois comme un frère sur le chemin, non comme un disciple à mes pieds. Devant Dieu il n'y a ni homme ni femme, ni savant ni esclave affranchie : il n'y a que des cœurs, plus ou moins tournés vers Lui. L'après-midi, ma porte s'ouvre ; viennent des savants, des ascètes, des chercheurs de vérité. Je ne leur enseigne pas un livre — je ne suis pas de ceux qui connaissent Dieu par les pages. Je suis une ʿārifa, si l'on veut : celle qui Le connaît par expérience, comme on connaît le goût du miel sans pouvoir le décrire à qui n'y a jamais goûté.

On connaît le goût du miel sans pouvoir le décrire à qui n'y a jamais goûté.

Bassorah est en ce moment un grand carrefour de savants et de débats. Que pensez-vous de tous ces docteurs qui disputent sur la nature de Dieu ?

Notre ville bouillonne, c'est vrai. Depuis que les Abbassides ont porté le califat vers Bagdad, les routes charrient autant d'idées que de marchandises, et Bassorah s'emplit de gens qui discutent de Dieu comme on discute du prix du grain. Je les laisse à leurs subtilités. On peut passer sa vie à débattre des attributs divins sans jamais une nuit Le supplier en pleurant. À quoi sert de prouver l'existence de l'Aimé si l'on ne brûle pas de Le rejoindre ? Le savant qui n'aime pas est comme l'homme qui décrit la mer à perfection sans avoir jamais mouillé ses pieds. Je préfère une larme versée dans la nuit à mille pages de controverse.

Je préfère une larme versée dans la nuit à mille pages de controverse.

Pour finir : si vous saviez que l'on vous lirait encore dans un siècle, dans des terres lointaines, que voudriez-vous léguer ?

Je n'écris pas pour durer ; ce que je dis monte vers Lui, pas vers la postérité. Mais si, par impossible, ma voix devait traverser le temps — qu'elle ne porte qu'une seule chose. Que l'on cesse de marchander avec le Ciel. Le cœur qui aime et la langue qui loue sont deux dons qu'Il m'a faits ; que pourrais-je donc Lui offrir qui vienne vraiment de moi ? Rien, sinon de Le vouloir Lui, et non Ses jardins ni Ses récompenses. Si un être, dans cent ans, apprend grâce à moi à éteindre en lui la peur et l'avidité pour n'aimer que la beauté éternelle, alors ma lampe n'aura pas brûlé pour rien.

Que l'on cesse de marchander avec le Ciel.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Rābiʿa al-ʿAdawiyya. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.