Interview imaginaire avec Romulus et Rémus
par Charactorium · Romulus et Rémus · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au pied du Palatin, près de la Roma Quadrata encore neuve, que je retrouve Romulus un matin du printemps 753 av. J.-C., peu après qu'il eut creusé le sillon fondateur. L'odeur de la terre retournée par l'araire flotte encore, et l'on entend les bergers conduire les troupeaux vers le Tibre. Moi, Numa, qui devrai un jour perpétuer ses rites et son pomerium, je viens écouter celui qui a tracé les murs avant que je n'aie à les garder. Il s'assoit sur une borne de la frontière sacrée, le paludamentum encore poussiéreux.
—Romulus, avant la cité il y eut la Lupa. Toi qui devras un jour me confier tes rites, dis-moi : que sais-tu vraiment de cette grotte du Tibre ?
On nous exposa, Rémus et moi, sur les eaux du Tibre parce qu'on craignait notre sang — celui de Mars et d'une vestale. Le fleuve, au lieu de nous engloutir, nous déposa contre la rive. C'est là, sous le Palatin, dans la grotte du Lupercal, qu'une louve vint nous offrir ses mamelles. Je ne me souviens pas de sa chaleur, mais les bergers qui nous recueillirent l'ont jurée toute leur vie. Cette bête féroce devenue douce, vois-tu, Numa, ce n'est pas une fable que je raconte aux enfants : c'est le signe que les dieux voulaient deux survivants pour une cité. La louve restera gravée sur nos enseignes tant que Rome tiendra.
Le fleuve, au lieu de nous engloutir, nous déposa contre la rive.
—Tu parles de Rémus au passé. Quand vous étiez deux enfants nourris par la même louve, imaginais-tu qu'un seul tracerait ces murs ?
Jamais. Nous avons grandi côte à côte chez le berger Faustulus, partageant le même pain et les mêmes coups. Quand nous avons résolu de fonder une ville, nous étions encore frères en tout. Mais deux ne peuvent tracer qu'un seul sillon, Numa. Les dieux nous l'ont fait comprendre par le vol des oiseaux : sur l'Aventin, Rémus en vit six ; sur le Palatin, j'en vis douze. Le ciel avait choisi. Je crois encore que la louve nous avait sauvés tous les deux pour qu'un seul règne et l'autre serve d'avertissement. C'est dur à dire d'un frère que l'on a aimé.
Deux ne peuvent tracer qu'un seul sillon.
—Ce sillon, justement. Toi qui me devances d'un règne, explique-moi le geste : pourquoi l'araire, pourquoi ici, sur cette colline ?
J'ai attelé un taureau blanc et une vache blanche à l'araire, et j'ai poussé le soc dans la terre du Palatin en suivant le cours du ciel. Là où devaient s'ouvrir les portes, je soulevais la charrue pour interrompre le sillon — car ce que le soc retourne devient sacré, intouchable. Ce trait creusé, c'est le pomerium, la frontière que nul ne franchit en armes. Tu hériteras de cette ligne, Numa, et tu devras la respecter mieux que quiconque. Ce n'est pas un fossé de défense : c'est une limite que les dieux gardent. La terre soulevée par cet araire vaut plus que tous nos remparts de pierre.
Ce que le soc retourne devient sacré, intouchable.
—Et pourtant ce sillon sacré, ton propre frère l'a franchi. Romulus, raconte-moi ce jour — moi qui devrai faire respecter ces mêmes limites.
Rémus a sauté par-dessus mon mur naissant, par mépris, pour railler la faiblesse d'un rempart à peine levé. À cet instant je n'ai plus vu mon frère : j'ai vu la frontière violée, l'augure bafoué, la cité menacée dans sa première heure. Je l'ai frappé. Ainsi périsse quiconque franchira mes murs. Crois-moi, Numa, aucune nuit ne m'a été plus lourde, car j'ai versé le sang du seul homme qui avait bu le même lait que moi. Mais une cité fondée sur la pitié d'un frère n'aurait pas tenu un hiver. Le pomerium devait coûter cher pour être respecté à jamais.
Ainsi périsse quiconque franchira mes murs.
—On murmure plusieurs versions de cette mort. Toi qui l'as vécue, ne crains-tu pas que les hommes te jugent fratricide plutôt que fondateur ?
Qu'ils murmurent. Certains diront que c'est un lieutenant, Céler, qui porta le coup, d'autres que la querelle naquit des augures. Je ne me cacherai pas derrière ces récits : la responsabilité d'un roi ne se partage pas. J'ai choisi la cité contre le sang. Tu verras, Numa, qu'un fondateur n'a pas le luxe de l'innocence — il porte une faute pour que mille générations vivent en paix. Si l'on se souvient de moi comme du frère qui tua, qu'on se souvienne aussi que ce mort fit de Rome une ville inviolable. Je préfère le remords du roi à l'oubli de l'homme tendre.
Un fondateur n'a pas le luxe de l'innocence.

—Une fois les murs debout, ils étaient vides. Comment as-tu peuplé cette cité naissante, toi qui me la lègues à gouverner ?
Une ville sans femmes est une ville sans lendemain, Numa. J'ouvris d'abord un asile sur le Capitole où vinrent fugitifs, bergers sans terre et hommes sans cité — voilà mon premier peuple. Mais il leur fallait des épouses, et nos voisins nous refusaient leurs filles. Alors, lors des fêtes en l'honneur de Neptune, j'invitai les Sabins avec leurs familles, et au signal mes hommes enlevèrent leurs jeunes filles. Ce fut violent, je ne le nie pas. Mais de cette épreuve naquit une alliance : les Sabins devinrent romains, et leur roi Titus Tatius régna un temps à mes côtés. Une cité se peuple comme elle se fonde — dans la douleur, puis dans le pacte.
Une ville sans femmes est une ville sans lendemain.
—Tu me laisseras un Sénat et des tribus. Pourquoi avoir partagé ton pouvoir de roi alors que tu pouvais tout garder ?
Parce qu'un roi seul meurt avec sa cité, Numa. J'ai choisi cent anciens, les patres, pour me conseiller et porter la mémoire de Rome — c'est le Sénat, dont tu sentiras le poids quand tu régneras. J'ai divisé le peuple en trois tribus, les Ramnes, les Titienses et les Luceres, pour que chaque homme connaisse sa place et son devoir. J'ai donné aux plus grands des cavaliers, les celeres, pour ma garde. Un fondateur ne bâtit pas seulement des murs : il bâtit un ordre qui survit à son corps. Toi, tu y ajouteras les rites et la paix ; moi, je t'ai laissé l'ossature. Garde le Sénat — il est le cœur qui battra quand le roi se taira.
Un fondateur ne bâtit pas seulement des murs : il bâtit un ordre qui survit à son corps.

—On dit que tu conserves des boucliers tombés du ciel. Romulus, quel est ce mystère que je devrai garder après toi ?
Un bouclier nous est tombé du ciel, un ancile, signe que les dieux protègent Rome tant qu'on le conservera. Mais un trésor que tous reconnaissent est un trésor qu'on peut voler. Aussi ai-je fait forger des copies identiques, mêlées à l'original, afin que nul ne sache lequel est le vrai — et que nul ne puisse l'enlever à la cité. Tu prendras soin de ce culte, Numa, toi qui aimes les rites plus que les armes : confie ces boucliers à des prêtres qui les porteront en procession. Tant que les ancilia danseront dans Rome, la ville tiendra. C'est moins une arme qu'une promesse du ciel qu'il te faudra garder secrète.
Un trésor que tous reconnaissent est un trésor qu'on peut voler.
—Tu parles comme un homme qui prépare son départ. Romulus, sens-tu que les dieux te rappellent bientôt à eux ?
Je le sens, Numa. Mars, mon père, ne laissera pas son fils vieillir comme un berger. Un jour, peut-être au Champ de Mars lors d'une revue de l'armée, le ciel s'obscurcira, une tempête se lèvera, et l'on ne me retrouvera plus parmi les vivants. Que les hommes ne crient pas au meurtre : c'est une élévation, non une fin. J'ai accompli ma part — j'ai donné à Rome ses murs, son peuple, son Sénat. Le reste t'appartiendra, à toi et à ceux qui viendront. Un fondateur ne meurt pas : il quitte la terre pour veiller d'en haut. Prépare-toi, car celui qui me succédera devra apaiser ce que j'ai fondé dans la guerre.
Un fondateur ne meurt pas : il quitte la terre pour veiller d'en haut.
—Et si l'on te vénérait après cette disparition ? Comment veux-tu que Rome se souvienne de toi quand je régnerai à ta place ?
Qu'on ne pleure pas un mort, mais qu'on honore un dieu. Si je disparais dans la tempête, dis au peuple que Romulus est monté chez les immortels, et qu'il veillera sur Rome sous un nom nouveau. Qu'on m'élève un culte, qu'on me nomme Quirinus, et que ce nom protège la cité des Quirites. Toi, Numa, tu sauras mieux que moi mêler les hommes aux dieux — c'est ton génie, là où le mien fut le glaive et le sillon. Fais de ma mémoire un rite, et Rome ne distinguera plus l'histoire de la légende. Ainsi je continuerai de régner, non plus par les armes, mais par la foi de ceux qui invoqueront mon nom.
Qu'on ne pleure pas un mort, mais qu'on honore un dieu.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Romulus et Rémus. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


