Interview imaginaire avec Roxane
par Charactorium · Roxane (346 av. J.-C. — 309 av. J.-C.) · Politique · Société · Militaire · 5 min de lecture

Nous rencontrons Roxane dans l'enceinte close d'Amphipolis, où Cassandre la retient avec son fils depuis que la citadelle de Macédoine est retombée sous sa coupe. Entre ces murs, loin des montagnes de Sogdiane qui l'ont vue naître, elle accepte de revenir sur les années qui l'ont menée de captive d'une roche imprenable à mère d'un roi-enfant disputé par tout un empire.
—Comment vous êtes-vous rencontrés, Alexandre et vous, lors de la prise de la Roche Sogdienne ?
Je revois la poussière retombée après l'assaut, quand les hommes du roi macédonien parurent au sommet de notre roche, là où mon père Oxyartès jurait qu'aucun assaillant ne monterait jamais, sauf muni d'ailes. J'étais parmi les femmes réfugiées dans la forteresse, prête à connaître le sort réservé aux vaincues. Mais l'homme qui entra dans la salle ne regarda pas une captive : il me regarda, moi, fille de Sogdiane. On aurait pu me traiter selon la coutume des conquérants. Il n'en fit rien. Ce jour-là, dans la poussière et la peur, quelque chose d'inattendu commença — non une reddition, mais une rencontre.
Il aurait pu me traiter selon la coutume des conquérants. Il n'en fit rien.
—Pourquoi pensez-vous qu'il ait choisi de vous épouser plutôt que de vous traiter comme une simple captive ?
Je ne peux prêter mes pensées à celles d'un roi mais je peux dire ce que j'ai vu : il aurait pu m'enfermer parmi les femmes de son camp comme butin de guerre, cela se faisait, personne n'aurait protesté. Il choisit un autre chemin : un mariage, avec les rites dus à une princesse. Peut-être voulait-il apaiser mon père et les seigneurs de Bactriane, qui ne pliaient devant aucune armée. Peut-être aussi ai-je vu dans son regard quelque chose que je n'attendais pas d'un conquérant : une forme d'étonnement devant moi. Je ne saurai jamais démêler chez lui le calcul de la sincérité. Les deux, je crois, marchaient ensemble.
—Racontez-nous la cérémonie de votre mariage à Bactra.
À Bactra, on ne maria pas seulement un homme et une femme, on maria deux mondes. Devant les seigneurs macédoniens et les nobles bactriens réunis, on apporta un pain, et Alexandre le coupa d'un coup d'épée pour m'en offrir une moitié — un rite de mon pays, que ses propres compagnons regardaient avec des yeux ronds. Je portais le diadème d'or et de lapis-lazuli qui avait été celui des femmes de ma famille, et lui les insignes de sa royauté conquise. Autour de nous, les mots grecs et les mots bactriens se mêlaient dans un même murmure, cette langue commune, la koinè, que tous apprenaient à parler malgré eux. Ce jour-là, j'ai compris que je n'épousais pas seulement un roi, mais un empire encore à inventer.
Je n'épousais pas seulement un roi, mais un empire encore à inventer.
—Comment avez-vous vécu le passage de la cour bactrienne à la cour macédonienne — la langue, les coutumes ?
Ce fut un apprentissage de chaque heure. J'avais grandi dans le respect de la proskynèse, ce geste de prosternation dû au roi que mon peuple tenait pour naturel ; à la cour macédonienne, ce même geste faisait se raidir les généraux, qui n'y voyaient qu'humiliation. J'ai appris à me taire sur ce point. J'ai appris aussi le grec de la koinè, mot après mot, pour ne pas toujours dépendre d'un interprète quand un régent me parlait. Les banquets furent une autre école : les femmes macédoniennes n'y paraissaient guère, mais on me réservait une place, à la fois honneur et surveillance. Je n'ai renié ni Bactra ni mes rites ; j'ai seulement appris à porter deux mondes sans en laisser tomber aucun.
—Où étiez-vous quand vous avez appris la mort d'Alexandre à Babylone ?
J'étais à Babylone même, dans les murs du palais, lourde de l'enfant que je portais. La nouvelle a couru avant qu'on ose me la dire en face : les généraux se regardaient, les uns déjà avides, les autres simplement perdus, comme des hommes sans nord. J'ai compris ce jour-là qu'une reine enceinte, veuve d'un roi sans héritier reconnu, valait à la fois un espoir et une menace pour chacun d'eux. Je n'ai pas pleuré devant eux. J'ai posé la main sur mon ventre et j'ai su que ce qui restait d'Alexandre en ce monde grandissait là, invisible encore à tous sauf à moi.

—Que représente pour vous la naissance de votre fils, quelques semaines après cette mort ?
Mon fils est né dans le deuil et je l'ai vu, dès son premier souffle, devenir davantage qu'un enfant : un enjeu que les Macédoniens proclamèrent aussitôt roi conjoint aux côtés de Philippe Arrhidée, le demi-frère d'Alexandre, un homme que la nature avait laissé simple d'esprit. Deux rois donc, un nourrisson et un innocent, pour tenir un empire immense. Je le regardais dormir et je pensais à mon père, à la Roche Sogdienne, à tout ce chemin depuis les montagnes jusqu'à ce berceau de Babylone. Je n'ai jamais cru qu'on me laisserait simplement l'élever en paix. Une mère de roi, dans ce monde de généraux, n'est jamais seulement une mère.
—On vous accuse d'avoir fait assassiner Stateira II. Que répondez-vous ?
Je ne le nierai pas devant vous. Après Suse, où Alexandre avait épousé Stateira, fille de Darius, pour sceller sa légitimité perse, deux femmes portaient en elles la possibilité d'un héritier du même sang royal. Une seule pouvait rester. Vous appelez cela un crime ; j'appelle cela la loi silencieuse de toutes les cours que j'ai connues, depuis la Sogdiane jusqu'à Babylone : on ne laisse pas grandir le rival de son fils par scrupule. Je n'ai pas agi dans la haine, je l'ai fait dans le froid calcul d'une mère qui savait qu'aucun régent, aucun général, ne protégerait mon enfant si je ne commençais pas moi-même par écarter ce danger. On ne me pardonnera peut-être jamais ce geste. Je l'ai commis les yeux ouverts.
On ne laisse pas grandir le rival de son fils par scrupule.

—Comment jugez-vous aujourd'hui les mariages de Suse et cette rivalité qui en est née ?
Alexandre croyait, à Suse, unir pour toujours les sangs grec et perse en multipliant les mariages de ses officiers avec des femmes de haute naissance orientale. Une politique, disent certains ; un rêve, je crois plutôt. Mais un rêve de roi devient, à sa mort, un champ de ruines pour les femmes qu'il a mariées : Stateira et moi n'avions rien choisi de cette rivalité, nous l'avons héritée le jour où il a cessé de respirer. Je ne lui en veux pas d'avoir voulu fondre deux mondes en un seul lit ; je lui en veux, peut-être, de n'avoir rien prévu pour le jour où il ne serait plus là pour arbitrer entre nous.
—Sept années durant, vous avez navigué entre les généraux d'Alexandre. Comment avez-vous survécu à ces jeux de pouvoir ?
J'ai appris les noms des régents comme on apprend les noms des tempêtes : Perdiccas d'abord, puis le partage de Triparadisos qui nous confia, mon fils et moi, à la tutelle d'Antipater, puis Olympias, la mère d'Alexandre, qui pour un temps nous protégea en Macédoine avec une fureur que je comprenais trop bien. Chacun de ces hommes voyait dans mon fils soit un roi à servir, soit un obstacle à faire disparaître, et moi je n'étais que le chemin obligé vers l'un ou vers l'autre. Je n'avais ni armée ni satrapie à moi ; j'avais seulement la patience, le silence au bon moment, et la certitude que tant que je vivais, mon fils avait encore une chance d'être davantage qu'un souvenir.
Je n'avais ni armée ni satrapie à moi ; j'avais seulement la patience.
—Que ressentez-vous aujourd'hui, ici à Amphipolis, en pensant à l'avenir de votre fils ?
Cassandre nous garde ici, dans cette citadelle de Macédoine, loin des montagnes de Sogdiane où tout commença. Je regarde mon fils grandir entre ces murs et je ne sais s'il verra jamais le trône que tant d'hommes se sont disputé en son nom. On m'a ôté Olympias, qui fut notre dernier rempart ; il ne reste que moi, et la patience qui m'a portée depuis la Roche Sogdienne. Je pense parfois au pain coupé à l'épée, le jour de mon mariage à Bactra, à ce que ce geste promettait d'union entre deux mondes. Je ne sais pas ce que les hommes diront de moi, mère d'un enfant-roi né dans la mort de son père. Je sais seulement que tant que je respire, je veille.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Roxane. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


