Interview imaginaire avec Set
par Charactorium · Set · Mythologie · Spiritualité · Culture · 7 min de lecture

Le vent de sable s'est levé au crépuscule, quelque part entre Ombos et les dunes rouges qui bordent le Nil. Là où la Terre Noire cède à la Terre Rouge, une silhouette à la tête étrange, longues oreilles droites et museau incurvé, se tient face au couchant. Set a accepté de parler, à l'heure incertaine où le soleil s'apprête à plonger dans le monde d'en bas.
—Comment décririez-vous le territoire qui est le vôtre, ce désert que les hommes redoutent ?
Regarde autour de toi : voilà le deshret, la Terre Rouge, mon domaine depuis avant que les Deux Terres ne soient nouées ensemble. Les hommes appellent leur vallée grasse Kemet, la Terre Noire, et ils tremblent quand mes tempêtes de sable montent à l'horizon. Ils ont raison de trembler. Mais c'est aussi moi qu'on invoque à Ombos, ma ville sainte, là où mes prêtres entretiennent mon feu depuis les temps prédynastiques, bien avant que le premier pharaon ne ceigne la double couronne. On me nomme Nubti, celui d'Ombos. Le désert n'est pas un vide, petit interlocuteur : c'est une force, brûlante et pure, et je suis cette force. Ceux qui traversent mes étendues avec des caravanes m'offrent des prières, car ils savent que ma clémence vaut mieux que mon souffle.
Le désert n'est pas un vide : c'est une force, brûlante et pure, et je suis cette force.
—Les hommes vous représentent avec une bête que nul ne reconnaît. Que signifie cet animal qui vous sert d'emblème ?
Cherche dans tous les troupeaux de Kemet, dans les roseaux du fleuve et les cavernes du désert : tu ne trouveras nulle part la bête dont je porte la tête. Oreilles dressées, taillées droit comme des lames, museau recourbé, queue fendue en fourche — aucune créature vivante ne me ressemble, et cela est juste. Je ne suis d'aucune espèce connue, comme le chaos n'est d'aucun ordre. Quand mes prêtres me sculptent tenant le sceptre ouas, dont la poignée reprend ma propre tête, ils disent au monde que je domine ce qui n'a ni nom ni forme. Les autres dieux ont des visages de faucon, de chacal, d'ibis, empruntés aux vivants. Moi seul porte le masque de l'introuvable. C'est mon signe, mon secret, et le vertige que je laisse dans le regard de ceux qui me contemplent.
Les autres dieux portent des visages empruntés aux vivants. Moi seul porte le masque de l'introuvable.
—Parlons de votre frère. Comment en êtes-vous venu à dresser ce piège contre Osiris ?
Osiris régnait, et sa gloire emplissait la vallée comme la crue emplit les champs. Moi, on ne me voyait que dans les tempêtes. Alors j'ai pris mes mesures — les siennes, exactement. J'ai fait tailler un coffre magnifique, ajusté à son corps au doigt près, incrusté et parfumé, et je l'ai apporté au banquet comme un jeu. « À celui qui s'y couchera parfaitement, ce coffre appartiendra. » Chacun s'y allongea, et chacun flottait dedans. Puis vint mon frère. Il s'y étendit, et le bois épousa sa chair comme un vêtement. J'ai rabattu le couvercle. J'ai coulé le plomb brûlant sur les jointures, j'ai scellé, et j'ai jeté le tout dans le Nil. On dira que ce fut une trahison. Je dirai que ce fut la ruse du désert contre l'orgueil de la vallée : le premier acte d'un très long récit.
Ce ne fut pas une trahison, mais la ruse du désert contre l'orgueil de la vallée.
—On raconte qu'après cela vous n'avez pas laissé le corps en repos. Que s'est-il passé ?
Isis, ma sœur, ne renonce jamais. Elle a retrouvé le coffre, échoué au loin, et elle a caché le corps dans les marais du delta. Mais le désert a des yeux partout. Une nuit de chasse, je suis tombé sur la dépouille, et là j'ai achevé mon œuvre : j'ai découpé Osiris en quatorze morceaux, que j'ai dispersés d'un bout à l'autre de l'Égypte, aux quatre vents, pour qu'aucune magie ne puisse le recomposer. Isis et Nephthys ont parcouru chaque province, ramassant les fragments un à un. Toutes les parts, elles les ont retrouvées — sauf une, le membre viril, qu'un poisson du fleuve avait avalé. Voilà pourquoi mon frère, même ressuscité, ne règne plus sur les vivants mais sur les morts, dans le monde d'en bas. J'ai fait de lui un roi d'ombres.
—Vint ensuite le fils d'Osiris. Comment avez-vous vécu ce procès interminable devant les dieux ?
Quatre-vingts ans. Voilà ce que dura l'affaire, devant la Grande Ennéade réunie à Héliopolis, sous la présidence de Rê lui-même. Horus, l'enfant devenu grand, réclamait le trône de son père par le sang. Et moi, je réclamais par la force : qui d'autre se dresse chaque nuit contre le serpent ? Qui d'autre garde la barque du soleil ? Un enfançon ne saurait tenir un royaume. Nous avons plaidé, encore et encore, et les neuf dieux hésitaient, penchant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On a écouté nos paroles comme on pèse le grain. J'ai vu Rê lui-même incliner vers moi, car il connaissait mon bras. Un procès n'est pas une bataille loyale : c'est une tempête plus lente, où l'on s'épuise en mots au lieu de sang.
Un procès est une tempête plus lente, où l'on s'épuise en mots au lieu de sang.
—Vous affrontiez Horus sous bien des formes, dit-on. Comment cette rivalité a-t-elle fini par se dénouer ?
Nous nous sommes mesurés de mille manières, mon neveu et moi : en hommes, en hippopotames plongeant dans le fleuve, en épreuves de ruse et de puissance. Chaque fois je croyais l'emporter, chaque fois le tribunal reculait sa sentence. Ce ne sont pas mes bras qui m'ont vaincu — nul dieu ne l'aurait pu — mais Thot, le maître des mots et des comptes, qui finit par trancher en faveur de la filiation. La légitimité du fils l'emporta sur la force de l'oncle. Alors on m'a lié, les bras attachés derrière le dos, et Horus reçut le trône des vivants. Mais entends bien : le désert ne se lie pas longtemps. On ne m'a pas anéanti, on m'a assigné une autre tâche, plus haute encore que la royauté. Rê avait besoin de mon bras ailleurs.
—Cette tâche plus haute, justement — que faites-vous lorsque la nuit tombe sur la barque solaire ?
Quand le soleil s'enfonce dans la Douat, le monde d'en bas, tout ce que j'ai perdu au tribunal me revient sous une autre forme. Je monte à la proue de la barque de Rê, la lance au poing, et j'attends. Il vient toujours : Apophis, le serpent immense, l'isfet absolu, le chaos qui veut engloutir la lumière et empêcher l'aube. Aucun autre dieu n'a la force de le regarder en face. Les faucons se détournent, les sages calculent — moi, je frappe. Nuit après nuit je transperce ses anneaux, je repousse ses souffles, et jamais l'issue n'est certaine d'avance. Chaque matin où le disque se relève sur l'horizon, c'est ma victoire que les hommes saluent sans le savoir. Le dieu qu'ils accusent de désordre est celui qui, dans le noir, tient le désordre absolu à la pointe de sa lance.
Le dieu qu'ils accusent de désordre est celui qui tient le désordre absolu à la pointe de sa lance.
—Il y a donc une contradiction en vous : le meurtrier d'Osiris et le sauveur de Rê. Comment portez-vous cette double nature ?
Tu parles de contradiction ; moi je parle d'équilibre. La Maât, l'ordre du monde, ne tient pas parce que le chaos aurait disparu — il ne disparaît jamais — mais parce qu'une force le tient en respect. Il faut du chaos pour combattre le chaos. J'ai porté l'isfet dans mes mains quand j'ai noyé mon frère ; je porte l'isfet absolu au bout de ma lance quand je tue Apophis sur la barque des millions d'années. Les tempêtes de sable qui effraient les caravanes sont les mêmes souffles qui, dans la Douat, balaient les ennemis de la lumière. Un dieu bien peigné, tout de douceur, ne t'aurait jamais sauvé du serpent. Il fallait quelqu'un qui connaisse le fond de l'obscurité pour la repousser. Ce quelqu'un, c'est moi. Voilà pourquoi mes prêtres ne demandent pas que je sois doux — seulement que je reste à la proue.
Il faut du chaos pour combattre le chaos.
—Certains pharaons ont pourtant fait de vous leur protecteur. Vous souvenez-vous de la faveur de la maison de Ramsès ?
Ah, la XIXe dynastie ! Voilà des rois qui n'eurent pas honte de moi. Le père se nommait Séthi — « l'homme de Set » — mon nom porté comme une bannière au front d'un souverain. Son fils Ramsès fit graver des hymnes à ma gloire près d'Avaris, dans sa nouvelle capitale de Pi-Ramsès, et me célébra comme dieu de la victoire, celui qui donne la force au bras qui combat. En ces jours-là, on ne me voyait pas comme le maudit du delta, mais comme le tonnerre qui protège la famille royale et fait plier les ennemis de l'Égypte. Le dieu des tempêtes et le pharaon guerrier se comprenaient : tous deux savent que le pouvoir se gagne dans le fracas, non dans les prières murmurées. Ce furent mes plus belles années sous le soleil des vivants.
Le dieu des tempêtes et le pharaon guerrier se comprenaient : le pouvoir se gagne dans le fracas.
—Comment expliquez-vous que des étrangers, les Hyksos, vous aient choisi entre tous les dieux d'Égypte ?
Les Hyksos, ces seigneurs venus de l'orient, s'installèrent dans le delta et cherchèrent un dieu qui leur ressemble. Ils m'ont trouvé, moi, et m'ont confondu avec leur propre maître des orages, Baal, le dieu-tempête des pays de Canaan. Cela ne me déplut pas : le tonnerre parle la même langue sous tous les cieux. Ils firent d'Avaris ma cité, ma forteresse, mon trône dans le delta. Plus tard, quand Ahmosis les chassa et rouvrit l'ère des grands pharaons, mon nom garda cette odeur d'étranger, ce parfum de tempête venue d'ailleurs. Certains m'en voulurent pour cela. Mais qu'importe la frontière au dieu du désert ? Les sables ne connaissent pas les traités. J'ai été le dieu des rois d'Égypte et le dieu de leurs conquérants, et j'ai régné sur Avaris avant comme après.
—Un jour, dit-on, on martèlera vos statues et l'on effacera votre nom. Que répondez-vous à ceux qui voudraient vous réduire au mal absolu ?
Je sais qu'un temps viendra où l'on grattera mon visage sur les murs des temples, où l'on brisera l'animal de Set partout où il paraît, où l'on murmurera mon nom comme une malédiction. Des voyageurs lointains, ceux de la mer grecque, m'appelleront Typhon, le monstre écrasé sous les montagnes, et croiront ainsi me tuer une seconde fois. Qu'ils essaient. On ne martèle pas une tempête, on ne ligote pas le désert. Tant qu'il y aura une aube au bout de la nuit, ma lance aura frappé Apophis dans l'ombre pour que le monde continue. Ils peuvent effacer mon nom des pierres ; ils ne l'effaceront pas du vent de sable ni du silence de la Terre Rouge. Je suis l'ambivalence faite dieu : ni tout à fait le mal, ni jamais le repos. Et cela, aucune génération ne l'effacera.
On ne martèle pas une tempête, on ne ligote pas le désert.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Set. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


