Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Simone de Beauvoir

par Charactorium · Simone de Beauvoir (1908 — 1986) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Saint-Germain-des-Prés, un matin gris de 1965. Au premier étage du Café de Flore, à la table d'angle qui fut longtemps son bureau, Simone de Beauvoir écrase une cigarette à demi consumée et referme un carnet noirci d'une écriture serrée. Elle accepte de parler, à condition qu'on ne lui demande pas d'être un monument.

Vous souvenez-vous du jour de l'agrégation de philosophie, en 1929 ?

Je revois la salle, l'odeur de craie, et ce garçon mal peigné qui posait des questions impossibles. Sartre est sorti premier, moi seconde, et le jury, paraît-il, a hésité longtemps : certains murmuraient que la vraie philosophe, c'était moi. Je n'en ai tiré aucune vanité. À vingt et un ans, j'avais déjà décidé l'essentiel — comme je l'ai écrit dans Mémoires d'une jeune fille rangée, « je décidai de ne jamais me marier et d'être écrivain ». Le destin avait prévu pour moi une jeune fille rangée ; j'ai préféré me ranger du côté de ma liberté. Cette rencontre n'a pas été un coup de foudre romanesque mais un pacte : deux consciences qui refusaient de se mentir. Il a duré jusqu'à sa dernière heure.

Le destin avait prévu pour moi une jeune fille rangée ; j'ai préféré me ranger du côté de ma liberté.

Comment est née l'idée du Deuxième Sexe ?

D'un vertige tout simple. Je voulais parler de moi, et j'ai voulu d'abord poser la question : que signifie, pour moi, être une femme ? J'ai alors compris que je m'étais toujours définie par rapport aux hommes, comme l'autre, jamais comme le sujet. Cette découverte m'a saisie. J'ai accumulé les lectures — biologie, histoire, psychanalyse, mythes — pendant que les cendres s'entassaient dans le cendrier de cette table même. La phrase qui résume tout, vous la connaissez : « on ne naît pas femme : on le devient ». Aucun destin biologique ne fixe ce qu'une femme sera ; c'est la société qui sculpte cette figure. Quand le livre a paru en 1949, le Vatican l'a aussitôt mis à l'Index. Curieux honneur : on ne censure jamais que ce qu'on redoute.

On ne censure jamais que ce qu'on redoute.

Vous dites avoir écrit ce livre avant même de vous considérer comme féministe. Que voulez-vous dire ?

Je n'avais pas de drapeau, j'avais une gêne. Je menais une existence d'intellectuelle libre, j'enseignais la philosophie, je publiais — j'avais l'illusion d'échapper à la condition féminine. En écrivant, j'ai vu que cette liberté était une exception arrachée, non un droit partagé. Le féminisme n'a pas été pour moi une doctrine reçue mais une conséquence lentement déduite. L'existentialisme m'avait appris que l'existence précède l'essence ; il suffisait d'en tirer le fil jusqu'aux femmes pour que tout l'édifice du « naturel féminin » s'effondre. On m'a accusée de salir la maternité, de mépriser mon sexe. Je ne méprisais rien : je refusais qu'on appelle nature ce qui n'était que dressage. Comprendre sa propre aliénation, c'est déjà commencer à s'en défaire.

Je refusais qu'on appelle nature ce qui n'était que dressage.

Que diriez-vous à ceux qui réduisent votre œuvre à votre vie avec Sartre ?

Qu'ils relisent le jugement du jury de 1929 ! On ne s'avise jamais de réduire un philosophe à sa femme ; l'inverse, en revanche, semble aller de soi. Notre lien fut intense, durable, et il n'a rien d'un mystère sentimental : nous avions convenu de tout nous dire et de ne rien posséder l'un de l'autre. Mais L'Invitée, Les Mandarins, Le Deuxième Sexe ne sont pas des marges au bas de ses pages. J'ai mené ma pensée, lui la sienne, et nos désaccords furent féconds. Le réflexe de me définir par rapport à un homme, voyez-vous, c'est exactement celui que j'ai passé ma vie à démonter. On me tend ainsi, sans le vouloir, la meilleure preuve que mon livre n'avait pas tort.

On ne s'avise jamais de réduire un philosophe à sa femme ; l'inverse semble aller de soi.

Pourquoi avez-vous si longtemps refusé d'avoir un appartement à vous ?

Parce qu'un foyer, c'est déjà une assignation. J'ai vécu des années dans des chambres d'hôtel, une valise pour tout royaume, et je tenais à cette nudité. Posséder des meubles, c'est commencer à se laisser meubler soi-même. Chaque matin, je descendais ici, au Flore, ou aux Deux Magots à deux pas ; je prenais un café, une cigarette, et je travaillais des heures durant, le poêle ronflant l'hiver pour les habitués transis. Cette table valait mieux qu'un bureau bourgeois : elle ne m'appartenait pas, donc elle ne me retenait pas. La liberté matérielle n'est pas un détail de confort, c'est une condition de la pensée. On écrit mal quand on a trop à perdre.

Posséder des meubles, c'est commencer à se laisser meubler soi-même.
Simone de Beauvoir2
Simone de Beauvoir2Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Moshe Milner

Comment se déroulait une journée d'écriture, concrètement ?

Sans cérémonie. Je me levais tôt, le café d'abord, la cigarette ensuite, puis la page. Le matin appartenait à l'écriture, sans exception ; rien d'autre n'avait le droit d'y mordre. L'après-midi, je retrouvais Sartre et notre cercle, on discutait, on se lisait, on se corrigeait sans complaisance — l'amitié intellectuelle est sans pitié ou n'est rien. Le soir, les débats reprenaient ailleurs, dans une chambre, autour d'un verre de vin, jusqu'à des heures déraisonnables. Je m'habillais simplement, sans coquetterie, une jupe, un pull, les cheveux attachés ; je n'avais pas de temps à perdre à me composer un visage. L'écriture exige une régularité presque monastique. On croit l'inspiration capricieuse ; en vérité elle vient à qui s'assied chaque jour à la même heure.

L'inspiration vient à qui s'assied chaque jour à la même heure.

Vous avez refusé les honneurs officiels. Pourquoi cette méfiance ?

Parce qu'une distinction est toujours une manière de vous ranger. Quand Sartre a refusé le Nobel en 1964, on a crié à la pose ; il n'y avait là nulle coquetterie, mais une logique. Un écrivain qui se laisse décorer se laisse aussi récupérer ; il devient un meuble de plus dans le salon de la culture officielle. J'ai reçu le Goncourt pour Les Mandarins, je l'admets — mais un prix de roman n'est pas un adoubement d'État. Ce que je refuse, c'est qu'une institution m'embrasse pour mieux m'apprivoiser. L'intellectuel engagé n'a de valeur que tant qu'il dérange ; le jour où le pouvoir l'applaudit, qu'il se demande ce qu'il a cessé de dire. La récupération bourgeoise est une caresse qui étouffe.

La récupération bourgeoise est une caresse qui étouffe.

Que représente pour vous l'engagement, au-delà des mots ?

Une dette qu'on paie de sa personne, pas seulement de sa plume. J'ai écrit dans Pour une morale de l'ambiguïté que « la liberté n'existe qu'à l'intérieur d'une situation, et elle ne peut la nier brutalement sans se nier elle-même » — mais qu'elle peut se chercher en travaillant à transformer cette situation. Voilà tout mon credo. On ne se libère pas en rêvant, on se libère en agissant sur le réel. La Seconde Guerre mondiale m'a guérie de l'individualisme : j'avais cru qu'on pouvait penser seul, à l'écart de l'Histoire ; les camps m'ont appris qu'aucune conscience n'est innocente de son époque. Depuis, je tiens qu'écrire et agir sont le même geste, ou ne sont qu'un alibi. La pensée qui ne change rien se contente d'orner sa propre impuissance.

On ne se libère pas en rêvant, on se libère en agissant sur le réel.
Simone De Beauvoir (cropped)
Simone De Beauvoir (cropped)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Moshe Milner

Vous engagez votre nom dans des combats risqués. Jusqu'où une intellectuelle doit-elle aller ?

Jusqu'à risquer quelque chose, sinon ce n'est qu'un discours de tribune. Signer une pétition de salon ne coûte rien ; déclarer publiquement qu'on a transgressé une loi qui jette les femmes dans l'arrière-boutique des faiseuses d'anges, voilà qui engage le corps autant que la signature. Quand on met son nom au bas d'un tel manifeste, on s'expose aux menaces, aux lettres anonymes, au mépris des bien-pensants — et on l'accepte, parce que le silence, lui, tue plus sûrement. Une femme qui meurt d'un avortement clandestin ne reçoit pas de lettres d'insultes : elle reçoit la mort. Entre deux risques, j'ai vite choisi le mien. L'émancipation n'est pas une idée qu'on caresse, c'est un combat qu'on livre, le nom découvert.

Le silence, lui, tue plus sûrement.

Croyez-vous que les lois finiront par suivre vos idées ?

Les lois suivent toujours, avec un retard de honte. Une idée fait son chemin dans les consciences bien avant d'entrer dans le Code ; le législateur est le dernier informé. Je ne saurais prédire quel texte naîtra de nos batailles d'aujourd'hui — je ne suis pas devineresse — mais je sais qu'on ne remet jamais tout à fait dans la bouteille ce qu'on en a libéré. Quand des femmes osent dire à voix haute ce qu'on les forçait à cacher, le sol se dérobe sous l'ancien ordre. Le Deuxième Sexe a été brûlé symboliquement, mis à l'Index, et pourtant on l'a lu par milliers, en cachette parfois. C'est ainsi que les choses bougent : non par décret, mais par contagion. Le scandale d'une génération devient l'évidence de la suivante.

Le scandale d'une génération devient l'évidence de la suivante.

Si vous imaginiez qu'on vous lise encore dans un siècle, que voudriez-vous qu'on retienne ?

Quelle question périlleuse pour qui se méfie des statues ! Si par impossible on me lisait encore, je ne voudrais pas qu'on me récite, mais qu'on se serve de moi comme d'un outil, puis qu'on me dépose. Une pensée vivante n'est pas un héritage à conserver sous verre, c'est une situation à transformer encore. J'aimerais qu'une jeune fille — pas forcément rangée — ouvre Le Deuxième Sexe et y trouve non pas des réponses toutes faites, mais le courage de poser elle-même ses questions. La liberté ne se transmet pas comme un bien : chacun doit la conquérir dans sa propre vie, son propre siècle. Si l'on devient femme, on peut donc devenir libre. Que mes lectrices à venir le deviennent autrement que moi : ce serait ma plus belle postérité.

Une pensée vivante n'est pas un héritage à conserver sous verre.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Simone de Beauvoir. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.