Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Simone de Beauvoir

par Charactorium · Simone de Beauvoir (1908 — 1986) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la pénombre tiède du Café de Flore, un matin d'automne 1965, que Jean-Paul Sartre retrouve Simone de Beauvoir à leur table habituelle de Saint-Germain-des-Prés. La fumée des cigarettes monte vers les miroirs, deux cafés noirs refroidissent, et les manuscrits s'empilent entre eux. Ils se connaissent depuis l'agrégation de 1929 — trente-six ans de travail côte à côte — et Sartre est venu non pas en philosophe, mais en témoin de toute une vie, pour la faire parler d'elle-même, pour une fois.

Castor, je me souviens de cette agrégation de 1929 : toi deuxième, moi premier, et le jury qui te désignait pourtant comme la vraie philosophe. Que t'a fait ce verdict ?

Il m'a moins flattée qu'il ne t'amuse, toi qui le racontes encore. Ce qui comptait, c'est ce que ces semaines ont ouvert : pour la première fois, je rencontrais quelqu'un avec qui penser sans relâche, sans que je doive m'effacer. Tu te souviens, nous discutions des heures au Luxembourg, je te tenais tête, tu m'obligeais à reprendre chaque idée par sa racine. Le jury pouvait bien me classer seconde ; ce que j'ai gagné cet été-là, ce n'était pas un rang, c'était une vie d'esprit partagée. J'ai toujours su que je voulais écrire et ne pas me plier au destin tracé pour une jeune fille rangée. Cette rencontre m'a confirmé que c'était possible — que je n'avais pas à choisir entre penser et exister.

Le jury pouvait me classer seconde ; ce que j'ai gagné, c'était une vie d'esprit partagée.

En 1949, tu as écrit Le Deuxième Sexe presque sous mes yeux. D'où t'est venue cette phrase, qu'on ne naît pas femme, qu'on le devient ?

De moi-même, figure-toi. J'avais voulu parler de moi, et je me suis aperçue que je devais d'abord dire ce que signifiait être une femme — chose que je n'avais jamais interrogée. J'ai constaté, presque avec stupeur, que je m'étais toujours définie par rapport aux hommes, par rapport à toi. Alors j'ai compris que la femme n'est pas une donnée de nature mais un produit de l'histoire, de l'éducation, du regard d'autrui. On ne naît pas femme : on le devient. Je n'étais pas féministe en commençant ; je le suis devenue en écrivant. Le Vatican a mis le livre à l'Index, on m'a couverte d'injures — et il s'est vendu par milliers. C'est qu'il touchait quelque chose que des millions de femmes savaient sans pouvoir le nommer.

Je n'étais pas féministe en commençant ; je le suis devenue en écrivant.

On nous dit souvent que ta morale n'est que l'écho de la mienne. Toi qui as écrit Pour une morale de l'ambiguïté, qu'y a-t-il là qui ne soit qu'à toi ?

Voilà une question que seul toi peux poser sans me blesser. Je te dois beaucoup, mais l'ambiguïté, c'est mon terrain. Tu as bâti une liberté presque vertigineuse ; moi, j'ai insisté sur ceci : la liberté n'existe qu'à l'intérieur d'une situation, et elle ne peut la nier brutalement sans se nier elle-même. On n'est pas libre dans le vide — on l'est dans un corps, une époque, une condition de femme ou d'opprimé. C'est pourquoi l'engagement, pour moi, n'est pas un mot abstrait : il s'agit de transformer la situation qui nous enferme. Dès Pyrrhus et Cinéas, je cherchais comment ma liberté pouvait répondre de celle des autres. Ce n'est pas ton système que je récite, c'est une morale du concret, de l'incarné.

On n'est pas libre dans le vide — on l'est dans un corps, une époque, une condition.

Nous voici encore au Flore, à notre table. Pourquoi as-tu refusé si longtemps d'avoir un appartement à toi, de t'installer comme tout le monde ?

Parce que les murs m'auraient possédée. Tu le sais, toi qui m'as vue traîner d'hôtel en hôtel : j'ai longtemps refusé d'accumuler des meubles, des rideaux, tout ce qui retient une femme au foyer. Le matin, un café, une cigarette, et je descendais écrire ici même, ou aux Deux Magots, dans le bruit des conversations. Cette table valait mieux qu'un bureau : j'y étais libre, sans propriété à défendre. La possession, pour moi, c'était une manière insidieuse de s'aliéner. Une femme indépendante ne doit rien posséder qui puisse la posséder en retour. J'ai fini par prendre un logement, oui, mais spartiate, un lieu de travail plus qu'un foyer. L'essentiel restait de pouvoir partir, écrire, recommencer ailleurs.

Les murs m'auraient possédée ; une femme indépendante ne doit rien posséder qui la possède.

L'an dernier, en 1964, j'ai refusé le Nobel. On dit que tu en ferais autant. Qu'est-ce qui nous lie dans ce refus des honneurs ?

Le même dégoût de la récupération, mon cher. Quand l'institution te décore, elle te range, elle te neutralise, elle fait de toi un monument inoffensif. Tu as eu raison de dire non, et je te suivrais sans hésiter. Un intellectuel qui accepte d'être consacré par le pouvoir qu'il critique se trahit lui-même. Notre travail n'a de sens que s'il dérange, s'il reste libre de toute allégeance. Recevoir une telle distinction, ce serait laisser la bourgeoisie absorber ce que nous avons écrit contre elle. Je préfère rester une voix qui gêne plutôt qu'une statue qu'on salue. Et puis, entre nous, qu'aurions-nous fait de ces couronnes ? Elles n'ajoutent rien à une page bien écrite, ni à un combat mené jusqu'au bout.

Je préfère rester une voix qui gêne plutôt qu'une statue qu'on salue.
Simone de Beauvoir2
Simone de Beauvoir2Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Moshe Milner

On te photographie toujours la cigarette aux doigts, sobrement vêtue, le cheveu attaché. Cette image, l'as-tu voulue, ou s'est-elle imposée à toi ?

Je l'ai voulue par soustraction, en refusant tout le reste. Je n'ai jamais cherché à plaire au sens où l'on attend qu'une femme plaise — chiffons, coquetteries, toute cette panoplie qu'on nous impose dès l'enfance. Des vêtements fonctionnels, une chemise, une jupe simple, et la cigarette, oui, qui scandalisait encore qu'une femme fume en public. Ce n'était pas une pose, c'était une économie : tout ce temps qu'on ne passe pas à se farder, on le passe à penser, à écrire. Le souci de paraître est l'une des chaînes les plus subtiles qu'on attache aux femmes. M'en débarrasser, c'était déjà revendiquer mon indépendance. L'image n'était que la conséquence d'une liberté prise au quotidien, jusque dans la manière de me coiffer.

Tout ce temps qu'on ne passe pas à se farder, on le passe à penser.

Tu enseignais la philosophie à des jeunes filles au Lycée Molière. Que voulais-tu leur transmettre, à elles, que les manuels ne disaient pas ?

Qu'elles n'étaient pas condamnées à devenir ce qu'on attendait d'elles. Devant ces classes, je voyais des intelligences vives qu'on préparait pourtant au mariage et à l'effacement. Je ne pouvais pas leur dire ouvertement tout ce que je pensais — ce n'était pas l'usage — mais je tâchais de leur apprendre à interroger, à ne rien tenir pour évident. Penser, c'est déjà résister. Une jeune fille qui apprend à raisonner par elle-même devient difficile à plier. Je me souvenais de ma propre jeunesse rangée, de ce destin tout tracé que j'avais rejeté en décidant d'écrire et de ne jamais me marier. Je voulais leur ouvrir cette brèche : leur montrer que l'existence se choisit, qu'aucune essence ne les obligeait à n'être qu'épouses et mères.

Penser, c'est déjà résister ; une jeune fille qui raisonne devient difficile à plier.
Simone De Beauvoir (cropped)
Simone De Beauvoir (cropped)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Moshe Milner

Tu emploies souvent ce mot d'aliénation. Pour toi, qu'est-ce qui aliène une femme plus sûrement que les chaînes visibles ?

Le regard intériorisé. Les chaînes visibles, on les voit, on peut les briser. Mais l'aliénation la plus profonde, c'est quand la femme se juge elle-même par les yeux de l'homme, qu'elle se fait objet pour mieux être aimée, qu'elle attend son existence d'un autre. Elle devient alors complice de sa propre dépossession. On lui a appris à se vouloir l'Autre, le relatif, jamais le sujet absolu. C'est là que tout se joue : tant qu'elle ne se pose pas comme une liberté souveraine, aucune loi ne la libérera vraiment. L'émancipation matérielle est nécessaire, mais elle ne suffit pas si la conscience reste asservie. Voilà pourquoi j'ai voulu décrire la condition féminine de l'intérieur — pour que les femmes cessent de se trahir elles-mêmes.

L'aliénation la plus profonde, c'est quand la femme se juge par les yeux de l'homme.

Trente-six ans que nous travaillons ensemble, que nous nous lisons l'un l'autre. Qu'est-ce que notre pacte t'a vraiment apporté, à toi qui voulais être libre ?

Il m'a prouvé qu'on pouvait aimer sans se posséder. Nous avons inventé notre forme à nous, sans mensonge convenu, sans propriété de l'un sur l'autre — une transparence qui exigeait beaucoup de courage, tu le sais mieux que moi. Tu es mon premier lecteur, mon contradicteur le plus exigeant ; tu ne m'as jamais épargnée, et c'est pour cela que je t'écoute. Ce que tu m'as apporté, ce n'est pas un appui où me reposer, c'est une rigueur qui m'oblige. Beaucoup ont cru que je me tenais dans ton ombre ; ils n'ont pas compris que notre liberté était réciproque. Sans cette confiance absolue, je n'aurais peut-être jamais osé écrire Le Deuxième Sexe. Notre relation n'a pas limité ma liberté : elle en a été la preuve vivante.

Il m'a prouvé qu'on pouvait aimer sans se posséder.

Castor, quand tout sera dit et écrit, quelle idée voudrais-tu qu'on retienne par-dessus tout de ton travail ?

Qu'aucun destin ne nous est imposé — ni biologique, ni psychique, ni économique. C'est le cœur de tout ce que j'ai écrit : nous sommes ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous. Une femme n'est pas une nature figée, c'est une situation, donc quelque chose qui peut se transformer. Si l'on retient une seule idée, que ce soit celle-là : la condition des femmes n'est pas une fatalité, c'est une construction, et tout ce qui est construit peut être défait. Je n'ai pas voulu donner de leçons mais ouvrir une porte. Le reste — les livres, les combats, les colères — n'est que le prolongement de cette conviction. Tant qu'une femme croira pouvoir se faire autre que ce qu'on a décidé pour elle, j'aurai servi à quelque chose.

Nous sommes ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Simone de Beauvoir. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.