Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Simone Veil

par Charactorium · Simone Veil (1927 — 2017) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le bureau feutré de l'Élysée, un soir d'automne 1978, que Valéry Giscard d'Estaing retrouve Simone Veil, sa ministre de la Santé. La lampe de bureau éclaire un dossier législatif encore ouvert, et l'on entend au loin le pas des huissiers. Ils se connaissent depuis quatre ans, depuis qu'il l'a appelée au gouvernement au lendemain de son élection. Ce soir, le Président vient sans conseillers, en voisin, pour comprendre ce que cette femme a traversé bien avant de monter à sa tribune.

Simone, lorsque je vous ai confié la Santé en 1974, vous saviez le combat qui vous attendait. Comment avez-vous tenu à cette tribune ?

Toi qui m'as nommée, Valéry, tu sais ce que j'ai trouvé dans l'hémicycle ce 26 novembre 1974 : des visages fermés, des injures que je n'attendais pas de cette assemblée. J'étais venue leur demander de voter une loi qui permette à la femme de disposer de son propre corps, et certains m'ont opposé des comparaisons que je n'oublierai jamais. Mais je n'avais pas le droit de flancher. Chaque jour, des femmes mouraient d'avortements clandestins, et c'est à elles que je pensais, pas à mes contradicteurs. J'ai parlé de la détresse, pas de l'idéologie. Je crois que c'est cela qui a fini par fissurer les certitudes, dans la nuit interminable de ce débat.

Je n'avais pas le droit de flancher : chaque jour, des femmes mouraient d'avortements clandestins.

Vous étiez l'une des rares femmes de mon gouvernement. Dans nos conseils des ministres, avez-vous senti le poids de ce regard masculin ?

Tu présidais ces conseils, Valéry, tu as donc vu ce que je voyais : une table d'hommes, et moi. Je n'ai jamais réclamé d'égards particuliers, j'ai seulement exigé qu'on m'écoute comme on écoute un ministre. Mon tailleur, ma voix posée, c'étaient mes armes autant que mes dossiers. Le matin, j'étais à mon bureau avant sept heures, j'avais lu la presse et mes notes quand d'autres arrivaient à peine. On me croyait dure ; j'étais surtout préparée. Antoine, mon mari, me disait que je travaillais comme si je devais sans cesse prouver ma place. Il avait raison. Une femme, dans ce monde-là, n'a pas droit à l'à-peu-près.

On me croyait dure ; j'étais surtout préparée.

Je vous ai toujours sentie portée par quelque chose de plus ancien que la politique. D'où vous venait cette force, Simone ?

Elle vient d'un lieu dont je parle peu, Valéry. En 1944, on m'a arrêtée à Nice avec ma famille, j'avais dix-sept ans, et l'on m'a déportée à Auschwitz-Birkenau. Le matricule A-25220 est resté sur mon bras ; il n'a jamais quitté ma peau, ni ma mémoire. J'ai connu l'horreur, et je ne pouvais pas faire semblant de l'oublier. Quand je suis revenue, j'ai compris qu'il fallait que ma vie d'après vaille la peine d'avoir survécu. Voilà pourquoi je ne supporte pas l'indifférence devant la souffrance des autres. Ceux qui m'insultaient à l'Assemblée ne savaient pas qu'on ne m'effraie plus avec des mots. J'ai vu pire que la haine d'un hémicycle.

Il fallait que ma vie d'après Auschwitz vaille la peine d'avoir survécu.

Ce matricule que vous portez, beaucoup ignorent encore son histoire. Pourquoi tenez-vous à ne jamais le cacher ?

Parce que l'oublier serait trahir, Valéry. Ceux qui ne sont pas revenus n'ont laissé que notre mémoire pour exister encore. Je n'ai pas survécu pour me taire. Quand je rencontre des jeunes gens, je leur dis ce que fut ce camp, non pour les accabler, mais pour qu'ils sachent jusqu'où peut descendre l'homme quand on l'autorise à mépriser son semblable. Tu m'as nommée ministre d'une République qui, sous Vichy, avait livré les miens. Je n'ai jamais confondu cette France-là avec celle que je sers. Mais je veux qu'on regarde ce passé en face. Le devoir de mémoire n'est pas une cérémonie : c'est une vigilance de chaque instant, contre l'oubli et contre la lâcheté.

Le devoir de mémoire n'est pas une cérémonie : c'est une vigilance de chaque instant.

On murmure que l'Europe vous tente, Simone. Vous qui avez tant souffert des nations dressées les unes contre les autres, qu'attendez-vous d'elle ?

Tu me connais bien, Valéry : oui, l'Europe me tient à cœur, plus que tu ne l'imagines. J'ai vu ce que produit la haine entre les peuples ; j'ai vu des Français, des Polonais, des Hongrois mourir côte à côte sans que cela change rien à la barbarie. Construire une assemblée où ces nations délibèrent au lieu de se battre, pour moi qui reviens des camps, ce n'est pas une abstraction : c'est une réparation. Si les électeurs me le permettent, je voudrais porter cette voix-là au Parlement européen. Non par ambition de carrière — j'en ai assez vu — mais parce que je crois qu'une femme revenue de l'enfer a le devoir de défendre ce qui empêche d'y retourner.

Pour moi qui reviens des camps, l'Europe n'est pas une abstraction : c'est une réparation.
Simone Veil pastorala 2022 2 (Xiberoa) - Euskara
Simone Veil pastorala 2022 2 (Xiberoa) - EuskaraWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Iñaki LL

Cette loi de 1975 porte désormais votre nom. La nuit du vote, avez-vous douté qu'elle passerait ?

J'ai douté jusqu'au bout, Valéry, je te l'avoue. Le débat a duré des nuits, les amendements pleuvaient, les attaques aussi. Il a fallu une majorité de gauche pour compléter les voix qui me manquaient à droite — une situation singulière pour ta ministre. Quand le texte a été adopté, je n'ai pas éprouvé de triomphe. J'étais épuisée, et je pensais à toutes celles qui n'avaient pas attendu cette loi pour souffrir. La loi du 17 janvier 1975 ne légalise pas l'avortement par plaisir : elle l'encadre pour qu'il cesse de tuer dans l'ombre. J'ai toujours dit que c'était un dernier recours, jamais un droit léger. Ceux qui m'ont accusée de mépriser la vie n'avaient rien compris à ma démarche.

La loi n'encadre pas l'avortement par plaisir : elle l'empêche de tuer dans l'ombre.

Derrière la ministre, il y a une épouse, une mère. Comment Antoine et vos fils vivent-ils cette tempête qui vous entoure ?

Ils en paient le prix, Valéry, et cela me pèse. On a couvert nos murs d'inscriptions infâmes, on a visé mes enfants par des injures qui ne les concernaient en rien. Antoine m'a soutenue sans une plainte ; il comprend mon entêtement parce qu'il connaît mon histoire. Le soir, quand je rentre des dîners officiels ou des auditions, c'est auprès de lui que je dépose le fardeau. Nous parlons, longuement, de tout sauf de politique parfois. J'ai besoin de cet ancrage : sans ma famille, je crois que la dureté de la vie publique m'aurait brisée. On me voit forte à la tribune ; chez moi, je redeviens simplement une femme qui a peur pour les siens, comme toutes les autres.

On me voit forte à la tribune ; chez moi, je redeviens une femme qui a peur pour les siens.
Tableau de Simone Veil par Jean-Loup Othenin-Girard
Tableau de Simone Veil par Jean-Loup Othenin-GirardWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jean-Loup Othenin-Girard

Vous portez ce combat des femmes comme une cause universelle. Le croyez-vous vraiment transmissible au-delà de nos frontières françaises ?

Je le crois profondément, Valéry. Le droit d'une femme à décider de sa vie n'a pas de nationalité. Ce que nous avons obtenu en France n'est pas un privilège français : c'est une dignité que toutes devraient connaître. Partout où je le pourrai, je dirai que les femmes doivent pouvoir choisir, parce qu'aucune société ne s'élève en tenant la moitié des siens sous tutelle. Tu m'as donné l'occasion d'agir ici ; mais le combat ne s'arrête pas à nos préfectures. Je ne suis pas une idéologue, tu le sais. Je suis une femme qui a vu mourir, et qui refuse désormais qu'on dispose des autres sans leur consentement. Cette conviction-là, je la porterai aussi loin qu'on me laissera parler.

Le droit d'une femme à décider de sa vie n'a pas de nationalité.

Si demain l'Europe vous appelait à la présider, vous, une femme, comment recevriez-vous un tel honneur ?

Avec gravité, Valéry, pas avec vanité. Qu'une femme préside une assemblée des nations européennes, ce serait un signal autant qu'une fonction. J'y verrais la preuve que ce continent a tiré quelque leçon de ses désastres. Tu sais combien je me méfie des honneurs : j'ai vu de trop près ce que valent les titres quand l'humanité s'effondre. Mais une présidence, ce n'est pas une décoration ; c'est une responsabilité de faire dialoguer ceux qui hier se haïssaient. Si l'on me confiait cela, je n'oublierais pas d'où je viens, ni au nom de qui je siégerais. Les disparus des camps n'ont pas de tombe ; siéger pour une Europe réconciliée, ce serait un peu leur en donner une.

Les disparus des camps n'ont pas de tombe ; une Europe réconciliée serait un peu la leur.

Pour finir, Simone : de tout ce que vous avez entrepris sous ma présidence, qu'aimeriez-vous qu'on retienne de vous ?

Non pas un nom sur une loi, Valéry, mais une attitude. Qu'on retienne qu'on peut traverser le pire et choisir, malgré tout, de servir la vie plutôt que la rancune. J'aurais pu sortir d'Auschwitz pleine de haine ; j'ai préféré me battre pour que les autres souffrent moins. La loi de 1975, l'Europe, la mémoire des camps : ce sont des chemins différents vers une même idée, celle que personne ne doit décider à la place d'un être humain de ce qu'il vaut. Tu m'as ouvert la porte du gouvernement ; ce que j'en ai fait, je l'ai fait pour ceux qui n'ont jamais eu voix au chapitre. Si l'on garde cela de moi, alors ma vie d'après aura vraiment valu la peine.

J'aurais pu sortir d'Auschwitz pleine de haine ; j'ai préféré me battre pour qu'on souffre moins.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Simone Veil. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.