Interview imaginaire avec Simone Veil
par Charactorium · Simone Veil (1927 — 2017) · Politique · 5 min de lecture
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un bureau parisien tapissé de livres. Une dame en tailleur sobre les accueille avec un sourire fatigué mais chaleureux. Elle s'appelle Simone Veil, et elle a accepté de tout leur raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez été arrêtée ? Ça s'est passé comment ?
J'avais 17 ans, mon enfant. Presque ton grand frère ou ta grande sœur. C'était à Nice, en 1944, pendant la guerre. Imagine : tu rentres chez toi, et des hommes attendent ta famille pour vous emmener. On nous a déportés à Auschwitz-Birkenau, un camp où l'on enfermait les Juifs pour les faire mourir. Ma faute ? Être née juive, rien d'autre. Là-bas, j'avais froid, faim, peur chaque nuit. J'ai vu des choses qu'aucun enfant ne devrait voir. Tu sais, dans mes mémoires j'ai écrit trois petits mots très lourds : « J'ai connu l'horreur. » Et pourtant, j'ai survécu. C'est pour ça que je suis là, devant vous.
Ma faute ? Être née juive, rien d'autre.
—C'est vrai que vous aviez un numéro sur le bras ? Pourquoi vous l'avez gardé ?
Oui. Dans le camp, on ne nous appelait plus par nos prénoms. On nous tatouait un numéro sur le bras, à l'encre, pour toujours. Le mien, c'était A-25220. Imagine qu'on remplace ton nom par un chiffre, comme si tu n'étais plus une personne. Je l'ai porté toute ma vie, ce numéro. Jamais effacé. Tu vas me demander pourquoi ? Parce que c'était mon témoignage. Tant que je vivais avec lui sur la peau, personne ne pouvait dire que ça n'était pas arrivé. Quand on a survécu à une chose pareille, on ne peut pas faire semblant d'oublier. On doit raconter, encore et encore.
On ne nous appelait plus par nos prénoms, mais par un numéro.
—Vous étiez une des seules femmes au gouvernement ? Ça faisait quoi ?
Tu as raison, nous étions très peu. En 1974, je suis devenue ministre de la Santé, et autour de la table, presque que des messieurs. Imagine une grande salle de réunion où tu es la seule fille, et où tout le monde te regarde comme si tu allais te tromper. Alors j'ai mis mon tailleur strict, je me suis tenue droite, et j'ai parlé fort et clair. Ce vêtement, c'était un peu mon armure. Je recevais des associations de femmes qui réclamaient plus de droits, et je les écoutais. On appelle ça le féminisme : demander que les filles aient les mêmes droits que les garçons. Je n'allais pas baisser les yeux.
Mon tailleur strict, c'était un peu mon armure.
—Une journée de ministre, ça commençait tôt ? Vous faisiez quoi le matin ?
Très tôt, oui ! Avant sept heures, j'étais déjà debout. Je lisais les journaux pour savoir ce qui se passait dans le pays, et j'ouvrais mes dossiers, ces gros cartons remplis de papiers à décider. Un petit-déjeuner léger, et hop, en route. Tu sais, cette discipline, je l'avais apprise jeune, en étudiant le droit après la guerre. L'après-midi, c'était réunions sur réunions : des médecins, des responsables de la santé, des associations. Le soir, parfois un dîner officiel, parfois un moment en famille avec mon mari Antoine. C'était dense, fatigant. Mais quand on porte un projet auquel on croit, on ne compte pas ses heures, mon enfant.
—C'est quoi la loi la plus importante que vous avez faite ?
La plus difficile, surtout. En 1975, j'ai défendu une loi pour que les femmes puissent décider d'arrêter une grossesse quand elles n'étaient pas prêtes : l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse. Avant ma loi, c'était interdit, et des femmes en mouraient en se cachant. Devant tous les députés, à l'Assemblée nationale, j'ai commencé par une phrase simple. Je venais leur demander de voter une loi permettant à la femme de « disposer de son propre corps ». Imagine dire ça toute seule, debout, devant une salle qui te crie dessus. C'était un combat pour que les filles, plus tard, soient libres de choisir leur vie.
Avant ma loi, des femmes mouraient en se cachant.

—Les gens étaient méchants pendant le débat ? Vous aviez peur ?
Oui, ce fut très dur. Certains députés étaient en colère, ils m'insultaient presque, ils tapaient sur les bancs. On m'a dit des choses cruelles, parfois en rappelant que j'étais juive, comme une menace. Imagine que tu défends une idée juste, et qu'on te hurle dessus pendant des heures. J'avais le cœur qui battait, mais je ne me suis pas assise, je n'ai pas pleuré devant eux. Mon dossier sur l'IVG était posé devant moi, et je connaissais chaque chiffre. Après ce que j'avais vécu à Auschwitz, crois-moi, les cris d'une salle ne pouvaient plus me faire reculer. La loi a fini par passer.
Après Auschwitz, les cris d'une salle ne pouvaient plus me faire reculer.
—On dit que vous avez été la première femme à diriger l'Europe, c'est vrai ?
C'est vrai, et j'en étais très fière ! En 1979, plusieurs pays d'Europe ont voté ensemble pour élire un grand Parlement commun. Et devine qui ils ont choisi pour le présider ? Moi, une femme, la première. Imagine un immense conseil où des gens parlant des langues différentes — français, allemand, italien — essaient de travailler ensemble au lieu de se faire la guerre. Car n'oublie pas : quelques années plus tôt, ces pays se battaient et envoyaient leurs enfants à la mort. Moi qui avais connu les camps, réunir ces nations autour d'une table, c'était presque un miracle. La paix, ça se construit, patiemment.
La paix, ça se construit, patiemment.

—Pourquoi c'était si important pour vous, cette histoire d'Europe unie ?
Parce que j'avais vu où mène la haine entre les peuples, mon enfant. Quand les pays se détestent, ça finit dans le sang, dans les camps comme celui où j'ai été enfermée. Alors construire l'Europe, pour moi, ce n'était pas de la politique compliquée : c'était empêcher que ça recommence. Plus tard, en 1992, les pays ont signé un grand traité à Maastricht pour se rapprocher encore. Imagine des voisins qui se faisaient la guerre, et qui décident d'ouvrir leurs frontières et de commercer ensemble. Des ennemis d'hier devenus amis. Voilà pourquoi je m'y suis tant donnée : pour que vous, les jeunes, grandissiez en paix.
J'avais vu où mène la haine entre les peuples.
—Pourquoi vous avez écrit un livre sur votre vie ?
Parce qu'un jour, je ne serai plus là pour raconter. En 2007, j'ai écrit mes mémoires, un livre qui s'appelle simplement Une vie. J'y mets tout : mon enfance, le camp, mes combats. Tu sais pourquoi ? Dans ce livre, j'explique que ma vie d'après Auschwitz devait être consacrée à quelque chose qui en valait la peine. Survivre, ce n'est pas assez ; il faut faire quelque chose de ce cadeau. Imagine que tu reçoives une deuxième chance après un grand malheur. Que ferais-tu ? Moi, j'ai choisi de me battre pour les autres, et de l'écrire pour que vous, les enfants, vous vous en souveniez après moi.
Survivre, ce n'est pas assez ; il faut en faire quelque chose.
—Vous voudriez qu'on retienne quoi de vous, nous les enfants ?
Quelle belle question. Tu sais, j'ai consacré une partie de ma vie à transmettre la mémoire de la Shoah, ce mot qui désigne le massacre des Juifs pendant la guerre. Au Mémorial de la Shoah, à Paris, on garde ces souvenirs précieusement. Ce que je voudrais que tu retiennes ? Que les pires choses arrivent quand les gens se taisent et regardent ailleurs. Alors, mon enfant, ne te tais pas devant l'injustice. Si un camarade est traité différemment parce qu'il est juif, arabe, fille ou garçon, défends-le. Je ne serai bientôt plus là, mais vous, vous pouvez continuer. C'est à vous, maintenant, de veiller.
Les pires choses arrivent quand les gens se taisent et regardent ailleurs.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Simone Veil. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


