Interview imaginaire

Interview imaginaire avec William Shakespeare

par Charactorium · William Shakespeare (1564 — 1616) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une salle lambrissée du palais de Whitehall, par une froide soirée de l'hiver 1606, que le roi Jacques Ier fait quérir William Shakespeare après une représentation de Macbeth donnée devant la cour. Les chandelles fument encore, l'air sent la cire chaude et la laine humide des manteaux. Depuis que le souverain a pris sous sa protection la troupe du dramaturge, désormais nommée les King's Men, les deux hommes se connaissent par-delà la rampe. Le roi, féru de poésie et inquiet des sorcières, vient ce soir interroger l'auteur sur son art, ses planches et ses fantômes.

Maître Shakespeare, ma cour tremble encore de votre Macbeth joué ce soir. D'où vous vient ce don de fouiller ainsi l'âme noire d'un homme ?

Sire, je ne fouille rien que vous ne portiez vous-même, et tout homme avec vous. Quand j'écris un général que l'ambition dévore, ou ce prince danois qui s'interroge sur le néant — être ou ne pas être —, je n'invente pas un monstre lointain : je tends un miroir. Vous qui gouvernez, vous savez mieux que personne combien le pouvoir éveille la peur, la culpabilité, ces taches que nulle eau ne lave. Lady Macbeth frotte sa main sans fin, et le public se reconnaît dans son tourment. Mon seul secret, Majesté, c'est de croire qu'un meurtrier saigne au-dedans comme nous, et qu'un roi rêve aussi mal qu'un mendiant.

Je ne fouille rien que vous ne portiez vous-même : je tends un miroir.

Vous avez commencé sous ma cousine Élisabeth, après l'Armada défaite. Depuis mon avènement, en 1603, sentez-vous que les temps ont changé pour votre plume ?

Profondément, Sire. Sous la grande reine, l'Angleterre se croyait invincible, l'air était à la gloire et aux flottes triomphantes. Depuis que Votre Majesté ceint la couronne, j'écris dans une lumière plus sombre, plus grave. Le complot que l'on a déjoué contre votre Parlement, ces poudres cachées sous les voûtes, ont rappelé à chacun que les rois marchent sur une mince couche de terre. Mes tragédies écossaises, vous l'avez bien vu, parlent de trônes ébranlés et de prophéties. Ma plume d'oie n'écrit pas hors du monde : elle trempe dans l'encre du temps. Vous protéger, c'est aussi me permettre de dire, sous le masque de la fable, ce que nul n'oserait dire à voix nue.

Ma plume d'oie n'écrit pas hors du monde : elle trempe dans l'encre du temps.

On me dit que vous n'êtes pas seulement l'auteur, mais aussi maître de ce théâtre rond, le Globe. Parlez-moi de ce lieu, l'ami.

C'est mon royaume à moi, Sire, un anneau de bois ouvert sur le ciel de Londres. Trois mille âmes y tiennent, le noble en galerie et le pauvre debout dans la fosse, tous serrés sous la même pluie quand le sort s'y met. J'en suis actionnaire autant qu'auteur : chaque place vendue nourrit ma plume et mon foyer. Quand je monte sur ces planches, je sens le souffle de la foule comme un seul animal qui retient son haleine. Là, point de courtisans à flatter : il faut tenir le portefaix comme le gentilhomme, sans quoi on vous siffle. Croyez-moi, Majesté, un parterre londonien est un juge plus redoutable que bien des conseils de cour.

Un anneau de bois ouvert sur le ciel : le noble en galerie, le pauvre dans la fosse.

Dans votre Hamlet, ce prince tient un crâne et médite sur la mort. Pourquoi revenir sans cesse à ce que nous craignons le plus ?

Parce que la mort, Sire, est la seule certitude qui rende la vie lisible. Mon prince soulève le crâne d'un bouffon qu'il a aimé enfant, et soudain toute la pompe du monde se réduit à cet os qui ricane. J'écris la mort non pour effrayer, mais pour réveiller : qui sait qu'il doit mourir choisit mieux comment vivre. Vous gouvernez des hommes qui se croient éternels parce qu'ils portent l'épée ou la couronne ; mon théâtre leur rappelle qu'ils logeront tous dans la même poignée de terre. La vengeance, la folie, l'hésitation de Hamlet — tout cela naît de cette question que nul sceptre ne résout. Le crâne, Majesté, est mon plus grand professeur de sagesse.

Qui sait qu'il doit mourir choisit mieux comment vivre.

J'ai appris une triste nouvelle pour plus tard, dit-on : votre théâtre menacé par le feu. Le danger guette-t-il vraiment ces planches de bois ?

Sire, un théâtre de bois et de chaume vit toujours sous la menace de la flamme. Nous tirons le canon de scène pour annoncer l'entrée d'un roi, nous allumons torches et chandelles quand le jour décline, et une seule bourre mal éteinte peut tout embraser. Trois mille personnes dans un anneau de planches sèches : j'y songe chaque fois que la poudre tonne. Si malheur arrivait, je prie le Ciel que nul n'y laisse la vie et que les murs seuls brûlent, car les murs se rebâtissent en une saison. Une pièce, un acteur, une troupe — voilà ce qui ne se reconstruit pas si aisément. Le bois nous abrite, Majesté, mais il nous tient aussi à sa merci.

Le bois nous abrite, mais il nous tient aussi à sa merci.
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The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) title QS:P1476,en:"The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) "label QS:Len,"The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) "laWikimedia Commons, Public domain — anonymous

Avant la gloire, vous étiez un jeune homme de Stratford. On murmure un mariage hâtif à dix-huit ans — qu'en est-il, William ?

Vous touchez là, Sire, à l'homme et non au poète. À dix-huit ans, j'ai épousé Anne Hathaway, de huit ans mon aînée, et il nous fallut une dispense pour presser les bans — car l'enfant venait déjà. Rien d'un destin glorieux : un garçon de gantier qui se range, qui fonde un foyer, qui voit naître bientôt des jumeaux. Je n'étais alors ni dramaturge ni protégé d'un roi, seulement un fils de bourg qui apprenait la vie à ses dépens. Je dis cela sans honte, Majesté, car cet homme ordinaire m'habite encore. Quand j'écris l'amour maladroit, la jeunesse pressée et imprudente, je me souviens de ce garçon de Stratford. Le génie, si génie il y a, pousse toujours sur une racine très commune.

Le génie, si génie il y a, pousse toujours sur une racine très commune.

Vous écrivez aussi bien les rires que les larmes — Le Songe d'une nuit d'été enchante, Le Roi Lear déchire. Comment passez-vous de l'un à l'autre ?

Parce que la vie elle-même, Sire, ne sépare pas si nettement le rire des larmes. Un même soir, un père perd sa fille et un valet trébuche dans la farce ; mon devoir est de tenir les deux dans la main. Dans ma forêt enchantée, des amants s'égarent et la magie brouille les cœurs — le chemin du vrai amour, dis-je souvent, ne fut jamais sans embûche. Et dans mon vieux roi trahi par ses filles, je montre l'amour filial bafoué jusqu'à la folie. Comédie et tragédie sont deux portes d'une même maison : l'une vous fait entrer en riant, l'autre en pleurant, mais c'est l'âme humaine que l'on visite des deux côtés. Faire rire est aussi grave que faire pleurer, croyez-en mon métier.

Comédie et tragédie sont deux portes d'une même maison.
Statues of Tang Xianzu and William Shakespeare - geograph.org.uk - 7142281
Statues of Tang Xianzu and William Shakespeare - geograph.org.uk - 7142281Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Philip Halling

Vous parlez de prophéties et de sorcières dans Macbeth — moi qui ai tant écrit sur les démons, dites-moi : croyez-vous à ces puissances obscures ?

Sire, je sais quel intérêt savant vous portez à ces matières, et je n'ai garde de trancher devant vous. Mes trois sœurs du destin, sur la lande écossaise, je les ai voulues troubles à dessein : disent-elles l'avenir, ou ne font-elles que souffler à l'oreille de l'homme ce qu'il désire déjà ? Mon général entend une prophétie de couronne, et c'est sa propre ambition qui la transforme en poignard. Le surnaturel, sur mes planches, est moins un démon qu'un miroir tendu au cœur. Je laisse au spectateur le soin de croire ou de douter — car le théâtre n'est pas une chaire. Mais je vous l'accorde, Majesté : rien n'émeut une foule comme une voix venue des ténèbres.

Le surnaturel, sur mes planches, est moins un démon qu'un miroir tendu au cœur.

Étrange chose, William : on dit qu'il n'existe nul portrait fidèle de votre visage. Cela ne vous trouble-t-il pas, vous si présent sur nos scènes ?

Nullement, Sire — et même cela me convient. Qu'importe le trait de mon visage, quand mes personnages vivront, je l'espère, plus longtemps que mes os ? J'ai écrit pour la scène, non pour le mur d'une galerie ; un acteur n'est qu'un souffle, présent ce soir, oublié demain. Mon véritable portrait, ce sont mes pièces : Hamlet me ressemble plus qu'aucune toile, et Lear, et ce roi écossais qui se damne. Si l'on veut me connaître dans cent ans, qu'on ne cherche pas mes yeux ni ma barbe, qu'on lise mes vers. Que les princes se fassent peindre en armure dorée ; moi, je me confie à l'encre et au papier. C'est là, Majesté, le seul visage que je consens à laisser.

Mon véritable portrait, ce sont mes pièces.

Vos textes courent de main en main, recopiés, mal imprimés parfois. Ne craignez-vous pas que ce labeur de toute une vie se perde après vous ?

J'y songe, Sire, je l'avoue. Une pièce vit d'abord dans la bouche des acteurs, et nos manuscrits s'usent, se prêtent, s'égarent ; tel libraire en vend une version fautive que je ne reconnais pas. Près de quarante pièces et cent cinquante sonnets : voilà beaucoup de feuillets à confier au hasard. Mais j'ai foi en mes compagnons de troupe, ceux qui ont dit mes vers tant de soirs ; s'il se trouve un jour des mains fidèles pour rassembler tout cela en un seul volume, alors mon œuvre survivra à l'incendie comme à l'oubli. Un sonnet, je l'ai écrit, peut défier le temps mieux que le marbre. Je ne demande, Majesté, qu'un peu d'encre durable et quelques amis honnêtes.

Un peu d'encre durable et quelques amis honnêtes : je ne demande rien de plus à la postérité.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de William Shakespeare. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.