Interview imaginaire

Interview imaginaire avec William Shakespeare

par Charactorium · William Shakespeare (1564 — 1616) · Lettres · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Londres, un après-midi de l'an 1613. Sur la rive sud de la Tamise, là où les cendres encore tièdes du Globe se mêlent à la boue de Bankside, un homme au pourpoint sobre et à la barbe soignée nous reçoit dans une taverne enfumée. Une chandelle, un gobelet de bière légère, et William Shakespeare consent à parler de sa vie, de ses planches et de ses fantômes.

Comment vous est venue cette vie de théâtre, vous qui aviez d'abord pris femme très jeune à Stratford ?

On me croit né poète, mais j'ai d'abord été un garçon de Stratford-upon-Avon pressé par les circonstances. En 1582, je n'avais que dix-huit ans, et Anne Hathaway, ma promise, portait déjà notre enfant depuis six mois — il fallut une dispense spéciale pour hâter les bans. Imaginez : pas de génie, pas de muse, seulement un jeune homme ordinaire qui se marie en hâte et voit naître une fille, puis des jumeaux trois ans plus tard. C'est de cette vie banale, de ces obligations, que je suis parti vers Londres. Je crois que mes rois et mes amants sont nés là, dans cette tension entre ce qu'on doit faire et ce qu'on rêve d'être. Tout poète commence par être un homme qui a des comptes à régler avec sa propre histoire.

Pas de génie, pas de muse, seulement un jeune homme qui se marie en hâte.

Parlez-nous du Globe, ce théâtre de bois où votre nom est désormais attaché.

Le Globe, nous l'avons dressé en 1599 sur la rive de la Tamise, rond comme un monde — d'où son nom. J'y étais à la fois plume et bourse, car j'en possédais une part : ce qui se jouait sur ces planches, je l'avais souvent écrit, et ce que rapportaient les entrées remplissait aussi mon escarcelle. Songez à cette cuve de bois ouverte au ciel, trois mille âmes entassées, le noble en galerie et le va-nu-pieds debout dans la fosse, tous tendus vers les mêmes mots. Le matin je traversais les rues grouillantes, l'après-midi nous répétions, puis nous jouions entre deux et cinq heures, à la lumière franche du jour. Nul lieu ne m'a appris davantage : un théâtre n'est pas un livre, c'est une foule qui respire ensemble, et qui vous le fait savoir si vous l'ennuyez.

Un théâtre n'est pas un livre, c'est une foule qui respire ensemble.

Beaucoup disent que vous avez changé le théâtre en sondant l'âme de vos personnages. Qu'aviez-vous en tête avec Hamlet ?

Avec Hamlet, vers 1601, j'ai voulu un homme qui ne cesse de se parler à lui-même. Le prince du Danemark ne combat pas d'abord un meurtrier : il combat son propre esprit, sa lenteur, sa lucidité qui le paralyse. « To be, or not to be, that is the question » — cette phrase n'est pas une réponse, c'est une plaie ouverte au milieu de la scène. Et plus tard, ce crâne qu'il tient dans le cimetière, cet os qui fut un homme rieur, c'est toute notre condition tenue au creux d'une main. Je crois que mon métier n'a jamais été d'inventer des intrigues — les vieilles chroniques en regorgent — mais d'écouter ce qu'un être se murmure dans le noir. Montrez à un spectateur les hésitations d'un prince, et il y reconnaîtra ses propres nuits sans sommeil.

« Être ou ne pas être » n'est pas une réponse, c'est une plaie ouverte au milieu de la scène.

Vous avez grandi dans une Angleterre triomphante. Que représentait pour vous la défaite de l'Armada ?

En 1588, j'étais encore un inconnu cherchant ma place à Londres lorsque la flotte d'Espagne fut brisée par nos vaisseaux et par les tempêtes. Tout le royaume se crut alors élu de la Providence : la reine Élisabeth régnait sur une nation grisée par sa propre puissance, après que Drake eut déjà fait le tour du monde. On vivait élisabéthain sans le savoir, dans cette fièvre où la cour brillait et où le théâtre montait en honneur. Mais je me méfie des triomphes : derrière les bannières, j'ai toujours vu des hommes inquiets de leur lendemain. Cette gloire nationale m'a moins inspiré de fanfares que d'interrogations sur le pouvoir — qui le tient, qui le perd, et ce qu'il coûte à l'âme de ceux qui le convoitent.

Vos tragédies les plus sombres, Macbeth et Othello, semblent fascinées par le mal intérieur. Pourquoi ce penchant ?

Parce que le mal le plus terrible n'arrive pas du dehors, il sourd du dedans. Dans Macbeth, en 1606, un général brave devient assassin par pure ambition, et sa femme, croyant ses mains propres, finit par les frotter dans son sommeil : « Out, damned spot! Out, I say! » Cette tache qu'elle ne voit qu'elle, c'est la culpabilité qui ne s'efface d'aucune eau. Dans Othello, le poison n'est pas une épée mais un murmure — Iago verse la jalousie goutte à goutte dans l'oreille d'un homme noble jusqu'à le rendre meurtrier de ce qu'il aime. Je n'écris pas pour effrayer avec des monstres ; j'écris pour montrer qu'un honnête homme porte en lui de quoi se damner. Le spectateur frissonne moins de voir le crime que de comprendre qu'il aurait pu le commettre.

Le mal le plus terrible n'arrive pas du dehors, il sourd du dedans.
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The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) title QS:P1476,en:"The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) "label QS:Len,"The Cobbe Portrait of WillIam Shakespeare (1564-1616) "laWikimedia Commons, Public domain — anonymous

Vous évoquez avec émotion le Globe. Que s'est-il passé ce 29 juin dernier ?

Ce fut un jour que je n'oublierai pas. Le 29 juin 1613, nous donnions Henri VIII, et pour marquer l'entrée d'un roi, on tira un canon de scène. Une bourre enflammée monta vers le toit de chaume — et en un quart d'heure, mon théâtre de bois, ma cuve ronde où trois mille âmes s'étaient pressées, ne fut plus qu'un brasier. On raconte qu'un homme eut ses chausses en feu, qu'une chope de bière les éteignit, et que par miracle nul ne périt. Mais moi, je regardais brûler vingt ans de ma vie. Un théâtre n'est que des planches et du chaume ; pourtant, voir partir en fumée le lieu où vivaient Hamlet et Lear, c'est comme assister à la mort d'un ami qui vous aurait abrité chaque jour. On le rebâtira, dit-on. Les pierres se relèvent ; le temps qu'on y a vécu, jamais.

Je regardais brûler vingt ans de ma vie.

Sous le roi Jacques, le climat politique s'est tendu. Comment écrit-on dans un royaume traversé de complots ?

Quand Élisabeth mourut en 1603 et que Jacques Ier ceignit la couronne, nous devînmes les King's Men, la troupe du roi lui-même — un honneur, mais aussi une prudence à tenir. Car les temps étaient lourds : à peine deux ans plus tard, en 1605, le Complot des Poudres faillit faire sauter le Parlement et le roi avec. Dans une cour où la trahison se cache sous chaque révérence, on n'écrit pas impunément sur les rois. Macbeth, avec ses sorcières et son régicide, parle aussi à un souverain écossais hanté par les conspirations. J'ai appris à dire les vérités du pouvoir en les déguisant sous des couronnes anciennes, danoises ou écossaises. Le théâtre est un miroir qu'on tend au prince ; encore faut-il que le miroir ne le coupe pas trop fort, sous peine de finir à la Tour.

J'ai appris à dire les vérités du pouvoir en les déguisant sous des couronnes anciennes.

Que reste-t-il, pour vous, de ce foyer de Stratford que vous aviez quitté si jeune ?

On me croit tout entier à Londres, mais mon cœur n'a jamais quitté le Warwickshire. J'ai laissé là-bas Anne et nos enfants pendant que je courais les planches, et cette absence fut le prix de mon métier — un prix que je n'ai pas fini de payer. Avec le succès, j'ai acheté New Place, l'une des plus belles maisons de Stratford-upon-Avon, comme pour me prouver que le garçon parti les mains vides pouvait revenir en propriétaire respecté. C'est là que je me retire peu à peu, loin du tumulte de la fosse et de l'odeur de la Tamise. Un homme passe sa vie à fuir l'endroit d'où il vient, et il découvre, les cheveux gris, qu'il n'a écrit que pour avoir le droit d'y revenir.

Statues of Tang Xianzu and William Shakespeare - geograph.org.uk - 7142281
Statues of Tang Xianzu and William Shakespeare - geograph.org.uk - 7142281Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Philip Halling

Au-delà du théâtre, vous avez écrit cent cinquante-quatre sonnets. Qu'y cherchiez-vous que la scène ne donnait pas ?

La scène appartient à la foule ; le sonnet, à une seule oreille. Dans ces quatorze vers, j'ai pu dire ce qu'aucun roi ni aucun bouffon ne pouvait porter à ma place — l'amour, le temps qui ronge, la beauté qu'on voudrait arracher à la mort. « Shall I compare thee to a summer's day? Thou art more lovely and more temperate » : tout y est, le désir d'éterniser un visage sur du papier quand la chair, elle, se fane. Au théâtre, je prête ma voix à vingt personnages ; dans le sonnet, je n'en ai plus qu'un, et c'est peut-être le plus difficile à incarner — moi-même. La psychologie que je sonde chez Hamlet ou Lear, je l'ai d'abord essayée sur ma propre âme, à la lumière d'une chandelle, la plume d'oie à la main.

La scène appartient à la foule ; le sonnet, à une seule oreille.

On dit qu'aucun portrait fidèle de vous n'existe. Cette absence d'image vous trouble-t-elle ?

Voilà une étrange ironie : j'ai donné un visage à des centaines d'hommes — Hamlet, Othello, le vieux Lear — et je n'en ai guère laissé du mien. Nul peintre n'a fixé mes traits d'une manière dont je sois sûr ; un acteur passe, et son corps ne reste pas. Peut-être est-ce justice. Un dramaturge doit s'effacer derrière ses créatures, sinon le public ne verrait que lui et non le prince qu'il incarne. What's in a name? fais-je dire à Juliette — qu'importe le nom, qu'importe le visage, si l'œuvre respire. Pourtant, je l'avoue, l'idée qu'on ne saura pas même à quoi je ressemblais a quelque chose de vertigineux : être partout dans mes mots, et nulle part dans la mémoire des yeux.

J'ai donné un visage à des centaines d'hommes, et je n'en ai guère laissé du mien.

Vous avez écrit près de trente-sept pièces. Songez-vous parfois à ce qu'il en adviendra après vous ?

J'y songe plus que je ne l'avoue. Une pièce n'est pas un livre : elle vit le temps d'une représentation, puis le manuscrit traîne, se déchire, se perd dans la malle d'une troupe. Combien de mes textes ne sont conservés que dans des copies de souffleur, raturées, incertaines ! Si je devais imaginer qu'on me lise dans un siècle, il faudrait que des amis fidèles — quelque acteur de ma troupe, peut-être — rassemblent un jour ces feuillets épars en un seul volume, avant que la moisissure ne s'en charge. Je n'en sais rien ; nul ne peut promettre la postérité. Mais j'ai mis dans ces trente-sept pièces et ces sonnets tout ce qu'un homme sait de l'amour, du pouvoir et de la mort. Si quelque chose mérite de durer, ce ne sera pas mon nom : ce sera que d'autres, longtemps après moi, s'y reconnaîtront encore.

Si quelque chose mérite de durer, ce ne sera pas mon nom, mais qu'on s'y reconnaisse encore.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de William Shakespeare. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.