Interview imaginaire avec William Shakespeare
par Charactorium · William Shakespeare (1564 — 1616) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, poussent la porte d'une auberge de Londres. Devant eux, un homme à la barbe soignée pose sa plume d'oie. William Shakespeare leur sourit : il a tout son temps pour répondre.
—Vous aviez quel âge quand vous vous êtes marié ?
J'avais dix-huit ans, mon enfant. C'était en 1582. Imagine un garçon encore jeune, à Stratford-upon-Avon, qui doit se dépêcher d'épouser Anne Hathaway. Pourquoi se dépêcher ? Parce qu'elle attendait déjà un bébé. On a dû demander une permission spéciale pour aller plus vite. Tu vois, je n'étais pas encore le grand auteur dont on parle. J'étais juste un jeune homme avec une famille à nourrir. Trois ans plus tard, en 1585, des jumeaux sont nés. Deux d'un coup ! Avant les pièces, avant Londres, il y avait ça : un garçon ordinaire qui apprenait la vie.
Avant le génie, il y avait un garçon ordinaire.
—C'était comment, votre maison quand vous étiez petit ?
Elle était à Stratford-upon-Avon, faite de bois et de torchis. Le torchis, c'est un mélange de terre et de paille qu'on plaque sur les murs. Imagine une rue sans aucun bruit de moteur, juste les sabots des chevaux et les cris des marchands. Le matin, on mangeait du pain, un peu de fromage, et on buvait de la bière légère. Oui, même les enfants ! L'eau n'était pas sûre à boire, alors la bière douce remplaçait ton verre d'eau. Plus tard, devenu riche, j'ai acheté une grande maison là-bas, New Place. C'est là que je me suis retiré, vieux et fatigué, loin du tumulte de la ville.
—C'était comment, une journée quand vous travailliez au théâtre ?
Ah, quelle belle question ! Le matin, je traversais les rues animées de Londres. L'après-midi, vers deux heures, on jouait. Imagine un grand théâtre rond en bois, le Globe, ouvert sur le ciel : trois mille personnes serrées là-dedans, riches et pauvres mélangés. J'appartenais à une troupe, la Lord Chamberlain's Men. Une troupe, c'est une famille d'acteurs qui travaillent ensemble. J'étais à la fois acteur sur les planches et auteur des pièces. On répétait, je corrigeais les textes, je guidais les apprentis. Le soir, à la lueur des chandelles, j'écrivais encore. C'était fatigant, mon enfant, mais je n'aurais voulu aucune autre vie.
—Vous vous habilliez comment pour monter sur scène ?
Les costumes étaient magnifiques, tu sais ! Riches, colorés, brodés. Sur scène, un simple acteur pouvait ressembler à un roi grâce à eux. Imagine un manteau couvert de fil doré qui brille à la lumière du jour. Dans la vie de tous les jours, je portais plus sobre : un pourpoint ajusté — c'est une sorte de veste serrée — des chausses pour les jambes, et une cape. Ça montrait que j'étais un homme qui réussissait, sans pour autant être noble. Mais sur les planches du Globe, on enfilait la couronne et l'épée, et soudain le rêve commençait. Le costume, c'était la première magie, avant même les mots.
Le costume, c'était la première magie, avant même les mots.
—Comment vous faisiez pour inventer des personnages aussi vrais ?
Je les écoutais en dedans, mon enfant. Avant moi, on montrait souvent des héros tout d'une pièce : gentils ou méchants, voilà. Moi, je voulais montrer ce qui se passe à l'intérieur du cœur, là où l'on doute. Prends mon prince Hamlet. Il se demande s'il doit vivre ou mourir : To be, or not to be, that is the question. C'est-à-dire : « Être ou ne pas être, voilà la question. » Personne avant n'avait osé ouvrir une âme comme ça, en public. Mes personnages hésitent, ils ont peur, ils se contredisent. Comme toi, comme moi. C'est ça qui les rend vivants pour toujours.
Je ne montrais pas des héros parfaits, je montrais des cœurs qui doutent.

—Pourquoi y a-t-il un crâne dans Hamlet, c'est pas un peu morbide ?
Tu trouves ça effrayant ? Je te comprends. Mais écoute. Dans Hamlet, mon prince ramasse un crâne dans un cimetière. Et il pense à la mort, à ce qui reste de nous. Ce n'est pas pour faire peur, c'est pour faire réfléchir. À mon époque, la mort était partout, on ne la cachait pas. Dans une autre pièce, Macbeth, une reine se croit les mains sales de sang et crie : Out, damned spot! — « Va-t'en, tache maudite ! » Elle est rongée par ce qu'elle a fait. Tu vois, je parlais de la culpabilité, de nos remords. Le crâne, c'est juste une façon de dire : profite de ta vie pendant qu'elle dure.
La mort sur scène n'est pas là pour faire peur, mais pour faire réfléchir.
—Vous écriviez sur les rois. Vous n'aviez pas peur de les fâcher ?
Il fallait être prudent, oh oui. À mon époque, le pouvoir tremblait. En 1603, la reine Élisabeth Ire est morte, et un nouveau roi, Jacques Ier, est monté sur le trône. Deux ans plus tard, des hommes ont voulu faire sauter le Parlement avec de la poudre : on appelle ça le Complot des Poudres. Tu imagines la frayeur ? Alors j'ai écrit Macbeth, l'histoire d'un homme qui tue pour devenir roi et que le crime détruit. Je parlais du pouvoir, de l'ambition, mais à travers une histoire écossaise d'autrefois. C'était plus sage. On peut dire beaucoup de vérités quand on les habille en théâtre.
On peut dire beaucoup de vérités quand on les habille en théâtre.
—Ça vous faisait quoi d'écrire pour un roi qui pouvait tout décider ?
C'était un honneur et un danger en même temps, mon enfant. Notre troupe est même devenue celle du roi Jacques Ier : on jouait parfois pour la cour, ces nobles et courtisans qui entourent le souverain. Imagine devoir amuser et toucher l'homme le plus puissant du pays, sans jamais le vexer. Dans Macbeth, je montre qu'un roi qui prend le trône par le crime finit dévoré par sa peur. C'était une leçon, glissée doucement. Une couronne et une épée sur scène, ça brille fort, mais ça pèse lourd sur la tête de celui qui les porte. Le théâtre, c'était ma façon à moi de dire les choses sans me faire couper la mienne.

—C'est vrai que votre théâtre a brûlé pendant un spectacle ?
Hélas, oui ! C'était le 29 juin 1613. On jouait Henri VIII. Pour faire plus vrai, on tirait un petit canon de scène. Mais ce jour-là, une étincelle est partie dans le toit de chaume. Imagine : le grand Globe, tout en bois, qui s'enflamme en quelques minutes pendant que trois mille spectateurs se précipitent dehors. Et le plus extraordinaire ? Personne n'est mort. Pas une seule victime ! On raconte qu'un homme avait le pantalon en feu et qu'on l'a éteint avec de la bière. Mon cher théâtre est parti en fumée, mais tout le monde a survécu. On l'a reconstruit l'année d'après.
Mon théâtre est parti en fumée, mais pas une seule vie n'a été perdue.
—Vous étiez juste l'auteur, ou le théâtre était un peu à vous ?
Un peu à moi, justement ! Tu sais, je n'étais pas seulement celui qui écrivait les mots. J'étais aussi actionnaire du Globe. Un actionnaire, c'est quelqu'un qui possède une part de l'affaire et qui partage les gains. Alors quand le théâtre a flambé en 1613, ce n'était pas qu'un décor qui partait : c'était un peu mon argent et mon cœur. Imagine que ta maison, ton travail et ton rêve soient tous au même endroit, et que cet endroit brûle d'un coup. Mais notre troupe était solide. On a serré les rangs et reconstruit. Quand on aime ce qu'on fait, mon enfant, on recommence toujours.
Quand on aime ce qu'on fait, on recommence toujours.
—Si on pouvait vous lire encore dans très longtemps, ça vous ferait quoi ?
Cela me bouleverse, vraiment. Vois-tu, de mon vivant, on ne gardait pas toujours bien les textes des pièces. C'est après ma mort, en 1623, que des amis ont rassemblé trente-six de mes pièces dans un grand livre, le First Folio. Sans eux, Hamlet ou Macbeth auraient pu disparaître ! Imagine ta voix éteinte, et puis quelqu'un qui la rallume pour des siècles. J'écrivais sur l'amour, le pouvoir, la peur, la mort. Ces choses-là ne vieillissent jamais, parce que tu les ressentiras toi aussi un jour. Que deux enfants me posent encore des questions aujourd'hui, c'est ma plus belle récompense.
J'écrivais sur des choses qui ne vieillissent jamais, parce que tu les ressentiras toi aussi.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de William Shakespeare. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


