Imaginary interview

Imaginary interview with Abu Nuwas

by Charactorium · Abu Nuwas (756 — 814) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Abu Nuwas
Wikimedia Commons, Public domain — Kahlil Gibran

Bagdad, une nuit tiède au bord du Tigre. Les lampes des tavernes tremblent sur l'eau et, dans un jardin où traîne encore l'odeur du vin renversé, un homme d'âge mûr repose une coupe pour nous recevoir. Aboû Nouwâs sourit, l'œil vif malgré la fatigue des veilles, prêt à parler du vin, des califes et de son âme.

Comment définiriez-vous le cœur de votre art, ce qui vous a fait entrer dans la mémoire des hommes ?

Le vin, sans détour ni voile. On m'a reproché toute ma vie d'avoir chanté la coupe, la kâs, comme d'autres chantent la vertu, mais je n'ai fait qu'écrire ce que je buvais. Mes Khamriyyât, ces poèmes bachiques que j'ai remués par centaines, ont fait de la taverne un lieu digne des vers, là où les Anciens ne chantaient que les ruines du désert et la chamelle perdue. J'aime dire à mon échanson : « Verse-moi du vin et dis-moi que c'est du vin, ne me le cache pas sous des voiles d'allégorie. » Voilà tout mon métier — nommer la chose. Bagdad m'a donné une matière neuve, et j'ai eu l'insolence de la préférer aux sables de nos aïeux.

J'ai fait de la taverne un lieu digne des vers, là où les Anciens ne chantaient que les ruines du désert.

Pourquoi tant insister sur le vin réel, quand les poètes de votre temps préféraient l'allusion et la pudeur ?

Parce que la pudeur ment, et le vin ne ment pas. Dans mes vers je distingue le vin de la coupe et celui des joues du bien-aimé — deux ivresses, mais je tiens que celle de la coupe est la plus noble, car elle ne trahit personne. Les gardiens de la morale voulaient qu'on parle du nabîdh, cette boisson de dattes dont les théologiens débattaient la licéité, pour se donner bonne conscience. Moi, je nommais le khamr, le vin pur, celui qu'on cachait dans les grandes jarres venues de Perse et de Syrie, ambré comme un soir d'été. Chanter la chose telle qu'elle est, sous le regard du calife lui-même, voilà l'insolence qui m'a coûté cher — et qui m'a fait durer.

La pudeur ment, et le vin ne ment pas.

On raconte que Haroun al-Rachid vous jeta plus d'une fois en prison. Que s'est-il passé entre ce calife et vous ?

Haroun al-Rachid m'aimait comme on aime un fauve qu'on garde dans son palais : avec méfiance et délectation. Il m'a fait enfermer plusieurs fois — un vers trop hardi récité au mauvais moment, et les geôles s'ouvraient. Puis, le lendemain ou la semaine d'après, il me faisait libérer, car sa cour lui semblait fade sans mes joutes et mes moqueries. On dit dans le Livre des Chansons qu'il ordonna un jour mon emprisonnement pour un poème trop audacieux, avant de me rappeler, incapable de se priver de mon talent. C'était un jeu dangereux : je marchais sur le fil entre la faveur et le cachot, sachant qu'un calife qui rit de vous peut, l'instant d'après, vous faire trancher la langue.

Il m'aimait comme on aime un fauve qu'on garde dans son palais : avec méfiance et délectation.

Vous avez pourtant composé des panégyriques pour ces mêmes califes. Comment concilier la louange et la provocation ?

Un poète de cour doit savoir plier l'échine, sinon il meurt de faim. J'ai composé des madîh, des poèmes de louange, pour Haroun al-Rachid puis pour son fils al-Amine, dont je devins le favori quand il ceignit le califat. Mais je ne suis jamais un flatteur pur : sous l'éloge, je glissais volontiers une ironie que seuls les fins connaisseurs surprenaient. Louer un prince dans un majlis, devant l'assemblée des dignitaires, c'est un art de funambule — on dore le maître tout en gardant pour soi un sourire. Al-Amine, lui, aimait trop la fête pour se vexer de mes pointes ; nous étions faits pour nous entendre, et ses nuits ressemblaient à mes poèmes.

Vous êtes né loin de Bagdad, d'un sang mêlé. Que devez-vous à cette double origine ?

Je suis né à Ahvaz, en terre de Perse, d'un père arabe et d'une mère persane, et cette fêlure fut ma richesse. Des Arabes j'ai reçu la langue, sa rigueur, sa science des mètres ; des Persans, le goût du vin chanté, des roses et des amours qui ne rougissent pas. J'ai fondu les deux et j'ai forgé une poésie que les puristes du désert ont trouvée scandaleuse. Ma formation, je l'ai reçue à Bassora et à Kufa, auprès des maîtres de la grammaire et de la philologie, car pour briser les règles il faut d'abord les posséder jusqu'au bout des doigts. Un homme d'une seule culture n'aurait jamais osé ce que j'ai osé.

Un homme d'une seule culture n'aurait jamais osé ce que j'ai osé.
Confessions of Abu Nuwas 3
Confessions of Abu Nuwas 3Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

En quoi votre poésie rompait-elle avec la tradition héritée des anciens Arabes ?

Nos aïeux ouvraient chaque poème en pleurant sur un campement abandonné, les cendres d'un feu éteint, la trace d'une bien-aimée partie avec sa tribu. Belle mélancolie, mais je vivais dans Bagdad, une cité de près d'un million d'âmes, la plus vaste du monde, avec ses tavernes, ses marchés et ses jardins au bord du Tigre. Pourquoi pleurer un désert que je n'habitais plus ? J'ai tourné mes vers vers la ville, vers ce qu'on appelait la poésie urbaine, et j'ai raillé ouvertement ceux qui s'obstinaient à chanter la chamelle et le sable. On m'a traité d'impie et de destructeur ; je me tenais pour un homme de mon siècle, celui du luth et des lampes, non celui de la tente.

Pourquoi pleurer un désert que je n'habitais plus ?

Racontez-nous une de ces nuits de Bagdad dont vos poèmes gardent la trace.

Quand le soir tombait, je quittais l'habit du lettré pour une tenue plus discrète, et je descendais vers les tavernes du bord du Tigre. Elles étaient souvent tenues par des chrétiens ou des juifs, car la loi nous défendait le vin, mais dans Bagdad on partageait volontiers la même coupe sans regarder la croyance du voisin. Un 'ûd égrenait ses notes, un échanson au visage clair versait un vin ambré dans les kâs, et les vers me venaient tout seuls, dictés par l'ivresse et la lampe. J'ai même chanté un marchand de vin chrétien qui m'offrait ses meilleures amphores — geste qui dit tout de cette ville où les tavernes ne demandaient pas de profession de foi. Ces nuits-là étaient ma véritable majlis.

Dans Bagdad on partageait volontiers la même coupe sans regarder la croyance du voisin.
Confessions of Abu Nuwas 5
Confessions of Abu Nuwas 5Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Cette liberté que vous décrivez ne vous attirait-elle pas les foudres des dévots ?

Bien sûr, et j'en jouais comme d'un instrument. Les hommes de religion voyaient d'un très mauvais œil ce poète qui buvait le khamr défendu et le proclamait à la face du monde, sans même l'excuse de l'allégorie. Mais j'avais pour moi la protection des grands et l'amour du peuple, qui répétait mes vers dans les rues avant même que l'encre en fût sèche. On me disait libertin ; je répondais que je décrivais Bagdad telle qu'elle vivait vraiment, la nuit, quand les façades respectables s'ouvraient sur des cours où coulait le vin. La disgrâce des Barmakides, ces vizirs mécènes tombés en 803, m'avait appris que nul n'était à l'abri — alors autant vivre pleinement chaque coupe avant que la roue ne tourne.

On dit qu'à la fin de votre vie vous vous êtes détourné du vin pour la dévotion. Qu'en est-il vraiment ?

Ah, voilà la question que les lettrés se disputeront longtemps après moi. Il est vrai que sur le tard j'ai composé des Zuhdiyyât, des poèmes de repentir et de piété, où je pleure mes excès et implore le pardon. Étaient-ils sincères ? Je vous laisse en juger — un homme qui a chanté l'ivresse toute sa vie peut, au soir venu, sentir le froid de la fin et trembler devant son Créateur. Ou bien n'est-ce qu'un dernier tour du poète, qui sait pleurer avec autant de talent qu'il savait boire. Ces vers de dévotion font un étrange écho à mes Khamriyyât : les deux visages d'un même homme, ou l'ultime pirouette d'un vieux comédien. Moi-même, je ne trancherai pas.

Un homme qui a chanté l'ivresse toute sa vie peut, au soir venu, trembler devant son Créateur.

Si vous pouviez imaginer qu'on vous lirait dans les siècles à venir, comment voudriez-vous qu'on se souvienne de vous ?

Que l'on garde de moi le rire autant que le vin. On a déjà commencé à me glisser dans les contes qu'on raconte le soir, où je passe pour le bouffon espiègle du calife Haroun al-Rachid, celui qui se tire de tout mauvais pas par un vers improvisé. Ce n'est pas faux : l'esprit vif fut mon arme, plus sûre que l'épée. Mais j'aimerais qu'on n'oublie pas le poète derrière le farceur — celui qui osa nommer le vin sans voile et donna à la langue arabe une taverne pour temple. Si mon dîwân survit dans quelque rouleau recopié après ma mort, alors j'aurai duré plus que les califes qui m'ont emprisonné. Le rire et la coupe, voilà ce que je lègue.

L'esprit vif fut mon arme, plus sûre que l'épée.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Abu Nuwas's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.