Imaginary interview with Anggun
by Charactorium · Anggun (1974 — ?) · Performing Arts · Music · 6 min read

Fin d'après-midi dans un appartement parisien où des batiks muraux côtoient un canapé contemporain. Anggun revient d'une séance en studio, une écharpe aux motifs javanais sur les épaules. Elle propose du thé, s'assoit près de la fenêtre, et accepte de remonter le fil d'une vie partagée entre Jakarta et Paris.
—Comment était-ce de devenir une star nationale alors que vous n'étiez encore qu'une adolescente ?
J'ai enregistré mes premières chansons à sept ans, en 1981, quand les autres enfants apprenaient à peine à lire une partition. Puis, à quatorze ans, Dunia Milikku est sorti — « le monde m'appartient », disait le titre, et pendant quelques mois j'y ai presque cru. Dans un archipel de deux cents millions d'habitants, on connaissait mon visage, ma voix, jusqu'aux marchés de province. C'est vertigineux, un succès pareil quand on n'a pas fini de grandir. Mais très vite j'ai compris le piège : rester une gloire locale, chanter les mêmes refrains dans les mêmes émissions jusqu'à ce que le public se lasse. J'aimais trop la musique pour la laisser devenir une habitude. Alors j'ai commencé à regarder par-dessus l'océan, vers un ailleurs que je ne connaissais pas encore.
J'aimais trop la musique pour la laisser devenir une habitude.
—Pourquoi avoir tout abandonné en Indonésie pour repartir de zéro en Europe ?
En 1991, j'ai fait mes valises pour l'Europe — d'abord Londres, où j'ai frappé à des portes qui restaient closes, puis Paris. J'arrivais sans parler un mot de français, avec une notoriété qui ne valait plus rien de l'autre côté du globe. Beaucoup m'ont prise pour une folle : pourquoi quitter un pays où l'on m'aimait pour redevenir une inconnue ? Mais je refusais de vivre de mes souvenirs. J'ai suivi des cours de langue le matin, jusqu'à rêver en français au bout de quelques mois, et il a fallu attendre 1994 pour qu'un contrat se signe enfin. Trois années de patience, de doutes, de démarches. Recommencer à zéro, ce n'est pas humiliant : c'est la seule façon de savoir si l'on vaut par soi-même, et non par ce que l'on traîne derrière soi.
Recommencer à zéro, c'est la seule façon de savoir si l'on vaut par soi-même.
—Vous souvenez-vous de la fabrication de 'Snow on the Sahara' dans le studio ?
Ces après-midis avec Erick Benzi restent parmi mes plus beaux souvenirs de travail. On s'enfermait des heures, lui à ses claviers et ses arrangements électroniques, moi cherchant à glisser dessous les mélodies asiatiques que je portais depuis l'enfance, celles qui résonnaient comme un lointain écho de gamelan. Ce n'était pas simple : marier une pop occidentale à des sonorités orientales sans que l'une écrase l'autre, trouver ce point d'équilibre où les deux respirent ensemble. On recommençait, on effaçait, on doutait. Et puis un jour, la chanson a tenu debout toute seule. En 1997, Snow on the Sahara s'est classée dans plus de trente pays. Une artiste venue d'un pays non anglophone qui perce ainsi, c'était rare. Mais je crois que le public a entendu cette rencontre sincère entre deux mondes, pas un simple calcul.
Trouver ce point d'équilibre où les deux mondes respirent ensemble.
—Que représentait pour vous ce désert où fut tourné le clip ?
Nous sommes partis tourner dans les dunes du Sahara, et je me rappelle ce silence immense, cette lumière qui écrase tout. La chanson parle de neige sur le désert — une image impossible, une contradiction, exactement comme ma vie. Une Indonésienne des tropiques qui chante en anglais un tube français, n'est-ce pas déjà de la neige au Sahara ? J'ai aussi tenu à en donner une version dans la langue de mon pays d'adoption, Au nom de la lune, parce que je voulais m'imposer en France en français, pas seulement y passer. Ces dunes infinies disaient quelque chose de moi : le métissage, ce n'est pas confortable, c'est un paradoxe qu'on apprivoise. On croit que rien ne peut pousser là, et pourtant quelque chose y naît.
Une Indonésienne des tropiques qui chante en anglais un tube français, n'est-ce pas déjà de la neige au Sahara ?
—Que diriez-vous du soir où vous avez représenté la France à l'Eurovision de Bakou ?
Bakou, mai 2012. Cent vingt-cinq millions de téléspectateurs, ce chiffre donne le vertige quand on y pense trop, alors je préférais ne pas y penser. Je portais les couleurs de la France avec Echo (You and I), une chanson sur l'universalité de l'amour et le dialogue des cultures. J'ai choisi de la chanter en français et en anglais — pour moi, ce n'était pas une stratégie, c'était une évidence, ma double langue sur la plus grande scène télévisée d'Europe. Représenter un pays qui n'était pas celui de ma naissance mais celui de mon choix, c'était une fierté immense et une responsabilité. Il y a une différence entre naître quelque part et décider d'y appartenir. Ce soir-là, à l'autre bout de l'Europe, sur cette scène azerbaïdjanaise, j'ai eu le sentiment de rendre à la France un peu de l'accueil qu'elle m'avait offert.
Il y a une différence entre naître quelque part et décider d'y appartenir.

—Pourquoi tenir à chanter dans les deux langues plutôt que de choisir la plus universelle ?
On m'a souvent conseillé de ne chanter qu'en anglais, la langue du marché mondial, du single international qui s'écoule partout. Mais réduire ma voix à une seule langue, c'était trahir ce que je suis. À Bakou, en 2012, l'anglais portait la mélodie vers le monde, et le français disait mon ancrage, ma Francophonie choisie. Les deux ne se disputaient pas le micro : ils se répondaient. C'est d'ailleurs ce que j'ai voulu prolonger avec mon album Écho, en 2017, entièrement bilingue, comme une synthèse de tout mon parcours. Une langue, ce n'est pas qu'un outil de communication — c'est une manière d'habiter le monde. J'en ai deux, parfois trois si l'on compte l'indonésien de mon enfance, et je refuse d'en sacrifier aucune sur l'autel de l'efficacité commerciale.
Une langue, ce n'est pas qu'un outil de communication — c'est une manière d'habiter le monde.
—Que représente pour vous ce passeport français obtenu en 1998 ?
Ce passeport français, je l'ai reçu en 1998, après des années d'efforts et de patience. Ce n'est pas un simple document administratif rangé dans un tiroir : c'est le sceau d'un choix. On m'a demandé, le jour de ma naturalisation, si je renonçais à quelque chose. J'ai répondu que je n'abandonnais rien, que j'ajoutais. Je suis fière d'être indonésienne et fière d'être française. Ces deux identités ne s'opposent pas, elles se complètent et font de moi ce que je suis. Je garde ce passeport à côté du souvenir de Jakarta, et les deux cohabitent en paix. La naturalisation, ce n'est pas remplacer une appartenance par une autre, comme on changerait de manteau. C'est reconnaître qu'on peut aimer deux terres à la fois, sans que l'une jalouse l'autre.
Je n'abandonnais rien, j'ajoutais.

—Comment vivez-vous cette double appartenance au quotidien, loin des projecteurs ?
Il suffit de regarder chez moi. Sur mes murs parisiens, des batiks javanais, quelques marionnettes de wayang, à côté d'un mobilier tout européen. Le soir, il m'arrive de cuisiner un nasi goreng, ce riz sauté de mon enfance, avant de sortir pour une émission française. Sur scène, mes stylistes mêlent les motifs traditionnels de Java à la coupe de la haute couture parisienne — ma silhouette elle-même raconte cette double histoire. On me demande parfois si je ne me sens pas déchirée, écartelée entre deux mondes. Pas du tout. Un foyer comme le mien n'est pas un champ de bataille, c'est un lieu de passage, une frontière poreuse où les deux cultures se parlent. La mondialisation culturelle dont on parle tant, moi, je la vis dans ma cuisine et sur mes murs, très concrètement.
La mondialisation culturelle, moi, je la vis dans ma cuisine et sur mes murs.
—Comment votre engagement humanitaire pour l'Indonésie est-il né ?
Quand le tsunami a ravagé l'Asie du Sud-Est, fin 2004, l'Indonésie a été frappée de plein fouet. J'étais loin, à Paris, et cette distance devenait insupportable. Que valait ma voix, tout ce succès, si je ne m'en servais pas dans un moment pareil ? Je me suis engagée dans les opérations d'aide pour mon pays d'origine. Puis, en 2008, l'UNICEF m'a nommée ambassadrice de bonne volonté pour l'Indonésie. J'ai porté leurs combats : la lutte contre le travail des enfants, l'accès à l'éducation, ces droits qu'on croit acquis et qui manquent tant à d'autres. Ma double culture, qui aurait pu n'être qu'un argument de scène, prenait enfin tout son sens. Servir de pont entre les deux rives que j'habite — voilà ce que je crois être ma vraie tâche.
Que valait ma voix, tout ce succès, si je ne m'en servais pas dans un moment pareil ?
—Vous décrivez-vous volontiers comme un pont entre l'Asie et l'Occident ?
Un pont, oui, c'est l'image qui me revient toujours. Toute ma vie tient dans ce mot. Enfant, à Jakarta, j'entendais les percussions du gamelan résonner dans la ville ; adulte, je les ai glissées sous des arrangements occidentaux. Comme ambassadrice de l'UNICEF, je porte la voix d'enfants indonésiens devant des institutions européennes. Sur chaque tournée, où que j'aille en Europe, je garde un lien avec la communauté indonésienne de la ville, cette diaspora qui m'a soutenue à mes débuts parisiens. Un pont n'appartient ni à une rive ni à l'autre : sa raison d'être, c'est de relier. Longtemps j'ai cru devoir choisir mon camp. J'ai fini par comprendre que ma place était précisément là, au milieu, dans ce passage entre deux mondes que trop de gens croient irréconciliables.
Un pont n'appartient ni à une rive ni à l'autre : sa raison d'être, c'est de relier.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anggun's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


