Imaginary dialogue between Erick Benzi and Anggun
by Charactorium · Anggun (1974 — ?) · Performing Arts · Music · 6 min read

C'est dans un studio du 18e arrondissement de Paris, un soir de 2017, que Erick Benzi retrouve Anggun entre deux prises de l'album Écho. Sur la console traînent encore les partitions, et une odeur de café froid flotte dans la cabine où ils ont passé tant de nuits. Ils se connaissent depuis vingt ans, depuis le désert de Snow on the Sahara, et Erick vient ce soir moins en producteur qu'en complice, pour la faire parler de sa mue. Elle s'assoit au piano, éteint le micro, et sourit.
—Anggun, avant que je te rencontre, tu étais déjà une star à Jakarta. Raconte-moi la gamine qui chantait à sept ans.
Tu sais, Erick, quand j'ai enregistré mes premières chansons en 1981, je n'avais que sept ans et je ne savais pas encore que la musique serait toute ma vie. À quatorze ans, mon album de rock Dunia Milikku a fait de moi une célébrité dans tout l'archipel, dans un pays de deux cents millions d'habitants. J'ai grandi dans les sonorités du gamelan, ces gongs et ces percussions métalliques de Java qui résonnent encore en moi quand j'écris une mélodie. Ma mère m'habillait de batik, et je montais sur scène comme d'autres enfants vont à l'école. Cette précocité m'a donné une force, mais aussi une solitude : j'étais une adulte artistique dans un corps d'adolescente. Toute cette Indonésie-là, je l'ai emportée dans ma valise quand je suis partie.
J'étais une adulte artistique dans un corps d'adolescente.
—Puis tu as tout quitté. Quand tu es arrivée en Europe, tu ne parlais pas un mot de français. Pourquoi ce pari fou ?
Parce que je voulais renaître, pas survivre sur ma gloire passée. Je suis arrivée avec une valise et un rêve, comme je l'ai dit un jour à un journaliste du Monde, et j'ai refusé de vivre sur ma notoriété indonésienne. J'ai d'abord tenté Londres, sans succès, avant de m'installer à Paris. Le matin, je prenais des cours de français intensifs, je travaillais la prononciation, l'écriture, chaque voyelle. L'après-midi, coach vocal pour adapter ma voix aux standards européens. J'ai choisi de chanter dans la langue de mon pays d'adoption : Au nom de la lune, en 1997, c'était ma déclaration. Beaucoup m'ont crue folle de recommencer à zéro. Mais je préférais être une débutante sincère qu'une vedette recyclée. La France m'a accueillie, et je lui ai rendu cet accueil.
Je préférais être une débutante sincère qu'une vedette recyclée.
—Tu te souviens de nos nuits en studio sur Snow on the Sahara ? Dis-moi ce que tu cherchais dans cette fusion qu'on a bâtie.
Comment oublier, Erick ? Toi qui étais à la console, tu sais mieux que quiconque ce qu'on cherchait. Je voulais que mes mélodies asiatiques rencontrent tes arrangements électroniques occidentaux, sans que l'une écrase l'autre. Ces après-midis interminables où on recommençait vingt fois une phrase musicale, c'est là qu'est né mon son. Quand on a tourné le clip dans le désert du Sahara, ces dunes infinies disaient exactement ce que je ressentais : l'universel naît du métissage. La chanson a marché dans plus de trente pays, en 1997, une artiste venue d'un pays non anglophone qui perce sur le marché mondial. C'était impensable. Mais nous, on n'a jamais pensé « marché ». On a pensé émotion. Le reste a suivi comme la neige tombe, contre toute logique.
L'universel naît du métissage, comme la neige qui tombe sur le Sahara.
—Le français, tu l'as apprivoisé si vite. Écrire dans une langue neuve, ça change ta façon de sentir la musique ?
Énormément. Chaque langue a sa respiration, sa manière de poser le cœur sur une note. En indonésien, je chantais d'instinct ; en français, j'ai dû réapprendre à penser mes émotions. Au début, je butais sur les nasales, sur ces r qui n'existent pas chez moi. Mais peu à peu, la langue est devenue un instrument de plus. La francophonie, ce n'est pas seulement un passeport culturel : c'est une famille que j'ai choisie. Quand j'ai enfin réussi à écrire un vers qui sonnait juste, sans accent dans le sens caché des mots, j'ai su que j'étais chez moi. Je crois qu'une langue apprise adulte, on l'aime autrement — avec la conscience de chaque mot gagné. C'est peut-être pour ça que je soigne tant mes textes français.
La francophonie, ce n'est pas un passeport : c'est une famille que j'ai choisie.
—En 2012, tu as porté les couleurs de la France à l'Eurovision, à Bakou. Comment vit-on ça quand on est née à Jakarta ?
Avec une immense fierté et une pointe de vertige. Chanter Echo (You and I) devant cent vingt-cinq millions de téléspectateurs, en français et en anglais, c'était assumer toute mon histoire d'un seul geste. J'ai choisi les deux langues volontairement : mon pays d'adoption et la scène internationale, réunis. Quand j'ai été naturalisée en 1998, j'ai dit que j'étais fière d'être indonésienne et fière d'être française, que ces deux identités ne s'opposent pas mais se complètent. À Bakou, ce soir-là, mon passeport français en poche et le souvenir de Jakarta dans le cœur, j'ai senti que ces deux drapeaux ne faisaient plus qu'un en moi. Peu importait le classement : j'existais tout entière sur cette scène, sans avoir à choisir une moitié de moi.
Ces deux identités ne s'opposent pas : elles se complètent et font ce que je suis.

—Depuis nos débuts, tu as toujours refusé de gommer tes origines. Sur scène, ces tenues batik et haute couture, c'est un manifeste ?
Oui, un manifeste discret mais assumé. Mes stylistes mêlent les motifs batik javanais aux coupes de la haute couture française, et ce n'est pas un caprice esthétique : c'est ma biographie cousue sur le tissu. Je ne voulais jamais ressembler à une chanteuse occidentale interchangeable, ni à un exotisme de carte postale. Entre les deux, il y a moi, ce métissage vivant. Dans ma vie quotidienne, j'ai adopté la mode parisienne, mais je garde toujours un accessoire venu d'Orient. Chez moi, à Paris, il y a des wayang, des batiks aux murs, à côté d'un mobilier européen. Mon foyer, comme ma garde-robe, est un pont entre deux mondes. La mondialisation culturelle, on l'a beaucoup analysée ; moi, je la porte simplement sur ma peau.
Ma biographie, je la porte cousue sur le tissu de mes robes.
—Le tsunami de 2004 a ravagé l'Indonésie. Toi qui vis loin, comment as-tu vécu ce lien qui te reliait encore là-bas ?
Ça a été un déchirement. Voir mon pays d'origine dévasté depuis la France, impuissante à distance, c'était insoutenable. Je me suis engagée dans les opérations humanitaires, parce qu'on ne coupe jamais vraiment le cordon avec la terre qui vous a vu naître. C'est en partie de là qu'est venu mon engagement plus large. En 2008, j'ai été nommée ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF pour l'Indonésie, notamment contre le travail des enfants et pour l'accès à l'éducation. J'y pensais souvent, moi qui chantais déjà à sept ans : combien d'enfants n'ont pas eu ma chance ? Ma double culture, au lieu de me diviser, m'a donné une mission : servir de pont entre l'Occident et l'Asie du Sud-Est. La célébrité n'a de sens que si elle sert à cela.
On ne coupe jamais vraiment le cordon avec la terre qui vous a vu naître.

—Cette diaspora indonésienne d'Europe, tu t'y es appuyée à tes débuts. Elle compte encore pour toi aujourd'hui ?
Immensément. Quand je débutais à Paris, seule et sans repères, la communauté indonésienne a été mon premier public, ma première famille de substitution. En tournée, aujourd'hui encore, je garde ce réflexe : dans chaque ville, je retrouve la diaspora, je préserve ce lien avec mes racines. Ce sont eux qui m'ont rappelé, dans mes moments de doute, d'où je venais et pourquoi je chantais. Ils sont fiers de me voir porter nos couleurs sur les scènes du monde, et cette fierté me porte en retour. Je crois qu'un artiste déraciné qui oublie sa communauté finit par chanter dans le vide. Moi, je chante avec Jakarta dans le dos et Paris dans les yeux. Ces gens-là, ce sont les gardiens silencieux de mon identité, ceux devant qui je ne triche jamais.
Je chante avec Jakarta dans le dos et Paris dans les yeux.
—On nous a longtemps rangés dans la case world music. Cette étiquette, tu l'as vécue comme une reconnaissance ou une prison ?
Les deux, honnêtement. La world music a ouvert des portes, elle a permis à des sonorités non occidentales d'exister sur le marché mondial dans les années 1990. Mais une étiquette, ça enferme aussi. On voulait parfois me réduire à l'exotisme, à la chanteuse « venue d'ailleurs ». Or je fais de la pop, tout simplement, une pop nourrie de mille influences. Toi et moi, Erick, on n'a jamais composé « de la world » : on a cherché une émotion universelle avec les outils qu'on avait sous la main. Le métissage musical, ce n'est pas un genre commercial, c'est une manière d'être au monde. Je refuse les cases parce que ma vie entière est un franchissement de frontières. Ma seule catégorie, c'est la sincérité.
Le métissage n'est pas un genre commercial : c'est une manière d'être au monde.
—Dernière question, mon amie. Si la petite chanteuse de Jakarta te voyait ce soir, dans ce studio, que lui dirais-tu ?
Je lui dirais de ne pas avoir peur. Cette gamine de quatorze ans, star dans son archipel, ne pouvait pas imaginer qu'elle traverserait les océans, apprendrait une langue nouvelle, porterait un jour les couleurs d'un autre pays sans jamais trahir le sien. Je lui dirais que tout ce qu'elle croit devoir abandonner en partant, elle l'emportera au contraire au fond d'elle — le gamelan, le batik, la voix de sa mère. Rien ne se perd, tout se transforme. Le microphone qu'elle serre déjà à sept ans, elle le tiendra encore des décennies plus tard, sur des scènes qu'elle n'ose même pas rêver. Et surtout, je lui dirais qu'être double n'est pas être divisée : c'est être plus vaste. Voilà, Erick, ce que vingt ans de musique avec toi m'ont appris.
Être double n'est pas être divisée : c'est être plus vaste.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Anggun's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


