Imaginary interview with Ariel Sharon
by Charactorium · Ariel Sharon (1928 — 2014) · Military · Politics · 6 min read

Fin d'après-midi sur la ferme des Sycomores, au cœur du Néguev. Le vieux général reçoit dans la poussière tiède du désert, entre l'odeur du bétail et le lointain grondement de ses guerres. Il parle bas, mais chaque phrase tombe comme un ordre.
—Comment un fils de fermier est-il devenu l'un des officiers les plus offensifs de son armée ?
Je suis né en 1928 à Kfar Malal, un village de terre et de sueur où mes parents, venus de l'Est de l'Europe, cultivaient des agrumes. On y apprenait à tenir une bêche avant de tenir un fusil. En 1948, quand l'État est né dans le feu, j'étais un jeune officier ; j'ai été grièvement blessé, laissé longtemps sur le terrain, et j'ai compris ce jour-là que survivre était affaire de minutes et de camarades. Cinq ans plus tard, on m'a confié l'unité 101. Nos voisins envoyaient des infiltrés tuer des civils la nuit ; l'armée, elle, restait immobile sur la défensive. J'ai voulu une poignée d'hommes capables de frapper au-delà de la frontière, vite, et de rentrer. C'était brutal, oui. Mais je croyais qu'un peuple qui venait d'échapper à l'anéantissement n'avait plus le luxe d'attendre les coups sans jamais les rendre.
—Cette unité 101 a-t-elle vraiment changé la façon dont Israël faisait la guerre ?
Elle a changé un état d'esprit avant de changer une tactique. Jusque-là, on portait l'uniforme de Tsahal comme on porte un deuil : dignement, mais en subissant. Moi, je voulais que le kaki redevienne une menace. Avec l'unité 101, puis les parachutistes, j'ai imposé l'idée qu'on ne demande pas la permission à l'ennemi pour le surprendre : on va le chercher chez lui. Beaucoup m'ont reproché mon indiscipline, mes ordres pris seul, ma manie de dépasser ce qu'on m'avait fixé. On m'a surnommé le Bulldozer, et je n'en ai jamais rougi. Un bulldozer ne contourne pas l'obstacle : il passe au travers. Cette doctrine du mouvement et de la percée, je l'ai portée jusque dans les sables du Sinaï, et elle est devenue, que cela plaise ou non, une part du caractère de notre armée.
Un bulldozer ne contourne pas l'obstacle : il passe au travers.
—Vous souvenez-vous de la nuit où vous avez fait traverser le canal de Suez à vos hommes ?
Octobre 1973. La guerre du Kippour avait commencé par une gifle : les Égyptiens avaient franchi le canal de Suez, nos lignes vacillaient, et à l'arrière on parlait déjà de catastrophe. J'ai vu, moi, une faille entre leurs deux armées, un couloir vers l'eau. On m'a ordonné d'attendre ; j'ai poussé mes chars vers la brèche. Faire passer des blindés de l'autre côté du canal, sur des pontons, sous le feu, c'était jouer notre existence sur un coup de dés. La tête bandée après une blessure au front, je répétais aux équipages qu'on ne franchit pas un fleuve à moitié. Nous avons encerclé leur IIIᵉ armée. Ce qui avait commencé comme une déroute s'est retourné. On m'a appelé héros ; je préférais me dire que j'avais simplement refusé de perdre.
—L'image du général au front bandé est restée célèbre. Que représentait-elle pour vos soldats ?
Ce bandage n'était rien qu'un pansement maladroit sur une blessure sans gravité. Mais un soldat regarde son chef pour savoir s'il doit avoir peur. Quand ils me voyaient, le crâne enveloppé de gaze, debout sur le talus au bord du canal de Suez, poussiéreux comme eux, ils comprenaient que je ne commandais pas depuis une carte à l'arrière. J'ai toujours pensé qu'un général doit sentir la même terre, la même chaleur, le même danger que ses hommes. Plus tard, on a fait de cette tête bandée une icône, on l'a mise sur des affiches. Je m'en méfiais un peu : les légendes embellissent ce qui n'était que fatigue et hasard. Mais je ne nierai pas que, dans la guerre du Kippour, un pansement a parfois tenu lieu de discours. Les hommes suivent ce qu'ils voient, pas ce qu'on leur promet.
—En 1982, ministre de la Défense, vous menez l'invasion du Liban. Comment avez-vous justifié cette guerre ?
En 1982, notre frontière nord vivait sous la menace : des roquettes, des attaques, une organisation armée installée juste de l'autre côté. Comme ministre de la Défense, j'ai voulu l'en chasser une fois pour toutes, la repousser loin, jusqu'à Beyrouth s'il le fallait. Je croyais qu'un coup net vaudrait mieux qu'une plaie qui s'infecte pendant des années. Nous sommes entrés au Liban. Mais une guerre lancée pour être brève s'est enlisée dans un pays fracturé que je connaissais mal, entre milices, clans et vengeances anciennes. J'ai appris là, dans la douleur, qu'un char peut franchir une frontière mais qu'aucun char n'a jamais compris à lui seul un peuple. Le Sinaï se traverse ; le Liban, lui, vous retient. C'est la campagne dont je parle le moins volontiers, et vous devinez pourquoi.

—Les massacres de Sabra et Chatila ont durablement terni votre nom. Portez-vous une part de cette tragédie ?
Ces jours de septembre 1982 sont une blessure que le temps n'a pas refermée. Dans les camps de Sabra et Chatila, des milices libanaises ont massacré des civils. Ce ne sont pas mes soldats qui ont tenu les couteaux — je l'ai dit, je le maintiens. Mais la commission Kahane a jugé que, comme ministre de la Défense, j'aurais dû prévoir ce que ces hommes étaient capables de faire, et que je ne l'avais pas anticipé. On m'a retiré mon portefeuille. J'ai vécu cela comme une injustice et, en même temps, comme le prix d'une fonction : celui qui commande répond aussi de ce qu'il n'a pas su empêcher. Beaucoup ont cru que ma carrière s'achevait là. Ils se trompaient. Mais je n'ai jamais prétendu que ces morts pesaient légèrement sur ma mémoire.
Celui qui commande répond aussi de ce qu'il n'a pas su empêcher.
—Loin des champs de bataille, vous aviez une ferme dans le Néguev. Qu'alliez-vous y chercher ?
Le silence, d'abord. Ma ferme des Sycomores, dans le désert du Néguev, était mon vrai foyer, bien plus que les résidences officielles de Jérusalem. Là-bas, je me levais avec les bêtes, je montais sur un tracteur, je marchais dans des terres que le désert dispute encore à l'homme. On m'appelait le Bulldozer, l'homme de fer, le général sans nerfs — et pourtant rien ne m'apaisait comme l'odeur d'un troupeau au petit matin. Mes parents m'avaient transmis cet amour de la terre à Kfar Malal, et je crois que je n'ai jamais cessé d'être ce fils de fermier déguisé en soldat. Le soir, quand les affaires de l'État me le permettaient, je regagnais le Néguev pour échapper à la pression. Un homme qui a tant labouré des champs de bataille avait bien besoin d'un champ où l'on sème pour de bon.
—On vous décrit à la fois comme un homme de fer et comme un bon vivant. Ces deux Sharon se rencontraient-ils ?
Ils dînaient à la même table, croyez-moi. J'aimais la bonne chère, les plats copieux, le houmous, les viandes, les salades de chez nous — et ma silhouette n'en faisait pas mystère. Un homme qui a connu la faim des marches nocturnes et la peur du feu apprend à savourer une assiette pleine et une soirée tranquille. À la ferme des Sycomores, je recevais, je parlais de mon bétail plus volontiers que de politique. Ce côté terrien déconcertait ceux qui n'attendaient de moi que de la dureté. Mais je n'ai jamais séparé les deux : c'est le même appétit qui me faisait aimer la vie et vouloir la défendre. On m'a surnommé le Lion de Dieu, parce qu'Ariel signifie cela en hébreu ; un lion mange, dort au soleil, et bondit quand il le faut. Je ne me suis jamais senti obligé de choisir.
—En 2005, vous, l'ardent défenseur des colonies, ordonnez le retrait de Gaza. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Toute ma vie, j'avais encouragé les implantations ; j'avais aidé des familles à bâtir des maisons dans les territoires, brique après brique. Et voilà que c'est moi, en 2005, qui ai ordonné d'évacuer chaque colon et chaque soldat de la bande de Gaza. Comprenez : un chef ne sert pas ses habitudes, il sert la sécurité de son peuple. Je regardais cette petite bande surpeuplée, ce point de friction permanent, et j'ai jugé que nous y usions nos forces pour presque rien. J'ai voulu, comme je l'ai dit alors, réduire au minimum les frictions entre Israéliens et Palestiniens. On m'a traité de traître, dans mon propre camp, ceux-là mêmes qui m'avaient acclamé. Mais je n'ai jamais confondu la fidélité à une idée avec l'entêtement. J'avais bâti ; je pouvais, s'il le fallait, défaire de ma propre main.
Je n'ai jamais confondu la fidélité à une idée avec l'entêtement.
—Cette décision vous a coûté votre parti. Pourquoi fonder Kadima plutôt que de plier ?
Le Likoud, je l'avais servi, je l'avais incarné. Mais après le retrait de Gaza, il ne me suivait plus ; il voulait un chef d'hier, pas un homme qui avance. Alors j'ai fait ce que j'ai toujours fait sur le terrain : quand la route est bloquée, on ouvre une autre voie. J'ai fondé Kadima, ce qui veut dire « En avant » en hébreu — le nom n'était pas un hasard. Je voulais un parti du centre, débarrassé des vieux dogmes, capable de tracer des frontières et de vivre enfin sans la guerre. Je n'en ai pas eu le temps. En 2006, la maladie m'a saisi au milieu d'une phrase, si j'ose dire, et m'a plongé dans un long sommeil. Un homme qui a passé sa vie en mouvement s'est arrêté d'un coup. S'il me reste une chose à dire : ne confondez jamais la force et l'immobilité.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ariel Sharon's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


