Imaginary interview

Imaginary interview with Arthur Rimbaud

by Charactorium · Arthur Rimbaud (1854 — 1891) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Harar, un soir de 1885. Dans une maison de pierre de la vieille ville fortifiée, un homme de trente ans tient ses comptes à la lueur d'une lampe, sa balance de négociant rangée près des malles. Rien ne laisse deviner qu'il fut, dix ans plus tôt, l'enfant terrible qui incendia la poésie française. Il accepte, ce soir, de remonter le fil.

Vous aviez seize ans quand la guerre est tombée sur les Ardennes. Comment ce moment a-t-il nourri vos premiers vers ?

J'avais seize ans, et les Prussiens occupaient Charleville — cette ville que j'appelais Charlestown, avec tout le mépris dont un garçon est capable. Sur les routes des Ardennes, on croisait des uniformes, des convois, et parfois, dans un repli d'herbe, un homme couché qui ne se relèverait plus. C'est de là qu'est né Le Dormeur du val : un soldat qui semble dormir au soleil, la nuque dans le cresson, et puis ces deux trous rouges au côté droit qu'on ne découvre qu'au dernier vers. Je n'ai pas voulu écrire un poème de guerre ; j'ai voulu qu'on caresse la lumière avant de tomber sur la mort. La nature était belle et indifférente, elle berçait ce mort comme une mère ment à son enfant. À cet âge-là, on apprend vite que la beauté ne console de rien.

Avant de conquérir Paris, vous y êtes arrivé de la pire des façons. Que s'est-il passé ?

Dès quinze ans, je ne tenais pas en place. Un jour, j'ai sauté dans un train pour Paris sans un sou pour le billet — on m'a cueilli à la gare du Nord comme un vagabond et jeté à la prison de Mazas, jusqu'à ce que mon professeur Izambard vienne payer ma rançon. Mais Paris me brûlait déjà. J'y suis revenu plus tard avec, dans ma poche, cent vers écrits sans avoir jamais vu la mer : Le Bateau ivre. Imaginez la chose — un gamin des Ardennes, à mille lieues de tout océan, qui fait descendre un navire le long des Fleuves impassibles, délivré de ses haleurs. C'était ma carte de visite. Les poètes parisiens voulaient du génie ? Je leur apportais une mer entière que je n'avais inventée que dans ma tête.

On raconte que votre entrée dans les cercles parnassiens fut tout sauf discrète. Comment vous êtes-vous présenté à ces poètes établis ?

Ah, ce dîner des Parnassiens, en 1871... Verlaine m'avait introduit dans ce cénacle de messieurs bien peignés qui se récitaient leurs vers comme on encense un autel. Moi, je trouvais cela mortellement solennel. Alors, à chaque alexandrin déclamé avec onction, je lâchais un « Merde ! » bien sonore, en guise de ponctuation. Vous auriez vu les visages ! Ces gardiens du temple, scandalisés par un provincial de seize ans aux poignets trop maigres et aux semelles crottées. On me prenait pour un sauvage. Peut-être l'étais-je. Mais je n'avais pas marché des dizaines de kilomètres sur les routes pour venir m'asseoir sagement et applaudir l'art pour l'art. Le Parnasse voulait la perfection ; moi, je voulais l'incendie.

Le Parnasse voulait la perfection ; moi, je voulais l'incendie.

Dans votre lettre à Paul Demeny, vous formulez une véritable théorie du poète. Que cherchiez-vous à dire exactement ?

En mai 1871, j'ai écrit à Paul Demeny une lettre où je crois avoir dit l'essentiel de ce que je cherchais. « Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. » Comprenez bien : il ne s'agit pas de délire gratuit. Le mot compte — raisonné. Je voulais déranger l'ordre de mes perceptions avec méthode, traverser « toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie », pour atteindre l'inconnu et en rapporter quelque chose. Le poète, selon moi, n'est pas un joli faiseur de rimes : c'est un explorateur qui s'avance là où la raison ordinaire ne mène plus, quitte à s'y brûler l'âme.

Dans Voyelles, vous attribuez une couleur à chaque lettre. Faut-il y voir un système, ou autre chose ?

Prenez mon sonnet Voyelles. J'y donne une couleur à chaque lettre : A noir, E blanc, I rouge, et ainsi de suite. On a beaucoup glosé là-dessus, on y a cherché des systèmes savants. La vérité est plus simple et plus folle : je voyais réellement les sons, les lettres avaient pour moi un grain, une teinte, une chair. C'est cela, être voyant — laisser les sens se mêler et se répondre. Plus tard, dans les Illuminations, j'ai brisé jusqu'au moule du vers, j'ai écrit en prose, en vers libre, parce que la vision ne tient pas dans le compte des syllabes. La forme classique, le sonnet que je maîtrisais pourtant, devenait une cage. Je voulais une langue neuve pour des choses que personne n'avait encore nommées.

Je voyais réellement les sons : les lettres avaient pour moi un grain, une teinte, une chair.
Portrait d'Arthur Rimbaud 1923 Armand Coussens
Portrait d'Arthur Rimbaud 1923 Armand CoussensWikimedia Commons, Public domain — Armand Coussens (1881-1935)

Votre rencontre avec Verlaine a tout changé. Comment décririez-vous ces deux années passées ensemble ?

Verlaine... Je lui avais envoyé mes poèmes depuis Charleville, et il m'a répondu de venir, qu'on m'attendait là-bas comme une grande âme. Je suis venu. Nous avons brûlé près de deux ans ensemble, à partir de 1872 — la Belgique, puis Londres, où nous vivions de presque rien, à marcher des heures, à boire l'absinthe et à nous déchirer. Il me surnommait « l'homme aux semelles de vent », et c'était juste : je ne tenais en place nulle part, et lui ne savait ni me garder ni me lâcher. Notre amitié était un orage qui ne crevait jamais tout à fait. Deux hommes qui s'aimaient et se haïssaient avec la même fureur — cela ne pouvait pas finir doucement.

Cette relation s'est achevée dans la violence à Bruxelles. Que reste-t-il de cet été-là ?

Juillet 1873, Bruxelles, une chambre d'hôtel. Je voulais partir, en finir avec cette vie impossible. Verlaine, ivre et désespéré, a sorti un revolver et a tiré — deux coups, l'un m'a touché au poignet. Nous avons fini au poste, lui en prison. Voilà où menait notre amour : à une balle et à des menottes. Je suis rentré me terrer à la ferme de Roche, dans les Ardennes, et c'est là, cet été-là, que j'ai écrit Une saison en enfer — le seul livre que j'aie publié de ma propre main, de mon vivant. J'y règle mes comptes : avec Verlaine, avec la poésie, avec moi-même. « Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre. » Tout y était déjà.

Voilà où menait notre amour : à une balle et à des menottes.
Léon Weissberg portrait de Rimbaud
Léon Weissberg portrait de RimbaudWikimedia Commons, Public domain — Léon Weissberg

Pendant que vous écriviez, Paris s'embrasait. Que représentait pour vous la Commune ?

Au printemps 1871, pendant que Paris se soulevait, j'avais le cœur du côté des insurgés. La Commune, pour le gamin que j'étais, ce n'était pas le désordre que dénonçaient les journaux bien-pensants : c'était un peuple qui osait se gouverner lui-même, balayer les maîtres, inventer autre chose. J'en rêvais depuis Charleville, j'y voyais l'aube d'un monde lavé de ses vieilles hypocrisies. Quand on a seize ans et qu'on étouffe sous l'ordre bourgeois, sous l'église, sous l'école, sous une mère qui compte les sous, une insurrection ressemble à une promesse. On l'a écrasée dans le sang, bien sûr. Les choses libres finissent presque toujours fusillées contre un mur. Mais cette flambée m'a marqué : j'ai compris que je serais toujours du côté de ce qui brûle, pas de ce qui range.

À vingt ans, vous avez tout abandonné. Comment passe-t-on du poème à la balance de négociant ?

Vers vingt ans, j'ai posé la plume. Pas par dépit — par dégoût d'un certain mensonge. La littérature ne me suffisait plus, ou plutôt je n'avais plus rien à lui demander. Alors j'ai marché vers le sud, toujours plus loin, jusqu'à Harar, en Abyssinie. Là, je suis devenu négociant : j'achète et je revends du café, des peaux, je pèse les sacs sur ma balance, je tiens mes comptes au centime près. Mes journées sentent désormais le grain et la poussière, plus l'encre. Je commande mes marchandises dans des malles, j'organise les caravanes à travers le désert. Les Parisiens me croient peut-être poète encore, ou mort — moi, je ne suis qu'un homme qui fait du commerce dans la Corne de l'Afrique, et qui n'écrit plus que des lettres d'affaires et des plaintes à sa famille.

On commençait alors à célébrer votre œuvre en France. Le saviez-vous, là-bas, dans votre exil ?

Vous me parlez de gloire ? À Harar, je n'en savais rien. Pendant que là-bas, en France, on imprimait mes vers — Verlaine a même publié mes Illuminations sans me demander mon avis, me croyant disparu —, moi je m'enfonçais dans un ennui sans fond. Je l'ai écrit à ma famille en 1885 : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. » Cette existence sans famille, sans occupation pour l'esprit, me pesait comme une pierre au cou. Voilà l'ironie de ma vie : on me couronnait poète à Paris quand je n'étais plus, à mes propres yeux, qu'un commerçant fatigué qui rêvait d'amasser de quoi rentrer un jour. La célébrité d'un homme arrive souvent quand il a cessé d'être celui qu'on célèbre.

On me couronnait poète à Paris quand je n'étais plus, à mes yeux, qu'un commerçant fatigué.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Arthur Rimbaud's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.