Imaginary interview with Arthur Rimbaud
by Charactorium · Arthur Rimbaud (1854 — 1891) · Literature · 5 min read
Deux élèves de cinquième, en classe découverte dans les Ardennes, ont rendez-vous avec un poète au regard clair et aux semelles usées. Il les fait asseoir près d'un cahier d'écolier rempli d'une écriture serrée. « Posez vos questions, dit-il, je n'ai jamais aimé les longs discours. »
—C'est vrai que vous vous êtes enfui de chez vous tout seul à 15 ans ?
Oui, c'est vrai. J'avais 15 ans et j'étouffais à Charleville, ma ville natale dans les Ardennes. Un jour, j'ai sauté dans un train pour Paris. Petit problème : je n'avais pas payé mon billet ! On m'a arrêté à la gare du Nord, puis enfermé quelques jours à la prison de Mazas. Imagine un gamin maigre, seul, derrière des barreaux, qui attend qu'on vienne le chercher. C'est mon professeur, monsieur Izambard, qui est venu me sortir de là. Tu sais, ça n'a pas suffi à me calmer. Cette fugue, c'était juste la première d'une longue série. J'avais les pieds qui me démangeaient.
J'avais 15 ans et les pieds qui me démangeaient.
—Pourquoi vous aimiez autant marcher sur les routes, vous étiez pas fatigué ?
Fatigué ? Bien sûr ! Mais marcher, c'était ma liberté. Mon ami Verlaine m'appelait « l'homme aux semelles de vent ». Joli surnom, non ? Ça veut dire que je ne tenais pas en place, que je filais comme une bourrasque. Je parcourais des dizaines de kilomètres à pied, mes chaussures trouées. J'en ai fait un poème, Ma Bohème. Imagine : un garçon qui dort à la belle étoile, qui mange du pain quand il en trouve, et qui regarde les étoiles comme des amies. Pas d'argent, pas de maison, mais le ciel pour plafond. À ton âge, on rêve d'aventures. Moi, je les vivais sur les routes.
—Comment vous avez pu écrire un poème sur la mer si vous l'aviez jamais vue ?
Ah, tu mets le doigt sur le plus drôle ! J'avais 16 ans quand j'ai écrit Le Bateau ivre, cent vers sur un voyage en plein océan. Et pourtant, je n'avais jamais vu la mer ! J'étais à Charleville, dans les Ardennes, loin de toute vague. Comment ? Avec mon imagination, mon enfant. J'avais dévoré des livres à la bibliothèque, et dans ma tête, je voyais les flots, les tempêtes, les couleurs. Le poème commence comme ça : « Comme je descendais des Fleuves impassibles... » Tu n'as pas besoin de tout voir pour tout rêver. C'est ça, le secret d'un poète : fermer les yeux et partir plus loin que ses pieds.
Tu n'as pas besoin de tout voir pour tout rêver.
—Et après, qu'est-ce que vous avez fait avec ce poème sur le bateau ?
Je l'ai mis dans ma poche et je suis monté à Paris ! Tu sais, quand on est jeune et inconnu, il faut bien se faire remarquer. Le Bateau ivre, c'était ma carte de visite. Imagine que tu arrives dans une grande ville où personne ne te connaît, et que tu poses sur la table un poème si fort que les adultes en restent bouche bée. C'est exactement ce qui s'est passé. Verlaine et les poètes parisiens ont été impressionnés par ce gamin de province. Un poème, ça peut t'ouvrir des portes mieux qu'une lettre de recommandation. Mes vers parlaient pour moi, et ils parlaient fort.
—C'est qui Verlaine, et c'était comment quand vous l'avez rencontré ?
Verlaine était un poète déjà connu quand je l'ai rencontré, en 1871. Moi, j'étais un inconnu de 17 ans débarqué des Ardennes. Il m'a invité à un dîner avec des poètes très sérieux, les Parnassiens. Et là, je t'avoue, je me suis mal tenu ! À chaque vers qu'un monsieur lisait à voix haute, je lançais un « Merde ! » bien sonore. Imagine la tête de ces messieurs en costume ! J'étais un provocateur, un peu sauvage. Mais Verlaine, lui, m'a trouvé génial. On est devenus inséparables. Tu sais, l'amitié entre deux artistes, c'est intense, parfois trop. La nôtre allait devenir orageuse.

—C'est vrai que votre ami vous a tiré dessus avec un revolver ?
Hélas, oui. Notre amitié était devenue un orage. En juillet 1873, on était dans un hôtel à Bruxelles, et on se disputait sans arrêt. Verlaine avait trop bu, il était désespéré que je veuille partir. Alors il a pris un revolver et il a tiré. Une balle m'a touché au poignet. Imagine ce moment : deux amis qui s'aimaient, et soudain un coup de feu entre eux. Ça a tout brisé. Verlaine est allé en prison, et notre histoire s'est arrêtée là. Tu vois, mon enfant, les sentiments trop forts peuvent faire très mal. J'ai compris ce jour-là qu'on peut blesser quelqu'un en croyant le retenir.
On peut blesser quelqu'un en croyant le retenir.
—Ça veut dire quoi être un "voyant" ? Vous voyiez le futur ?
Ah non, pas comme une diseuse de bonne aventure ! Pour moi, le voyant, c'est le poète qui voit plus loin que le monde ordinaire. J'avais 16 ans quand j'ai écrit ça dans une lettre, en 1871. Je disais : « Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. » Compliqué ? Je t'explique. Ça veut dire bousculer ta façon de sentir, de voir, d'entendre, pour percevoir des choses cachées. Imagine que tu regardes une flamme tellement longtemps que tu y vois des mondes. Le poète, lui, fait ça avec les mots. Il dérègle tout pour mieux voir l'invisible.

—On m'a dit que vous donniez des couleurs aux lettres, comme A en noir ?
Oui ! C'est mon sonnet Voyelles. Un sonnet, c'est un petit poème de quatorze vers, très ancien comme forme. Mais moi, j'ai eu une idée bizarre et amusante : associer chaque voyelle à une couleur. Le A devient noir, le E blanc, et ainsi de suite. On appelle ça la synesthésie : c'est quand un sens en réveille un autre, quand une lettre te fait voir une couleur. Imagine que tu entendes un son et que ça te donne le goût du citron ! C'est un peu fou, je sais. Mais la poésie sert justement à mélanger les choses qu'on croyait séparées. Les lettres, pour moi, avaient des couleurs.
—Pourquoi vous êtes parti en Afrique au lieu de continuer à écrire ?
Bonne question, et je n'ai pas de réponse simple. Vers 20 ans, j'ai tout arrêté. La poésie, terminé. Je suis parti loin, jusqu'à Harar, en Éthiopie, pour devenir négociant. Un négociant, c'est un marchand : j'achetais et je revendais du café et des peaux. Imagine-moi avec ma balance, pesant les grains au soleil, tenant mes comptes dans un cahier. Plus de vers, juste des chiffres. Pourquoi ? Peut-être que j'avais besoin d'agir, de toucher le vrai monde plutôt que les rêves. Mais je te confie un secret : là-bas, je m'ennuyais terriblement. J'écrivais à ma famille : « Je m'ennuie beaucoup, toujours. »
—Et vous saviez que vous étiez devenu célèbre en France pendant ce temps ?
Pas du tout ! Et c'est ça le plus incroyable. Pendant que je pesais mon café à Harar, mes vieux poèmes devenaient célèbres à Paris. Verlaine avait publié mes Illuminations en 1886, sans même me demander. Il me croyait mort ! Imagine la scène : à Paris, des gens admirent un poète qu'ils pensent disparu, et ce poète est bien vivant, en Afrique, en train de compter des sous, sans rien savoir de sa gloire. La vie est étrange, mon enfant. Je suis mort à 37 ans, à Marseille, après qu'on m'a coupé une jambe. Mes poèmes, eux, marchent encore — avec des semelles de vent.
Mes poèmes marchent encore, avec des semelles de vent.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Arthur Rimbaud's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



