Kids interview Banana Yoshimoto
by Charactorium · Banana Yoshimoto (1964 — ?) · Literature · Culture · 5 min read

Deux élèves de douze ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'un petit café silencieux de Tokyo. Là, une dame au sourire doux les attendait devant une tasse de thé fumante. C'était Banana Yoshimoto, et elle avait toute la matinée pour eux.
—C'est bizarre, Banana comme prénom ! Pourquoi vous vous appelez comme un fruit ?
Tu as raison, ce n'est pas mon vrai prénom, c'est un pseudonyme. J'aimais beaucoup les fleurs du bananier. Imagine une fleur toute simple, à la fois délicate et un peu étrange, ni vraiment fille ni vraiment garçon. Ça me plaisait, ce mystère. Je l'ai choisi bien avant d'être connue, à un moment où je cherchais encore qui j'étais. Banana, ça me protégeait un peu, tu comprends ? Personne ne savait rien de moi rien qu'avec ce nom. Une fleur, c'est fragile, mais ça pousse partout. Je crois que je voulais être comme elle : douce, mais capable de vivre.
Une fleur, c'est fragile, mais ça pousse partout.
—Votre papa était célèbre ? C'était comment d'avoir un papa comme ça ?
Oui, mon père, Takaaki Yoshimoto, était un très grand penseur au Japon. Certains l'appelaient même « le géant de la pensée japonaise ». Imagine grandir à côté de quelqu'un dont tout le monde lit les idées ! Ce n'était pas toujours facile. Ses livres à lui étaient remplis de grandes théories difficiles. Moi, je ne voulais pas faire ça. Je voulais parler des choses toutes simples : un chagrin, une tasse de thé, la solitude d'un soir. Alors j'ai bâti mon petit monde à moi, tout doux, loin de ses gros essais. On peut aimer son père et prendre un chemin complètement différent, tu sais.
On peut aimer son père et prendre un chemin complètement différent.
—Vous aviez quel âge quand vous avez écrit votre premier livre ?
J'avais vingt-trois ans, j'étais encore étudiante ! À l'Université Nihon de Tokyo, on devait rendre un travail de fin d'études. Beaucoup écrivaient des choses sérieuses. Moi, j'ai rendu un roman : Kitchen. C'était en 1987. Et là, une chose folle s'est passée. Ce petit texte a gagné un prix, puis il a été publié, puis il s'est vendu à des millions d'exemplaires. Imagine : je n'avais même pas fini mes études, et des gens dans le monde entier pleuraient en lisant mon histoire. J'étais heureuse, mais un peu effrayée aussi. Tout allait tellement vite.
—Pourquoi votre livre s'appelle Kitchen, comme une cuisine ? C'est un drôle de titre.
Ah, c'est ma question préférée ! Tu sais, dans mon livre, une jeune fille perd sa grand-mère. Elle se retrouve toute seule, avec un grand trou dans le cœur. Et le seul endroit où elle se sent bien, c'est la cuisine. Au tout début du roman, elle dit que la cuisine est l'endroit qu'elle préfère au monde entier. N'importe laquelle, grande ou petite, vieille ou neuve. Pourquoi ? Parce que c'est là qu'on prépare à manger, qu'on prend soin des autres. Quand on a très mal, faire cuire du riz, ça peut nous sauver un peu. La cuisine, c'est un refuge chaud contre la tristesse.
Quand on a très mal, faire cuire du riz, ça peut nous sauver un peu.
—C'est vrai que votre personnage dort à côté du frigo ? C'est trop bizarre !
Oui, c'est vrai ! Et je comprends que ça te paraisse bizarre. Mais écoute. Quand tu as très peur la nuit, quand tu es triste, tu cherches un bruit rassurant, quelque chose de vivant. Le réfrigérateur, lui, ronronne tout doucement, sans arrêt, comme un petit cœur qui bat dans la maison. Mon héroïne s'endort près de lui parce que ce ronronnement lui tient compagnie. Il ne la juge pas, il ne s'en va pas. Pour moi, les objets tout simples de la maison peuvent devenir des amis quand on est seul. Un frigo, une casserole, une planche à découper... ce sont des présences qui nous consolent.

—C'était comment le Japon quand vous étiez jeune ? Il y avait des problèmes ?
Quand j'étais adolescente, dans les années 1980, mon pays semblait très riche. On appelait ça la « bulle économique ». Imagine un ballon qu'on gonfle, gonfle, gonfle : tout le monde gagnait de l'argent, achetait, achetait. Les gens se croyaient très heureux. Et puis, vers 1991, le ballon a éclaté d'un coup. Beaucoup de familles ont tout perdu. On a appelé les années suivantes la « décennie perdue ». Des jeunes, tristes et déçus, se sont enfermés chez eux, parfois pendant des années : on appelle ça les hikikomori. Toute cette solitude, cette déception, c'est ça qui remplit mes livres. J'écris pour ces cœurs-là.
On croyait gonfler un ballon de bonheur, et un jour il a éclaté.
—C'est vrai que vous écrivez la nuit ? Vous dormez quand alors ?
Oui, la nuit est mon moment à moi. Le jour, il y a du bruit, des gens, mille choses à faire. Mais quand la nuit tombe sur Tokyo, tout devient silencieux. C'est là que je m'installe devant mon ordinateur et que j'écris. Je cherche mes phrases une par une, je les retravaille jusqu'à ce qu'elles sonnent juste, comme quand tu accordes un instrument. Le silence de la nuit, je le décris souvent dans mes romans, parce que j'y vis vraiment. Alors oui, je dors tard le matin ! Mais chacun a son heure secrète. La mienne, c'est quand la ville dort.
Chacun a son heure secrète ; la mienne, c'est quand la ville dort.
—Vous notez vos idées où ? Vous avez un carnet spécial ?
Oui, j'ai toujours un petit carnet avec moi. Pendant la journée, je me promène, je m'assois dans un café, et j'observe. Un geste, une lumière qui tombe sur un mur, l'odeur d'une soupe... je note tout. Ce sont mes trésors ! Le soir, ces petites notes deviennent des histoires. Et tu sais ce que j'aime aussi ? Les conbini, ces petites épiceries ouvertes toute la nuit, éclairées comme des lanternes. Quand on est seul et qu'on ne dort pas, on peut y entrer, acheter un thé chaud. Dans mes livres, ce sont des refuges pour les gens tristes. Le quotidien, si on le regarde bien, est plein de poésie.
Le quotidien, si on le regarde bien, est plein de poésie.

—Vos histoires sont un peu tristes mais douces à la fois. Pourquoi ?
Quelle belle remarque ! Tu as senti quelque chose d'important. Au Japon, on a une expression très ancienne : mono no aware. C'est difficile à traduire. Ça veut dire à peu près : sentir que les belles choses ne durent pas, et trouver ça à la fois triste et magnifique. Imagine les fleurs de cerisier : elles sont splendides, mais elles tombent au bout de quelques jours. Justement parce qu'elles s'en vont, on les trouve encore plus précieuses. Mes histoires sont comme ça. La mort, le deuil y sont présents. Mais il y a aussi beaucoup de douceur et d'amour. La vie est fragile, et c'est ce qui la rend belle.
La vie est fragile, et c'est justement ce qui la rend belle.
—On dit que vous adorez l'Italie. Qu'est-ce qui vous plaît là-bas ?
Oh oui, j'aime beaucoup l'Italie ! J'y vais souvent, à Rome, à Florence, dans les collines de Toscane. Pourquoi ? La lumière, d'abord. Elle est chaude, dorée, différente de celle de Tokyo. Et puis les gens prennent le temps de manger, de parler, de rire ensemble autour d'une table. Le temps ne court pas de la même façon. Quand je m'éloigne du Japon, je vois mon propre pays avec des yeux neufs, de plus loin. Ça m'aide à écrire. Un peu comme toi : quand tu pars en classe découverte, loin de chez toi, tu comprends mieux d'où tu viens. Voyager, c'est apprendre à mieux se connaître.
Quand on s'éloigne de chez soi, on voit sa maison avec des yeux neufs.
—Vos livres sont lus dans plein de pays. Ça vous fait quoi de savoir ça ?
Ça me touche énormément, tu sais. Kitchen a été traduit dans plus de trente langues, et même adapté deux fois au cinéma ! Quand j'ai écrit ce petit texte à vingt-trois ans, jamais je n'aurais imaginé qu'un enfant, très loin du Japon, le lirait un jour. Cela veut dire une chose merveilleuse : la tristesse, la solitude, l'amour, ce sont des sentiments que tout le monde connaît, partout. Une fille japonaise qui pleure sa grand-mère, tu peux la comprendre même si tu ne parles pas ma langue. Voilà mon plus grand bonheur : que mes histoires toutes simples aient rapproché des cœurs à travers le monde entier.
Les histoires les plus simples sont celles qui rapprochent les cœurs du monde entier.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Banana Yoshimoto's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


