Imaginary interview

Imaginary interview with Bartolomé de las Casas

by Charactorium · Bartolomé de las Casas (1484 — 1566) · Spirituality · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est au couvent dominicain de Santo Domingo, sur cette Hispaniola où tout a commencé, que frère Antonio de Montesinos retrouve Bartolomé de las Casas, désormais vieillard à l'habit blanc usé. Au-dehors, la chaleur fait vibrer le patio et l'eau de la fontaine claque contre la pierre. Cinquante ans plus tôt, c'est ici que Montesinos cria le premier contre le sort des Indiens, devant un Las Casas encore colon et sourd. Aujourd'hui le précurseur vient écouter celui que sa parole avait jadis effleuré, et lui demander compte du long chemin parcouru.

Bartolomé, mon frère, te souviens-tu de mon sermon de l'Avent, en 1510, ici même ? Tu étais colon alors. Qu'as-tu ressenti ?

Je ne te mentirai pas, Antonio : ce jour-là, ta voix m'a traversé sans m'arrêter. Tu demandais de quel droit nous tenions ces peuples en servitude, et toute la colonie en trembla de colère. Moi, j'avais mon encomienda, mes Indiens, mes terres — et je me rangeai parmi ceux que ton cri offensait. Je me disais bon maître, plus doux que les autres, comme si la douceur excusait le vol. Ta semence est tombée en terre dure, et il lui a fallu quatre années pour lever. Mais je sais aujourd'hui que sans ton audace de 1510, je n'aurais jamais su nommer ce que je voyais chaque jour sans le regarder.

Ta semence est tombée en terre dure, et il lui a fallu quatre années pour lever.

Et qu'est-il advenu en 1514 ? On murmure qu'un seul passage des Écritures a suffi à briser le colon que tu étais.

Je préparais mon sermon pour la Pentecôte, et je relisais l'Ecclésiastique. Je suis tombé sur ces mots : priver le pauvre de son pain, c'est verser le sang ; refuser le salaire de l'ouvrier, c'est commettre un meurtre. Soudain, tout ce que j'avais fui depuis ton sermon m'est revenu d'un coup. J'ai compris que mes Indiens n'étaient pas un bien que Dieu m'accordait, mais des hommes que je dépouillais. J'ai rendu mon encomienda sur-le-champ, j'ai cessé d'en tirer profit, et j'ai prêché contre ce que la veille je pratiquais encore. Toi qui avais crié seul, tu sais ce qu'il en coûte de se dresser contre les siens. Ce jour-là, j'ai enfin entendu ce que tu m'avais dit quatre ans plus tôt.

Mes Indiens n'étaient pas un bien que Dieu m'accordait, mais des hommes que je dépouillais.

Tu portes notre habit depuis 1522. Qu'a changé, pour ton combat, le fait de devenir frère prêcheur parmi nous ?

Tant que j'étais clerc séculier et plaideur isolé, on me traitait de songe-creux. En entrant dans notre ordre, Antonio, j'ai trouvé une muraille de frères derrière moi, la même qui te soutenait quand tu prêchais ici. La règle m'a donné le silence et l'étude ; ce scapulaire noir, une autorité qu'on ne pouvait plus écarter d'un revers de main. Je me levais avant l'aube pour les matines, puis je passais mes matinées la plume à la main, dans ma cellule, à coucher sur le papier ce que les colons voulaient enterrer. La pauvreté de notre habit était mon meilleur argument : on ne pouvait m'accuser de défendre les Indiens pour l'or, puisque je n'en gardais aucun.

Parle-moi de Cumaná, en 1521. Tu voulais prouver qu'on pouvait gagner les Indiens sans une épée. Cela a échoué, n'est-ce pas ?

Oui, et l'échec me brûle encore. Je tenais que l'Évangile ne se prêche que par la persuasion, jamais par les armes — c'est tout le sens de mon De unico vocationis modo. J'ai voulu le démontrer en chair : envoyer de simples paysans espagnols vivre parmi les Indiens du Venezuela, sans soldats, sans chaînes, comme des frères auprès de frères. Mais les négriers rôdaient déjà sur ces côtes, ils avaient empoisonné la confiance par leurs razzias, et les conflits ont tout emporté. J'ai vu mon rêve réduit en cendres. Pourtant je n'ai pas renié l'idée : ce n'est pas la méthode pacifique qui a failli, c'est la violence des autres qui l'a étranglée avant qu'elle respire. On ne sème pas la paix dans un champ que d'autres ensanglantent.

Ce n'est pas la méthode pacifique qui a failli, c'est la violence des autres qui l'a étranglée.

Ta Brevísima relación de 1552 a fait grand bruit jusqu'en Europe. Pourquoi peindre l'horreur avec des couleurs si crues ?

Parce que la cour de Castille ne voyait rien, Antonio. Entre elle et les Indes, il y avait l'Océan, et l'Océan avale les cris. Il fallait que les mots fissent traverser le sang. J'ai écrit que les Espagnols entrèrent en ces terres si douces comme des loups affamés parmi de tendres agneaux, et que depuis quarante ans ils n'avaient fait qu'y massacrer, tourmenter et détruire ces peuples innocents. On m'a reproché l'excès. Mais je n'ai rien inventé : j'ai compté les villages éteints, recueilli les témoignages, vu les corps. Si ma plume a tremblé, c'est de fureur sainte. Mieux vaut un livre qui blesse les puissants qu'un silence qui enterre des nations entières.

Mieux vaut un livre qui blesse les puissants qu'un silence qui enterre des nations entières.
Bartolomé de las Casas (1886)
Bartolomé de las Casas (1886)Wikimedia Commons, Public domain — Virgilio Mattoni (1842-1923)

Les conquistadors disent mener une juste Conquista, ordonnée par le ciel. Comment réponds-tu à ce mot qu'ils ont sur les lèvres ?

Ce mot de Conquista, ils l'ont taillé pour habiller le pillage en mission divine. On lit aux Indiens le Requerimiento, ce texte absurde qui leur ordonne, dans une langue qu'ils ignorent, de se soumettre au roi et à la foi sous peine de guerre — puis on les massacre de ne pas avoir obéi. Quelle dérision ! La foi entre par l'oreille et le cœur, non par l'épée et le notaire. Une guerre de conquête contre des peuples qui ne nous ont fait nul tort n'est ni juste ni chrétienne : elle est brigandage. J'ai dressé trente propositions juridiques pour le démontrer point par point. Ce qu'ils nomment conquête, je le nomme par son vrai nom : tyrannie.

À Valladolid, vers 1550, tu as affronté Sepúlveda des jours durant. Lui te disait bien placé, toi, l'ancien colon. Qu'as-tu défendu là-bas ?

Sepúlveda soutenait, Antonio, que les Indiens sont des êtres inférieurs, des esclaves par nature qu'il est licite de soumettre par la guerre avant de les évangéliser. J'ai parlé pendant des jours pour démolir ce mensonge. J'ai soutenu que toutes les nations du monde sont composées d'hommes, et que la définition de l'homme est d'être raisonnable ; que tous les peuples possèdent entendement, volonté et libre arbitre. Les Indiens ont des cités, des lois, des arts, une police — j'ai entassé les preuves dans mon Apologética historia. Ce n'était pas une joute d'école : il s'agissait de savoir si l'on pouvait, sans péché, traiter des hommes comme du bétail. Devant cette assemblée de théologiens, j'ai défendu non mes idées, mais leur humanité.

Toutes les nations du monde sont composées d'hommes, et la définition de l'homme est d'être raisonnable.
Fray Bartolomé de las Casas (cropped)
Fray Bartolomé de las Casas (cropped)Wikimedia Commons, Public domain — anonymous / Unidentified painter

Cette Controversia a-t-elle vraiment tranché ? Ou crains-tu que les beaux raisonnements restent lettre morte sur le sable des Indes ?

Tu connais ma franchise : aucun juge n'a proclamé de vainqueur, et c'est là ma plaie. J'ai senti l'assemblée ébranlée, j'ai vu Sepúlveda contraint de reculer sur bien des points. Mais une controversia gagnée dans une salle de Valladolid ne rend pas un seul Indien à sa liberté si l'encomienda demeure debout aux Indes. J'ai déjà vu cela : les Leyes Nuevas de 1542 furent arrachées à grand-peine, puis vidées de leur force par la colère des colons. Voilà pourquoi je n'ai jamais cessé d'écrire au Conseil des Indes, mémoire après mémoire. La parole doit devenir loi, et la loi doit mordre — sinon nous n'aurons fait que consoler notre conscience pendant qu'on saigne nos frères.

Quand tu fus évêque de Chiapas, à San Cristóbal, comment se passaient tes journées parmi ces peuples que tu défendais de loin depuis si longtemps ?

Là enfin, Antonio, je n'écrivais plus seulement sur les Indiens : je vivais au milieu d'eux. Le matin, l'office et la messe ; l'après-midi, je recevais les caciques venus me dire leurs griefs, et je visitais les communautés pour voir de mes yeux leurs conditions. Je refusais l'absolution aux colons qui ne libéraient pas leurs Indiens — cela me valut des haines féroces, des menaces, presque l'émeute. Ma crosse et ma croix pectorale n'étaient pas des ornements : c'étaient des armes pour ces pauvres gens. Le soir, après les vêpres, je reprenais mes manuscrits à la lumière d'une chandelle. Évêque, j'ai compris une chose : on ne protège vraiment un peuple qu'en partageant son sol, sa table et sa peur.

Te voilà bien vieux, mon frère, et tu plaides encore. Qu'est-ce qui retient ta plume de se reposer enfin ?

Cette plume d'oie et cet encrier sont les derniers compagnons qu'il me reste, et ils me serviront jusqu'au tombeau. Tant qu'un Indien gémira sous l'encomienda, mon silence serait une complicité. J'ai passé ma vie à porter des liasses de mémoires devant la cour, à recommencer cent fois les mêmes suppliques au Conseil des Indes ; certains m'appellent l'entêté, d'autres le Protecteur des Indiens. Toi, tu sais d'où je viens : du même feu qui te fit crier ici en 1510. Je rejoindrai bientôt mes complies dernières, mais je veux qu'on me trouve la plume à la main. Dieu m'a donné de longues années pour une seule besogne : ne jamais laisser le monde oublier que ces peuples sont des hommes.

Tant qu'un Indien gémira sous l'encomienda, mon silence serait une complicité.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Bartolomé de las Casas's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.