Imaginary interview

Imaginary dialogue between Jean de Joinville and Blanche de Castille

by Charactorium · Blanche de Castille (1188 — 1252) · Politics · Spirituality · Military · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Blanche de Castille
Wikimedia Commons, Public domain — Ferdinand Hoefer

C'est dans une salle basse du Palais de la Cité, en cette fin d'hiver 1248, que Jean de Joinville retrouve la vieille reine à quelques semaines du départ du roi pour la croisade. La lumière tombe oblique sur les rouleaux de parchemin étalés devant elle, et l'on entend au loin les cloches de la chapelle royale. Le sénéchal de Champagne connaît de longue date l'entourage du roi Louis, et il vient recueillir, avant le grand voyage, la parole de celle qui gouvernera de nouveau seule. Elle le reçoit sans façon, la voix ferme malgré ses soixante ans.

Madame, chacun à la cour se souvient qu'à la mort de Louis VIII, les grands barons refusèrent d'obéir à une femme étrangère. Comment avez-vous tenu ?

J'avais un enfant de douze ans à protéger et un royaume qu'on voulait me prendre morceau par morceau. Mauclerc, Lusignan, le comte de Boulogne s'étaient ligués, croyant qu'une veuve suffirait à les faire plier. Ils se trompaient. Je n'ai pas combattu tous ensemble ce que je pouvais défaire un à un : j'ai divisé leurs alliances, acheté les uns, menacé les autres, marié qui devait l'être. On m'a vue lever des troupes et paraître devant leurs murs. Une reine qui gouverne au nom de son fils n'a pas le droit de trembler un seul jour. J'ai reçu leur hommage, à genoux, les mains dans les miennes au nom de Louis. Le royaume est resté entier.

Je n'ai pas combattu tous ensemble ce que je pouvais défaire un à un.

On dit qu'une femme ne saurait mener la guerre. Vous êtes-vous vraiment tenue devant les forteresses rebelles, ou n'est-ce que rumeur ?

Croyez-vous que j'aie gouverné depuis un coussin ? J'ai reçu les clés de villes soumises et j'ai fait marcher l'ost du roi là où il le fallait. Une régente ne porte pas l'épée elle-même, mais c'est elle qui décide où elle frappe. Les barons pensaient m'effrayer par le fer ; ils ont vite compris que je savais aussi bien manier le fer que la parole. Le plus dur n'était pas la bataille, sénéchal — c'était de ne jamais laisser paraître le doute devant des hommes qui guettaient ma moindre faiblesse comme des loups. La fermeté d'une femme leur semblait contre nature ; il fallait donc que je fusse plus ferme qu'aucun d'eux.

Vous avez négocié en 1229 le Traité de Paris qui mit fin à la croisade contre les cathares. Fut-ce là votre plus beau coup ?

Ce fut un gain que les armes seules n'auraient jamais donné. La croisade contre les hérétiques du Midi durait depuis vingt ans, et le sang coulait sans que le domaine du roi s'agrandît vraiment. Par la négociation, j'ai rattaché le Bas-Languedoc à la couronne, et scellé cela par un mariage qui garantissait l'héritage. Un traité bien conçu vaut mieux que dix batailles : il ne se défait pas au premier revers. Le comte de Toulouse est redevenu vassal, et ce que la guerre n'avait pas su prendre en vingt ans, la plume l'a acquis en quelques jours. Voilà ce que je lègue à mon fils : un royaume plus grand, sans le poids d'une conquête à refaire chaque printemps.

Un traité bien conçu vaut mieux que dix batailles : il ne se défait pas au premier revers.

Le roi Louis parle de vous avec une émotion rare. Vous m'avez dit un jour qu'il ne fit jamais mal sans que vous en fussiez peinée. Est-ce excès de tendresse ?

Ce n'est pas tendresse, sénéchal, c'est devoir. Un roi chrétien se façonne dès l'enfance, et j'ai voulu que le mien préférât la mort au péché. Vous qui l'approchez, vous savez qu'il ne dit rien à la légère : oui, je lui répétais qu'il valait mieux le voir mort que souillé d'une faute mortelle. On me juge sévère, dominatrice même. Mais qui d'autre l'aurait armé contre les flatteurs et les tentations de la couronne ? Je l'ai tenu par la main jusqu'à ce qu'il pût marcher seul, puis j'ai continué à lui parler franc quand tous se taisaient. Une mère de roi n'a pas le loisir d'être seulement douce. J'ai aimé mon fils en le rendant meilleur que moi.

J'ai aimé mon fils en le rendant meilleur que moi.

Le roi est déclaré majeur depuis 1234, et pourtant vous gouvernez encore ses affaires. Ne craignez-vous pas de le tenir trop près ?

On me le reproche, je le sais bien. Mais que ferais-je d'autre, quand le roi lui-même me confie le royaume pour partir outre-mer ? La majorité donne le sceptre, elle ne donne pas d'un coup toute la sagesse. Louis me consulte parce qu'il le veut, non parce que je l'y contrains ; s'il jugeait ma présence pesante, il saurait me l'écarter, car il est roi. Un fils qui a bien reçu l'éducation d'un prince n'a pas honte de sa mère à ses côtés. Bientôt il sera loin, sur la mer, et c'est moi qui répondrai des révoltes, des impôts, de la paix. Croyez-moi, sénéchal, à soixante ans on ne rêve pas de fardeaux nouveaux — mais on ne refuse pas son royaume à son enfant.

Palace of Fontainebleau blanche de castille
Palace of Fontainebleau blanche de castilleWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Chatsam

Depuis la mort de votre époux, vous portez le voile blanc des veuves. Certains y voient un affaiblissement de votre pouvoir. Qu'en dites-vous ?

Ceux-là ne comprennent rien au pouvoir. Le voile ne m'a rien ôté ; il m'a donné une armure que nul baron n'ose attaquer. Une reine parée d'or et d'hermine prête le flanc à toutes les médisances ; une veuve sobre, pieuse, irréprochable dans sa mise, comment la salir ? J'ai gardé la couronne pour les assemblées, afin qu'on n'oublie jamais que je gouverne au nom des Capétiens. Mais au quotidien, ce blanc, ce gris, disent que je n'appartiens plus qu'à Dieu et au royaume. On me croit affaiblie parce que je prie ; on découvre trop tard que je décide. Le jour venu, je prendrai l'habit des moniales — et ce ne sera pas une retraite, ce sera l'aboutissement de toute une vie.

Le voile ne m'a rien ôté ; il m'a donné une armure que nul baron n'ose attaquer.

Vous avez fondé Royaumont et Maubuisson, et vous priez chaque matin dès matines. Cette dévotion, est-elle piété sincère ou art de régner ?

Pourquoi faudrait-il choisir ? Je prie parce que je crois, et parce que je crois, je gouverne mieux. À l'aube, avant tout conseil, je suis aux matines ; les frères prêcheurs et les mineurs, que je soutiens, me visitent le matin. Cela n'est pas comédie : c'est de là que je tire la force d'affronter des barons qui, eux, ne craignent guère Dieu. Les abbayes que j'ai fondées ne sont pas de vains monuments ; ce sont des maisons de prière pour ma lignée et des refuges pour les femmes nobles. Un royaume sans piété n'est qu'une bande de brigands mieux armés. En bâtissant ces murs cisterciens, je bâtis aussi la durée de la couronne — car ce que Dieu bénit résiste au temps.

Il faut que je vous le demande, Madame : vos ennemis ont fait courir le bruit d'une liaison avec le légat, le cardinal Romain de Saint-Ange. Comment avez-vous supporté pareille infamie ?

Avec le mépris que mérite le mensonge. Voyez, sénéchal, ce que c'est que d'être femme et de tenir le pouvoir : dès qu'on ne peut m'atteindre par les armes ou par le droit, on m'attaque par le lit. Le légat était l'homme du pape, et je traitais avec lui les affaires de l'Église et du royaume, comme il se devait. Cela suffit à des barons dépités pour inventer une fable et la répandre dans les tavernes. Jamais un homme régent n'eût essuyé pareil outrage. J'ai répondu par ma conduite : rien, dans ma vie, ne donnait prise au soupçon. Le temps a fait taire ces bouches. Une reine irréprochable finit toujours par étouffer la calomnie sous le poids de sa constance.

Dès qu'on ne peut m'atteindre par les armes ou par le droit, on m'attaque par le lit.

Vous scellez de votre sceau des actes au nom du roi. À quoi songez-vous, la main sur ce parchemin, quand vous engagez ainsi le royaume ?

Je songe que chaque mot pèsera longtemps après moi. Un sceau de cire appendu à une charte, c'est la parole du roi rendue durable ; on ne le brise pas comme une promesse dite en l'air. Quand j'appose Blancha, Dei gratia Francorum regina, je n'engage pas ma personne, j'engage la couronne de Louis. Voilà pourquoi je lis chaque acte avant de le sceller, pourquoi je pèse les fiefs, les apanages, les dons. Un royaume se gouverne autant par le parchemin que par l'épée, sénéchal — davantage même, car le parchemin ne meurt pas. Les clercs conservent tout ; un jour, on saura par ces chartes que la régente veillait à chaque arpent du domaine royal.

Le roi part bientôt outre-mer, et vous restez pour régner. Que craignez-vous le plus, en cette veille de séparation ?

Ce que craint toute mère : de ne plus le revoir. Mais je ne me le permets pas longtemps, car la peur ne gouverne pas un royaume. Ce que je redoute vraiment, c'est ce qui adviendra ici pendant qu'il sera loin : les barons se rappelleront-ils leur serment quand le roi ne sera plus là pour l'exiger ? Il me faudra tout retenir d'une seule main, comme jadis, mais avec vingt ans de plus sur les épaules. Vous partez avec lui, sénéchal ; veillez sur mon fils comme sur votre âme. S'il lui arrivait malheur là-bas, ce n'est pas seulement une reine qui pleurerait, c'est tout le royaume qui vacillerait. Je prierai chaque jour à Maubuisson pour votre retour à tous deux.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Blanche de Castille's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.