Imaginary interview

Imaginary interview with Blanche de Castille

by Charactorium · Blanche de Castille (1188 — 1252) · Politics · Spirituality · Military · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Blanche de Castille
Wikimedia Commons, Public domain — Ferdinand Hoefer

Automne 1235. Dans une salle voûtée du Palais de la Cité, la Seine coule grise derrière les fenêtres étroites. La régente reçoit, droite sous son voile de veuve, les mains posées sur un rouleau de parchemin encore tiède du sceau. Elle accepte de parler — non des affaires du jour, mais de tout un règne conquis contre l'incrédulité des hommes.

Comment une petite Castillane s'est-elle retrouvée destinée au trône de France ?

J'avais douze ans à Palencia quand ma grand-mère Aliénor d'Aquitaine, plus de soixante-quinze ans dans le corps, a franchi les Pyrénées pour venir choisir elle-même, parmi les filles de mon père Alphonse, celle qui ferait une reine. Elle m'a regardée longtemps, puis elle m'a prise. On m'a conduite jusqu'à ce royaume dont je ne parlais pas encore la langue, pour épouser le prince Louis. Étrangère, je le suis restée aux yeux des grands même après avoir porté la couronne à Reims. On oublie qu'une reine venue d'ailleurs ne cesse jamais tout à fait de l'être : chaque hiver, ils me rappelaient d'où je venais, comme si le sang de Castille eût été un défaut plutôt qu'une force.

Une reine venue d'ailleurs ne cesse jamais tout à fait de l'être.

Que s'est-il passé à la mort soudaine de votre époux, en 1226 ?

Louis VIII s'est éteint en revenant du Midi, et je me suis retrouvée seule, un fils de douze ans à couronner et un royaume à tenir. Les grands barons — Pierre de Dreux qu'on nommait Mauclerc, Hugues de Lusignan, Philippe de Boulogne — n'ont pas attendu la fin du deuil pour se liguer. Obéir à une femme, et de surcroît à une étrangère, leur semblait une humiliation. Ils croyaient m'abattre d'un souffle. Je n'ai pas crié, je n'ai pas fui : j'ai divisé leur ligue comme on écarte deux chiens qui se mordent, j'ai gagné l'un par une terre, l'autre par un mariage, et j'ai reçu au nom de mon fils l'hommage féodal de ceux qui hésitaient encore. Tenir, quand tout un royaume attend de vous voir tomber, c'est déjà régner.

J'ai divisé leur ligue comme on écarte deux chiens qui se mordent.

On vous imagine dans un cabinet à signer des actes. Avez-vous vraiment conduit des affaires militaires ?

Croit-on qu'on brise une révolte de barons avec de l'encre seulement ? Quand un seigneur ferme les portes d'une place forte au roi, il faut aller les lui rouvrir. J'ai fait lever des hommes, marcher des convois, assiéger des murs, et j'ai reçu les clés de forteresses que l'on me rendait, lourdes dans la main comme une soumission. Un vassal ne respecte que la force qui le dépasse ; il faut donc la lui montrer avant d'ouvrir la bouche. On raconte, pour se moquer, que je menais mes chevaliers en robe de deuil — c'est vrai, et cela n'a jamais fait reculer une seule lance ennemie. La régence n'était pas un fauteuil : c'était une selle, un sceau, et parfois une armée.

La régence n'était pas un fauteuil : c'était une selle, un sceau, et parfois une armée.

Vous souvenez-vous des tractations qui menèrent au Traité de Paris, en 1229 ?

Le Midi saignait depuis vingt ans. La croisade contre les cathares avait tourné à la guerre sans fin, ruinant les terres et durcissant les cœurs. J'ai compris que ni le fer ni le bûcher ne clôturaient rien, et qu'un royaume s'agrandit mieux par un contrat que par un massacre. En 1229, à Paris, nous avons noué l'accord : le comte de Toulouse rendait hommage, sa fille épousait un prince capétien, et le Bas-Languedoc entrait, à terme, dans le domaine royal. On m'a reproché d'avoir marchandé une paix là où d'autres voulaient une croisade éternelle. Mais j'ai vu, moi, un royaume grandir d'un seul parchemin sans qu'une ville nouvelle fût incendiée. C'est là ma plus durable conquête, et pas une épée n'y brille.

Un royaume s'agrandit mieux par un contrat que par un massacre.

Pourquoi une régente tenait-elle tant à trancher cette question du Languedoc plutôt que la laisser à son fils devenu grand ?

Parce qu'une plaie qu'on lègue à un enfant s'infecte. Si j'avais remis à Louis IX un Midi encore en flammes, il aurait passé sa jeunesse à éteindre ce que j'aurais pu clore. Le Traité de Paris rattachait des terres, oui, mais il faisait surtout de la couronne un arbitre plutôt qu'un envahisseur. J'ai toujours pensé que gouverner, c'est décider quelle charge on porte soi-même pour épargner le dos de ceux qui viennent. Les grandes maisons du royaume croyaient que je jouais ma propre gloire ; je préparais un règne qui ne serait pas le mien. Quand mon fils fut déclaré majeur en 1234, il reçut un domaine agrandi et pacifié — c'est le seul héritage dont une mère régente puisse être fière.

Une plaie qu'on lègue à un enfant s'infecte.
Palace of Fontainebleau blanche de castille
Palace of Fontainebleau blanche de castilleWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Chatsam

Des rumeurs vous prêtaient une liaison avec un légat du pape. Comment avez-vous vécu ces attaques ?

On a chuchoté que je partageais plus que des conseils avec le cardinal Romain de Saint-Ange, le légat pontifical qui me soutenait contre les barons. Le ragot était grossier, forgé de toutes pièces par des seigneurs incapables de m'abattre autrement. Voilà ce que l'on réserve à une femme qui gouverne : ne pouvant attaquer ses actes, on souille son lit. Un roi qui reçoit un légat prend conseil ; une reine qui fait de même prend un amant, dans la bouche de ses ennemis. J'ai appris à ne pas répondre, car répondre eût donné corps au mensonge. Mon voile de veuve valait mieux que toutes les protestations : il disait, mieux que moi, la sorte de femme que j'étais. La calomnie s'use ; les chartes que j'ai scellées, elles, demeurent.

Ne pouvant attaquer mes actes, on a souillé mon lit.

On vous décrit comme une mère à la fois tendre et implacable. Vous reconnaissez-vous dans ce portrait ?

Je ne renie ni l'un ni l'autre. J'ai aimé mon fils Louis d'un amour qui ne dormait jamais, et c'est précisément pour cela que je fus dure. Je lui répétais qu'il valait mieux le savoir mort que de le savoir en état de péché mortel — et je le pensais, du fond de mes entrailles. Un roi n'appartient pas d'abord à sa mère ni même à lui-même : il appartient à Dieu et à son royaume. Alors, oui, je surveillais ses compagnies, ses lectures, ses jeûnes ; même adulte, il n'a rien entrepris que je n'aie pesé. On appelle cela dominer. J'appelle cela forger. On ne fait pas un roi chrétien avec de la tendresse molle ; on le fait avec de l'amour et une main ferme.

On ne fait pas un roi chrétien avec de la tendresse molle.

Comment se passaient ces soirées où vous éleviez le futur Saint Louis ?

Après vêpres et complies, je me retirais dans mes appartements du Palais de la Cité, et c'est là, à la lumière des chandelles, que je faisais l'éducation d'un roi. Je ne lui parlais pas de batailles d'abord, mais de justice, de la crainte de Dieu, du poids qu'un homme couronné porte pour tous les autres. Je lui montrais dans mon livre d'heures les images des saints comme on montre des modèles à imiter. Un enfant apprend le pouvoir par les yeux avant de l'apprendre par les livres : il me voyait recevoir les vassaux le jour, prier le soir, ne jamais séparer les deux. Ce que la France a plus tard nommé sainteté chez mon fils, c'est d'abord une discipline que je lui ai cousue à l'âme, soir après soir.

Un enfant apprend le pouvoir par les yeux avant de l'apprendre par les livres.

Pourquoi avoir tant donné à la fondation d'abbayes comme Royaumont et Maubuisson ?

Parce qu'un royaume ne se tient pas qu'avec des armées : il se tient aussi avec des prières. En 1228, avec mon fils, j'ai fondé Royaumont ; en 1236, seule, Maubuisson. J'ai voulu des maisons de l'ordre de Cîteaux, austères, dépouillées, où l'on prie sans ornement inutile, car la vraie richesse d'une âme est dans le silence. J'y assistais aux offices, j'en surveillais les travaux comme je surveillais mes chartes. Je soutenais aussi les ordres mendiants, ces frères qui prêchaient dans les villes et combattaient l'hérésie mieux que n'importe quelle croisade. Bâtir une abbaye, pour une reine, c'est planter dans la terre du royaume une racine qui tient après que le corps a disparu. Les forteresses tombent ; les cloîtres, eux, chantent encore.

Les forteresses tombent ; les cloîtres, eux, chantent encore.

Vous avez fini par prendre l'habit monastique. Que représentait ce geste pour la reine que vous étiez ?

En 1248, mon fils est parti pour l'Égypte, et à soixante ans j'ai repris le sceau une seconde fois, gouvernant le royaume et rassemblant l'or de sa rançon quand il fut pris à Mansourah. Mais mes forces déclinaient, et je me suis retirée de plus en plus vers Maubuisson, qui ressemblait déjà plus à une retraite qu'à un palais. Sur mon lit de mort, en 1252, j'ai fait prendre l'habit de Cîteaux : après le voile de la veuve, celui de la moniale. Mon fils était encore en Orient, il n'a pu me fermer les yeux. Toute ma vie j'ai porté deux poids — la couronne et la croix. En mourant, je n'ai gardé que le second, celui qui, je le crois, pèse le plus juste devant Dieu.

Toute ma vie j'ai porté deux poids — la couronne et la croix.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Blanche de Castille's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.