Kids interview Catherine of Siena
by Charactorium · Catherine of Siena (1347 — 1380) · Literature · Politics · Philosophy · 5 min read

Deux élèves de douze ans, en classe découverte, poussent la porte d'une petite cellule à Sienne. Une femme en habit blanc et manteau noir les accueille avec un grand sourire. Elle semble touchée que des enfants viennent, de si loin, l'écouter raconter sa vie.
—Vous aviez quel âge quand vous avez décidé de ne jamais vous marier ?
Tu sais, mon enfant, tout a commencé très tôt. J'avais à peine sept ans quand j'ai eu ma première vision, sur le chemin de l'église des Dominicains. Ce jour-là, j'ai promis dans mon cœur de me donner à Dieu seul. Mes parents, eux, voulaient me marier, comme toutes les filles de Sienne. Imagine : on grandit près de la teinturerie de son père, dans le quartier de Fontebranda, et on décide de dire non à tout ça. Ça n'a pas plu à la maison ! Mais j'ai tenu bon. Et en 1363, je suis entrée chez les Mantellate, des femmes qui servent Dieu sans s'enfermer au couvent.
J'ai dit non au mariage pour dire oui à autre chose de plus grand.
—Qu'est-ce que vous faisiez dans les rues toute la journée ?
Beaucoup de choses, et pas les plus jolies ! Tu vois, j'aurais pu rester tranquille à prier. Mais être une Mantellate, ça veut dire vivre dans le monde, pas derrière des murs. Alors l'après-midi, j'allais à l'hôpital Santa Maria della Scala soigner les malades. Je touchais les lépreux, ces pauvres gens que tout le monde fuyait. J'accompagnais aussi des prisonniers jusqu'à leur mort. Imagine une rue sans aucun bruit de moteur, juste des chevaux, de la boue, et des gens qui souffrent. Mon habit blanc et mon manteau noir me faisaient reconnaître de loin. Les riches dames de la ville me trouvaient bien étrange !
Servir Dieu, pour moi, c'était toucher ceux que personne ne voulait toucher.
—C'est vrai que vous avez reçu des blessures, comme Jésus sur la croix ?
On raconte cela, oui. C'était en 1375, dans l'église Santa Cristina, à Pise. J'étais en extase devant un crucifix — tu sais, ces moments où mes sens se suspendaient et où je me sentais tout près de Dieu. Et là, j'ai senti dans mes mains, mes pieds et mon côté la douleur des cinq plaies du Christ. On appelle ça les stigmates. Mais écoute bien : j'ai supplié pour qu'elles restent invisibles. J'avais trop peur qu'on m'admire pour ça, comme si j'étais une merveille. La douleur, elle, est restée. Elle m'a accompagnée sans que personne ne puisse la voir sur mon corps.
J'ai gardé la douleur, mais j'ai demandé à cacher les marques.
—Comment vous écriviez toutes vos lettres si vous ne saviez pas écrire ?
Ah, c'est une belle question, et un peu mystérieuse ! Longtemps, je n'ai pas su tenir une plume. Alors je parlais, et des amis fidèles écrivaient à ma place. Je les appelais ma famiglia, ma famille de cœur : des secrétaires qui notaient tout, plume et parchemin en main. J'ai dicté ainsi des centaines de lettres. Imagine : ma parole partait vers des rois, des papes, de simples pauvres, sans que ma main n'ait rien tracé ! Plus tard, on dit que j'ai appris à lire presque toute seule, d'un coup. Mes proches y voyaient un don du Ciel. Moi, je disais surtout merci.
Je n'avais pas de plume, mais j'avais une voix qui portait loin.
—C'était comment quand vous dictiez votre grand livre en extase ?
C'était bouleversant, mon enfant. Mon grand livre, je l'ai appelé Le Dialogue de la Divine Providence, en 1378. Il prend la forme d'une conversation entre l'âme et Dieu. Et je l'ai dicté pendant mes extases, ces états où je ne sentais plus rien du monde autour de moi. Mes secrétaires écrivaient sans s'arrêter, un peu effrayés, un peu émerveillés. Imagine une pièce silencieuse, quelques bougies, et une femme qui parle les yeux fermés pendant des heures. Les mots venaient comme un fleuve. Je ne les cherchais pas ; j'avais l'impression qu'ils m'étaient donnés. Ce livre est resté après moi, et ça, ça me dépasse encore.
Les mots venaient comme un fleuve : je ne les cherchais pas, je les recevais.

—Pourquoi vous avez osé écrire au pape pour lui faire la leçon ?
Parce que quelqu'un devait le faire ! À mon époque, les papes ne vivaient plus à Rome : ils étaient partis à Avignon, en France, depuis presque soixante-dix ans. On appelait ça la « captivité ». Le pape Grégoire XI hésitait à rentrer, il avait peur. Alors je lui ai écrit avec toute ma franchise. Je l'appelais tendrement « doux Père », mais je le secouais aussi ! Imagine : une simple fille de teinturier qui gronde le chef de toute l'Église. C'était audacieux, je le sais. Mais je croyais qu'un vrai berger doit avoir du courage. Dans une lettre, je le suppliais : « Soyez courageux, et non pas lâche. »
Une fille de teinturier peut dire à un pape : soyez courageux, non pas lâche.
—Vous aviez peur en partant à Avignon rencontrer le pape ?
Un peu, oui, comme on a le trac avant une chose immense. En 1376, j'ai fait le long voyage jusqu'à Avignon pour parler à Grégoire XI face à face. Imagine la route à cette époque : des semaines de chemin, des cols, des auberges, sans jamais aller vite. Là-bas, j'ai eu de vraies audiences avec le pape. Je lui ai redit ce que mes lettres criaient : rentre à Rome, ta place est là-bas. Et tu sais quoi ? En 1377, il est enfin rentré, mettant fin à soixante-huit ans d'absence. Je n'ai pas fait ça toute seule, bien sûr. Mais j'y ai mis tout mon cœur.

—C'est vrai que vous ne mangiez presque rien du tout ?
C'est vrai, et je te sens un peu inquiet, c'est gentil. Petit à petit, j'ai presque cessé de manger. Parfois je prenais quelques herbes très amères, mais je les recrachais ensuite. Je disais que je me nourrissais surtout de l'Eucharistie, l'hostie que je recevais à la messe chaque matin. Pour moi, c'était ma vraie nourriture. Imagine une vie où un simple bol d'eau et un morceau de pain semblent déjà un festin. Beaucoup de gens autour de moi ne comprenaient pas ; certains m'admiraient, d'autres s'inquiétaient. Je ne dis pas que c'était sage, mon enfant. Ne fais surtout pas comme moi : ton corps aussi a besoin d'être aimé.
Ne fais pas comme moi : ton corps aussi a besoin d'être aimé.
—Vous êtes morte parce que vous ne mangiez plus ?
Mon corps s'est épuisé, c'est vrai. Je suis morte à Rome, en 1380, le jour de mes trente-trois ans à peine. Dans mes dernières semaines, je ne pouvais plus rien avaler du tout. Mais mon cœur, lui, brûlait encore. Vois-tu, à ce moment-là, l'Église se déchirait : deux hommes se disaient pape en même temps, on a appelé ça le Grand Schisme. Ça me faisait un chagrin immense, comme voir une famille se briser. Alors je passais mes journées à prier pour qu'elle reste unie. J'ai donné mes dernières forces à ce rêve. Je suis partie fatiguée, mais pas triste : j'avais aimé jusqu'au bout.
Je suis partie fatiguée, mais j'avais aimé jusqu'au bout.
—Si on pouvait vous voir aujourd'hui, qu'est-ce qui resterait de vous ?
Ce qui reste, ce sont surtout mes mots, mon enfant. Je n'ai laissé ni château, ni armée, ni argent. Juste des lettres — des centaines — écrites dans la langue de tous les jours, celle qu'on parlait en Toscane, pas seulement le latin des savants. Et mon Dialogue. Imagine : une fille qui ne savait pas tenir une plume, et dont la parole voyage encore des siècles plus tard. Longtemps après ma mort, l'Église m'a même donné un beau titre, Docteur de l'Église, réservé aux grands maîtres de la foi. Si tu veux retenir une chose de moi : on n'a pas besoin d'être puissant pour changer les choses. Il faut du courage et un peu d'amour.
On n'a pas besoin d'être puissant pour changer les choses : du courage et un peu d'amour suffisent.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Catherine of Siena's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


