Imaginary interview with Catherine of Siena
by Charactorium · Catherine of Siena (1347 — 1380) · Literature · Politics · Philosophy · 6 min read

Rome, un soir d'hiver de l'an 1379. Dans une chambre étroite près de Santa Maria sopra Minerva, une femme maigre en habit blanc et manteau noir reçoit son visiteur, la voix basse mais le regard ardent. Autour d'elle, des feuillets couverts d'une écriture qui n'est pas la sienne, et le silence d'une Église déchirée.
—Quand avez-vous senti pour la première fois que Dieu vous appelait ?
J'avais six ou sept ans. Je revenais avec mon frère par le chemin qui monte vers l'église des Prêcheurs, à Sienne, quand j'ai vu, au-dessus des toits, le Christ en gloire qui me souriait et me bénissait. Je suis restée là, la bouche ouverte, sans plus entendre le bruit des rues de Fontebranda où mon père teignait ses laines. Depuis ce jour, mon cœur n'a plus voulu d'autre époux. Ma mère rêvait de me marier, de me parer comme les autres filles ; moi, j'ai coupé mes cheveux et fait le vœu de me garder tout entière à Lui. On m'a crue folle, ou entêtée. Je savais seulement qu'une porte s'était ouverte et que nul ne pourrait plus la refermer.
Depuis ce jour, mon cœur n'a plus voulu d'autre époux.
—On raconte qu'à Pise, en 1375, vous avez reçu dans votre chair les plaies du Christ. Comment cela s'est-il produit ?
C'était dans la petite église Santa Cristina, à Pise, devant un crucifix. Pendant que je priais, il m'a semblé que cinq rayons de lumière descendaient vers mes mains, mes pieds, mon côté, et me perçaient comme des clous de feu. La douleur était si vive que j'ai cru mourir. Mais j'ai supplié le Seigneur que ces marques ne parussent point au-dehors : je ne voulais pas qu'on me montrât du doigt, qu'on fît de moi une curiosité. La vanité est un poison plus subtil que la souffrance. Aussi les stigmates sont demeurés invisibles à tous, brûlant en moi seule. Ce que Dieu donne dans le secret, il n'est pas bon de l'étaler sur la place publique.
La vanité est un poison plus subtil que la souffrance.
—Vous avez laissé une œuvre immense, et pourtant on dit que vous ne saviez pas écrire. Comment l'expliquez-vous ?
C'est la pure vérité, et j'en souris encore. Longtemps je n'ai su ni tracer une lettre ni déchiffrer un psautier ; je priais de mémoire, comme les pauvres. Puis, un jour, la grâce m'a ouvert les yeux et j'ai su lire, sans maître, ce que je tenais pour un présent du Ciel. Mais écrire de ma main, cela est venu bien plus tard. Alors je dictais. J'avais autour de moi mes fils spirituels, ma famiglia, la plume à la main, et je parlais, je parlais jusqu'à ce qu'ils ne pussent plus suivre. Ainsi sont nées mes centaines de lettres, scellées de cire pour courir jusqu'aux rois et aux papes. Une fille de teinturier n'avait pas besoin d'école : il lui suffisait d'un cœur qui déborde et de mains fidèles pour recueillir la parole.
—Parlez-nous de ce livre que vous appelez le Dialogue. Dans quelles conditions l'avez-vous composé ?
Je ne l'ai pas composé comme un savant assemble ses raisons dans son cabinet. En l'an 1378, ravie hors de mes sens durant plusieurs jours, je parlais et mes secrétaires écrivaient. C'était un entretien entre mon âme et l'Éternel : je questionnais, et Il répondait. Le titre que je lui donne, Le Dialogue de la Divine Providence, dit bien la chose. Le Seigneur m'y disait : « Ouvre les yeux de ton intelligence et regarde en moi, et tu verras la dignité et la beauté de ma créature raisonnable. » Je n'ai fait que prêter ma bouche. Quand je revenais à moi, on me lisait les feuillets et je pleurais, car ce n'était pas la voix d'une femme illettrée que j'y reconnaissais, mais celle de mon doux Vérité.
Je n'ai fait que prêter ma bouche.
—En 1376, vous êtes partie pour Avignon. Qu'alliez-vous chercher auprès du pape ?
J'allais chercher le berger pour le ramener à sa bergerie. Depuis près de soixante-dix ans, les papes vivaient à Avignon, sous l'ombre des rois de France, loin du tombeau de Pierre — cette longue captivité déshonorait l'Église. Moi, petite Siennoise sans nom, j'ai franchi les monts pour me tenir devant Grégoire XI. On me regardait comme une insolente : que venait faire là cette femme des Mantellate, au manteau noir, à parler de gouvernement à des cardinaux ? Mais je ne redoutais ni la pourpre ni les palais. Je lui ai dit que Rome l'attendait, que la chrétienté saignait de son absence, et qu'un père ne saurait abandonner ses enfants par crainte des hommes. J'ai plaidé jusqu'à l'épuisement, car je savais que Dieu, cette fois, se servirait d'une bouche méprisable pour être entendu des grands.

—Comment osiez-vous écrire au souverain pontife avec une telle franchise ?
Parce que l'amour n'a pas peur. Je l'appelais mon doux Père, mon « doux Christ sur terre », et dans le même souffle je le pressais de cesser d'être timide et lâche. Dans une de mes lettres, je lui ai écrit : « Je vous supplie, je vous supplie, doux Père, au nom du Christ crucifié, de ne pas craindre ; mais venez, venez combattre les ennemis de Dieu. Soyez courageux, et non pas lâche. » On s'étonne qu'une artisane parle ainsi à un pape ! Mais je ne parlais pas en mon nom : je servais la Vérité, et la Vérité ne connaît pas les révérences de cour. Un fils qui aime son père lui dit ses fautes en face plutôt que de le flatter jusqu'au précipice. La flatterie damne les princes ; la franchise, elle, peut les sauver.
La flatterie damne les princes ; la franchise, elle, peut les sauver.
—Que représentait pour vous le retour de la papauté à Rome, en 1377 ?
Une joie que je n'ose comparer à aucune autre de ma vie. Lorsque Grégoire XI a enfin repris le chemin de Rome, en 1377, mettant fin à ces décennies passées sur les bords du Rhône, il m'a semblé que le corps de l'Église retrouvait sa tête. Ce n'était pas là ma victoire — je n'en réclame aucune — mais celle de la prière et de la vérité obstinée. Je savais pourtant que le plus dur restait à faire : ramener le pape ne suffisait pas si les cœurs demeuraient divisés, si les cités d'Italie continuaient de se déchirer et de louer leurs condottières pour ravager la terre. J'ai remercié Dieu à genoux, puis j'ai repris ma plume, car une œuvre commencée ne se laisse jamais à mi-chemin.
—On s'étonne de votre manière de vous nourrir. Que mangez-vous, au juste ?
Presque rien, et je sais que cela scandalise autant qu'il émerveille. Depuis des années, mon corps ne supporte plus la nourriture des hommes : quelques herbes amères que je mâche et recrache, un peu d'eau, voilà mon ordinaire. Ma vraie table, c'est l'hostie consacrée — l'Eucharistie me tient debout quand le pain me soulève le cœur. Beaucoup me croient malade ou orgueilleuse ; mes propres confesseurs m'ont ordonné de manger, et j'ai obéi, mais mon estomac se refuse. Je ne recommande cette voie à personne : ce n'est pas une prouesse que je me donne, c'est une chaîne que je porte. Le Seigneur m'a sevrée de toute autre saveur pour que je n'aie plus faim que de Lui. Sous mon manteau, un cilice de fer me rappelle chaque jour que ce corps n'est qu'un pauvre serviteur.

—Cette ascèse ne vous consume-t-elle pas ?
Elle me consume, oui, et je le sais. Je dors deux heures sur une planche, je veille avant l'aube pour la prière et l'oraison, l'après-midi je vais aux malades de Santa Maria della Scala, aux lépreux, aux condamnés que je veux accompagner jusqu'à l'échafaud. Le soir, je dicte encore mes lettres, tard, quand mes fils tombent de sommeil. Ce corps s'use comme un vêtement trop porté, et je sens bien qu'il ne me servira plus longtemps. Mais je ne pleure pas là-dessus. Une chandelle est faite pour brûler ; si elle garde sa cire, elle n'éclaire personne. J'aime mieux fondre tout entière au service de l'Épouse du Christ que me conserver intacte et inutile.
Une chandelle est faite pour brûler ; si elle garde sa cire, elle n'éclaire personne.
—Depuis 1378, deux hommes se disent pape en même temps. Comment vivez-vous ce déchirement ?
Comme une plaie ouverte dans mon propre flanc. À la mort de Grégoire, on a élu Urbain VI à Rome, puis des cardinaux se sont dédits et ont dressé contre lui un autre prétendu pape — voilà le Grand Schisme, la robe du Christ déchirée en deux devant tous les peuples. Je me tiens de toutes mes forces du côté d'Urbain, le pape romain, et je lui écris, je le presse d'être ferme mais doux, car sa rudeur fait fuir ceux qu'il faudrait ramener. Je supplie les rois, les cardinaux, de rentrer dans l'unité. Que la chrétienté, déjà éprouvée jadis par la peste qui emporta la moitié de ma ville, se divise ainsi d'elle-même, cela me fait plus de mal que tous mes jeûnes.
—Vous passez vos derniers mois à Rome, épuisée. Qu'espérez-vous encore ?
Je loge tout près de Santa Maria sopra Minerva, avec ma famiglia, et je n'ai plus grand-chose à donner que ma vie même. Chaque matin je me traîne jusqu'à Saint-Pierre pour porter, comme je le dis, le poids de la barque de l'Église sur mes pauvres épaules ; j'en reviens brisée. Je n'ai pas trente-quatre ans et je sens que je ne verrai pas la fin de cette division. Alors j'offre ce qui me reste : mon sang, mes veilles, ce corps qui n'avale plus rien. Si Dieu veut que ma mort serve à recoudre ce qui est déchiré, qu'Il la prenne. Je n'ai jamais rien demandé pour moi ; je demande seulement que l'Épouse du Christ redevienne une, et que Rome garde son pasteur.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Catherine of Siena's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


