Kids interview Chika Kuroda
by Charactorium · Chika Kuroda (1884 — 1968) · Sciences · 5 min read

Deux élèves de sixième visitent un vieux laboratoire de chimie lors d'une classe découverte. Là, assise près de ses fioles, une dame japonaise aux cheveux blancs les accueille avec un sourire. C'est Chika Kuroda, et elle a accepté de tout leur raconter.
—C'était comment, le jour où vous êtes entrée à l'université avec les filles ?
Tu sais, mon enfant, c'était en 1913. Imagine une grande université à Sendai, où seuls des garçons avaient étudié jusque-là. Ce matin-là, nous étions trois filles à passer la porte : moi, mon amie Kono Yasui et Raku Makita. Trois, dans tout le pays ! Le ministère de l'Éducation a été si stupéfait qu'il a envoyé une lettre pour demander pourquoi on nous laissait entrer. Imagine : on demandait des explications, comme si notre présence était un événement extraordinaire. J'avais le cœur qui battait très fort. Mais j'ai serré mes livres contre moi et je suis entrée. Ce jour-là, une porte s'est ouverte, et plus personne n'a pu la refermer.
Ce jour-là, une porte s'est ouverte, et plus personne n'a pu la refermer.
—Vous aviez peur que les garçons se moquent de vous en cours ?
Un peu, oui, je ne vais pas te mentir. Imagine une salle pleine de garçons qui te regardent quand tu entres. On se sent toute petite. Mais tu sais ce qui m'aidait ? La chimie ne regarde pas si tu es un garçon ou une fille. Une réaction dans un tube à essai se comporte pareil pour tout le monde. Alors je me concentrais sur mes fioles, ma verrerie de laboratoire, mes notes. Petit à petit, on a arrêté de me voir comme une curiosité. On m'a vue comme une étudiante qui travaillait dur. C'est le travail, mon enfant, qui finit par fermer la bouche des moqueurs.
La chimie ne regarde pas si tu es un garçon ou une fille.
—C'est quoi le shikonin, ce truc violet que vous cherchiez ?
Ah, le shikonin ! C'est un pigment violet, c'est-à-dire une matière qui donne une couleur. On le tire de la racine d'une petite plante qu'on appelle murasaki, le grémil. Imagine : au Japon d'autrefois, ce violet était tellement précieux que seuls les nobles les plus importants avaient le droit de le porter. Un violet de roi, en quelque sorte ! Moi, je voulais comprendre son secret : de quoi était fait ce pigment, tout au fond, dans ses toutes petites particules invisibles. J'ai passé des années dessus, et en 1929, j'ai enfin trouvé sa structure. C'était comme lire une recette que personne n'avait jamais réussi à déchiffrer.
Un violet de roi, dont je voulais percer le secret caché.
—Vous étiez contente quand vous avez eu votre doctorat ?
Oh oui, mon enfant, très ! Grâce à mes travaux sur le shikonin, j'ai obtenu en 1929 mon doctorat en sciences. Chez nous, on appelle ce titre rigaku hakushi : c'est le plus haut diplôme qu'un scientifique peut avoir. Et j'étais l'une des toutes premières Japonaises à l'obtenir, la première en chimie. Imagine ce que ça voulait dire dans un pays où, quinze ans plus tôt, on écrivait des lettres officielles pour s'étonner qu'une fille étudie ! J'étais fière, mais surtout je pensais à toutes celles qui viendraient après moi. Mon nom sur ce diplôme, c'était comme un petit pont posé pour les autres filles.
Mon diplôme, c'était un petit pont posé pour les filles qui viendraient après moi.
—Vous êtes partie très loin pour étudier, non ? C'était comment le voyage ?
Très loin, oui ! Entre 1921 et 1923, j'ai traversé la moitié de la Terre pour aller à l'Université d'Oxford, en Angleterre. Imagine un immense bateau, des semaines sur l'eau, puis un pays où l'on parle une autre langue, où il fait gris et froid. J'y ai travaillé auprès d'un grand chimiste, William Henry Perkin Jr. Et là, écoute cette drôle d'histoire : son père avait inventé le tout premier colorant fabriqué par l'homme, une couleur appelée mauvéine. Moi, au contraire, j'étudiais les couleurs de la nature, celles des plantes ! Le père inventait des couleurs, le fils m'aidait à comprendre celles que la nature avait déjà créées.
Le père inventait des couleurs, moi j'apprenais à lire celles de la nature.

—Ça sentait quoi, et c'était comment votre maison quand vous étiez enfant ?
Quelle jolie question, mon enfant ! Je suis née en 1884 dans la préfecture de Saga, dans le sud-ouest du Japon. Imagine une maison aux sols couverts de tatamis, ces nattes de paille tressée qui sentent l'herbe sèche quand on marche dessus. Les murs n'étaient pas comme les tiens : c'étaient des cloisons de papier et de bois qui glissaient pour ouvrir les pièces. Le matin, ça sentait le riz qui cuit, le thé vert, la soupe miso. On mangeait simplement : du poisson, des légumes de saison. Et pas un bruit de moteur dehors, juste les voix, le vent et parfois la pluie sur le toit. C'était calme, très calme.
—C'est vrai que vous avez étudié la couleur du rouge à lèvres ?
En quelque sorte, oui ! J'ai étudié la carthamine, un beau pigment rouge qu'on tire des fleurs d'une plante appelée benibana, le carthame. Depuis très longtemps au Japon, ce rouge servait à teindre les étoffes et même à colorer les lèvres des femmes. Imagine : un maquillage venu d'une simple fleur ! Les gens s'en servaient sans savoir de quoi il était fait, tout au fond. Moi, avec mon spectroscope — un instrument qui décompose la lumière pour révéler les couleurs cachées — je regardais ce rouge de tout près. Et je découvrais que dans un geste de beauté vieux de plusieurs siècles se cachait une chimie compliquée et magnifique.
Dans un simple rouge à lèvres se cachait une chimie vieille de plusieurs siècles.

—Comment vous faisiez pour voir des choses aussi petites dans une plante ?
Ah, avec beaucoup de patience et de bons outils, mon enfant ! Imagine ma journée : le matin, je préparais mes solutions, je pesais de toutes petites quantités de pigment sur une balance de précision, si fine qu'elle mesurait presque un grain de poussière. Je notais chaque geste dans mon carnet de laboratoire, pour ne rien oublier. L'après-midi, je purifiais mes extraits de plantes et je les observais au spectroscope. La lumière traversait ma couleur, et selon ce qu'elle absorbait, je devinais de quoi elle était faite. C'était un travail lent, comme reconstituer un puzzle dont on ne voit pas les pièces. Mais chaque petite réponse me rendait heureuse.
—Après tout ça, vous êtes devenue prof ? Vous aimiez enseigner ?
J'ai adoré ça, mon enfant ! Pendant des années, j'ai enseigné la chimie à l'École normale supérieure féminine de Tokyo — chez nous, on disait joshi kōtō shihan gakkō. C'était l'un des rares endroits où les filles pouvaient poursuivre de grandes études. Imagine une salle pleine de jeunes filles curieuses, penchées sur leurs tubes à essai, les yeux brillants devant une réaction. Je leur montrais que la science n'était pas fermée pour elles. En 1949, cette école est devenue l'Université d'Ochanomizu. Voir mes étudiantes réussir, c'était ma plus belle récompense. Plus belle, peut-être, que mon propre doctorat.
Voir mes étudiantes réussir fut ma plus belle récompense.
—Si on avait des filles qui rêvent d'être scientifiques aujourd'hui, vous leur diriez quoi ?
Je leur dirais : n'aie pas peur de la porte fermée. Tu sais, moi, on m'a regardée de travers, on a écrit des lettres étonnées parce qu'une fille osait étudier. Mais imagine si j'avais reculé ! Il n'y aurait pas eu de porte ouverte pour les suivantes. La curiosité est plus forte que la peur. Quand tu observes une couleur, une plante, une étoile, pose-toi la question : « de quoi est-ce fait, tout au fond ? » Cette petite question-là, c'est le début de toute science. Et souviens-toi : ce n'est pas parce qu'on ne t'attend pas quelque part que ta place n'y est pas.
Ce n'est pas parce qu'on ne t'attend pas quelque part que ta place n'y est pas.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Chika Kuroda's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


