Imaginary interview

Kids interview Christine Delphy

by Charactorium · Christine Delphy (1941 — ?) · Society · Philosophy · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Christine Delphy
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Matthisvalerie

Deux élèves de douze ans, en classe découverte, poussent la porte d'un petit bureau plein de livres, rive gauche à Paris. Une dame aux cheveux gris, tenue simple, les accueille avec un sourire. Elle range ses carnets et leur fait signe de s'asseoir : "Alors, vous voulez comprendre pourquoi je me suis battue toute ma vie ?"

Vous êtes partie loin de la France quand vous étiez jeune ?

Oui, mon enfant, très loin. Dans les années 1960, je suis partie étudier la sociologie aux États-Unis, à Chicago puis à Berkeley. La sociologie, c'est la science qui observe comment les gens vivent ensemble. Là-bas, j'ai découvert quelque chose qui m'a bouleversée. Des femmes se réunissaient et parlaient d'un travail que personne ne voyait : le ménage, la cuisine, s'occuper des enfants. Un travail gratuit, fait presque toujours par les femmes. Je lisais leurs livres, je remplissais des carnets de notes. Imagine que tu découvres soudain une injustice énorme, et que personne autour de toi n'en parle. J'ai ramené cette question dans mes valises. Elle a occupé le reste de ma vie.

J'ai ramené une question dans mes valises, et elle a occupé toute ma vie.

C'est quoi le titre bizarre de votre premier grand texte, "L'ennemi principal" ?

Ah, ce titre ! En 1970, j'ai écrit un article qui s'appelait L'ennemi principal, dans une revue nommée Partisans. À l'époque, beaucoup pensaient que l'ennemi des femmes, c'était juste les patrons, comme pour les ouvriers. Moi j'ai dit : non, il y a une autre injustice, plus près, dans les maisons. Tu vois, le travail à la maison n'est jamais payé. J'appelais ça le "mode de production domestique" : un mot compliqué pour dire que le foyer est un lieu où quelqu'un travaille gratuitement pour quelqu'un d'autre. Ça a fait scandale. Comparer la maison à une usine, ça choquait. Mais je voulais qu'on voie enfin ce travail invisible.

Le travail à la maison n'est jamais payé — et pourtant, c'est un vrai travail.

Pourquoi vous disiez que le mariage, c'était un problème ?

Attention, je ne détestais pas l'amour, mon enfant ! Ce que j'examinais, c'était les règles cachées. À mon époque, dans un mariage, la femme faisait tout le travail de la maison sans un centime. Imagine que tu travailles chaque jour, du matin au soir, et qu'on te dise que ce n'est "rien", que c'est "normal" parce que tu es une fille. Moi j'ai écrit une phrase simple : ce travail est sans valeur marchande parce qu'il est effectué gratuitement. Le problème n'était pas d'aimer quelqu'un. Le problème, c'était que l'un donne son travail et que l'autre le reçoit, toujours dans le même sens. Je voulais rendre cet échange visible, pour pouvoir le changer.

C'est vrai que vous avez été arrêtée sous l'Arc de Triomphe ?

C'est tout à fait vrai ! Le 26 août 1970, avec un petit groupe de femmes, nous sommes allées sous l'Arc de Triomphe, à Paris. Là repose le Soldat inconnu, un soldat mort à la guerre que personne n'a identifié. Nous avions préparé une banderole peinte à la main. Dessus, on lisait : à la femme du soldat inconnu, plus inconnue que lui. Une façon de dire : on célèbre les hommes, mais les femmes, on les oublie toujours. La police nous a arrêtées très vite. Mais les journaux en ont parlé partout. C'est ce jour-là que le Mouvement de Libération des Femmes est né aux yeux de tout le pays.

À la femme du soldat inconnu, plus inconnue que lui.

Vous aviez peur en préparant ce genre d'action ?

Un peu, oui. On ne sait jamais ce qui va se passer avec la police. Mais tu sais, nous n'étions jamais seules. C'était ça, la force du MLF : pas de chef, pas de patronne, juste des femmes qui décidaient ensemble. On peignait les banderoles à plusieurs, on riait, on discutait des heures. Imagine une pièce remplie de gens qui, pour la première fois, se disent tout haut ce qu'ils gardaient au fond du cœur depuis toujours. La peur existait, bien sûr. Mais la joie d'être ensemble était plus grande. On sentait qu'on faisait quelque chose d'important, et que plus personne ne pourrait nous faire taire.

Ça veut dire quoi, que le genre vient avant le sexe ?

C'est une idée délicate, je vais y aller doucement. Le "sexe", c'est le corps avec lequel tu nais. Le "genre", c'est tout ce que la société ajoute par-dessus : dire qu'une fille doit être douce, qu'un garçon doit être fort, qu'il y a des jouets "de fille" et "de garçon". Moi je pensais l'inverse de ce qu'on croyait. Je disais : ce n'est pas la nature qui décide de tout ça. C'est la société qui range les gens en deux boîtes, et qui ensuite dit "c'est naturel". Dans mon livre Penser le genre, en 2001, je l'ai écrit ainsi : le genre donne un sens à la différence des corps. Ce n'est pas l'inverse.

Ce n'est pas la nature qui range les gens en deux boîtes : c'est la société.

Est-ce que même les autres féministes étaient d'accord avec vous ?

Oh non, pas toutes ! Et c'est normal. En 1977, j'avais fondé une revue, Questions féministes, avec Simone de Beauvoir, la grande philosophe. On y débattait fort. La question qui fâchait était justement celle-ci : les différences entre filles et garçons viennent-elles de la nature, ou de la société ? Certaines pensaient que la nature comptait beaucoup. Moi, je défendais que presque tout venait de la société. On s'est disputées, parfois durement, au point que la revue a failli éclater. Mais tu sais, se disputer sur les idées, ce n'est pas grave. C'est même précieux. C'est en frottant nos désaccords qu'on avance et qu'on réfléchit mieux.

Plus tard, vous avez parlé d'autres injustices que celles des femmes ?

Oui, en vieillissant, j'ai élargi mon regard. En 2008, j'ai écrit Classer, dominer. Qui sont les autres ?. J'y disais une chose simple : les injustices se ressemblent souvent. Mépriser quelqu'un parce que c'est une femme, ou parce qu'il vient d'ailleurs, ou parce qu'il est pauvre : c'est la même mécanique. On invente des cases, on met les gens dedans, et on dit que certains valent moins. Imagine une grande machine à trier les êtres humains. Je voulais qu'on comprenne comment cette machine marche, pour pouvoir la démonter. Une injustice n'est jamais toute seule ; elle a toujours des cousines. Les regarder ensemble, c'est mieux les combattre.

On invente des cases, on met les gens dedans, et on dit que certains valent moins.

Comment on vous croyait quand vous disiez des choses aussi nouvelles ?

On ne me croyait pas facilement, figure-toi ! J'étais directrice de recherche au CNRS, un grand centre scientifique. Et pourtant, pendant des années, on trouvait que le féminisme n'était pas un vrai sujet sérieux. Alors j'ai fait comme une bonne chercheuse : j'ai apporté des preuves. Je remplissais des dossiers avec des chiffres sur le travail des femmes, sur l'argent des familles, sur qui fait quoi à la maison. Imagine un détective qui rassemble patiemment ses indices. Petit à petit, mon idée de "mode de production domestique" est entrée dans les universités. La leçon ? Une idée juste finit par s'imposer, si on a le courage de tenir bon très longtemps.

Si vous pouviez nous dire une seule chose à retenir, ce serait quoi ?

Quelle belle question pour finir. Je vous dirais ceci : ouvrez grand les yeux sur ce qui semble "normal". Souvent, ce qu'on appelle "normal", c'est juste une injustice à laquelle tout le monde s'est habitué. Moi, j'ai passé ma vie à montrer un travail que personne ne voyait, celui des femmes à la maison. Ça paraissait invisible, comme l'air. Mais une fois qu'on le voit, on ne peut plus l'oublier. Alors quand quelque chose vous paraît injuste, même si tout le monde dit "c'est comme ça", posez la question : pourquoi ? Cette petite question de trois lettres, elle a changé le monde plus d'une fois. Et elle peut recommencer, avec vous.

Ce qu'on appelle normal, c'est souvent une injustice à laquelle on s'est habitué.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Christine Delphy's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.